{100 cibles} Des dessins sous les bombes

100 cibles - Des dessins sous les bombes

Alep (Syrie) – Octobre 2016

Le jour se lève et la première chose qui leur vient à l’esprit ce matin, c’est qu’il sont encore en vie, qu’il est encore possible d’ouvrir les yeux. Le soleil brille comme pour signifier que les nuages peuvent s’en aller, que l’espoir est encore permis. Même si, dans quelques heures, les détonations continueront, que des nuages de fumée viendront s’élever dans le ciel, que d’innombrables innocents se verront ôter le droit de vivre. Les décombres qui parsèment les chemins témoignent de cet enfer permanent tandis que dans cette petite maison encore épargnée, de tout jeunes syriens dessinent au crayon de couleur sur des feuilles volantes. Ils dessinent des personnages qui s’envolent vers le ciel avec le sourire, comme pour se convaincre que la mort est une fatalité joyeuse au milieu de ce chaos, qu’elle ôte la souffrance et l’incertitude pour un paradis sans haine et sans violences. Avec leurs yeux d’enfants prédestinés à ne jamais pouvoir devenir adultes, ou à devoir vivre avec les cicatrices de conflits sanglants, ils dessinent leurs amis Rima, Sami, Lely ou Sayid qu’ils ne reverrons peut-être pas tout à l’heure. Leur ancienne école a été détruite il y a trois jours, lors d’un bombardement où quarante enfants se sont vus privés de leurs rêves d’un monde en paix sans que le crime commis à leur encontre ne puisse être puni. Les élèves en sursis devront se rendre dans un bunker qui s’improvisera salle de classe pour tenter d’oublier, le temps d’un cours de mathématiques, que des hommes sans pitié veulent mettre fin à leurs jours. Les adultes, eux, se sont résolus à l’injustice, à l’impuissance et prient le ciel pour qu’il ne pleuve plus de missiles. Ils apprennent à survivre, se préparent à mourir dans l’indifférence quasi générale. Plus personne ne daigne s’intéresser à ces drames à répétition, à cette guerre dictée par une Russie faisant régner la terreur pour montrer sa toute puissance et défendre ses intérêts. On se désintéresse d’un pays en ruine et d’une population qu’on stigmatise alors que des centaines d’innocents meurent chaque jour. Pendant que les dirigeants occidentaux tournent autour de leur nombril plutôt que de chercher à résoudre le conflit, pendant que les médias pleurent le divorce de riches célébrités ou le vol de bijoux d’une star pitoyable, pendant que les réseaux sociaux débordent d’égocentrisme et de narcissisme jusqu’à en vomir, il y a des enfants qui dessinent sous la menace des bombes.

Texte du 13/10/16 – retravaillé le 27/10/17

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