{Volutes féminines} La prophétie

VF - La prophétie

Accoudée au rebord de sa fenêtre, elle balaye du regard l’horizon, avant de fixer son attention sur les multiples réverbères qui éclairent son village et qui lui rappellent ces innombrables cierges allumés dans l’église. Cette église où elle n’ose plus entrer, préférant commettre le pêché de prendre ses cigarettes pour les fumer religieusement. 

Cela fait quarante ans qu’elle croit aux vertus du tabac, bien plus qu’à ces gros pavés remplis de pages dans lesquels on raconte un tas d’histoires aux fidèles désespérés, pour leur donner de l’espoir et charmer leur allégresse. Elle a fait ce choix de rester terre à terre et de n’envisager aucune autre existence après celle-ci, célébrant la vie et embrassant la mort en s’allumant une nouvelle cigarette. Elle agit au nom d’une évasion passagère qui n’a rien d’illusoire, s’échappant vers un paradis où le corps brûle pour se préparer à l’enfer. 

Pendant le temps qu’il faut à d’autres pour prononcer une prière, la crucifixion de l’objet dans sa main lui scarifie le corps au nom de son entêtement. La promesse d’arrêter de fumer, qu’elle souhaitait immortaliser d’un signe de croix sur le calendrier, n’est plus qu’un lointain souvenir, un caprice inassouvi. En bonne brebis égarée, dictée par l’addiction plutôt que par ses convictions, rongée par ses malheurs ou par ses sautes d’humeur, elle se sacrifie sur l’autel du vice. Sur son testament, elle préfère consentir que la mort n’est que la continuité de ses actes, le résultat d’un cancer, celui des poumons certes, mais surtout de son obstination et de son dévouement pour la divine cigarette. 

Elle admet qu’au moins, la prophétie « Fumer tue » écrite sur chacun de ses paquets et promise aux dépendants est avérée, qu’elle n’est pas qu’un appât pour attirer de frêles esprits. Elle est une vérité sans évangile et une hérésie de renom pour laquelle elle se montrera fidèle jusqu’à son dernier souffle. 

« C’est à la lueur sur son visage que l’on verra son chagrin, jusqu’à ce qu’elle retourne dans la terre, d’où elle a été prise ; car elle n’est que cendres et elle retournera dans les cendres. »

Extrait du tome 1 des Volutes féminines auto-publié chez Librinova.

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