{Volutes féminines} Rendez-vous sur le trottoir

VF - Rendez-vous sur le trottoir

Il est bientôt minuit et les phares des voitures défilent devant cette femme joliment vêtue et sa cigarette, bergère nébuleuse qui l’accompagne dans une virée solitaire et dangereuse. L’une s’embrase tandis que l’autre s’embarrasse. Sur le bord du trottoir, elles partagent un destin en commun, tracé d’un crayon à la mine brisée. Toutes les deux se mettent à nu pour vivre de chaleur, attendent de provoquer la flamme puis s’éteignent subitement, ne laissant qu’un semblant de plus grand-chose. La femme use de sa cigarette pour tuer le temps et la réduire en vulgaires chimères ; parce que chaque soir, les minutes s’apparentent à un piètre commerce de chair, un exhibitionnisme malheureux pour récolter de modestes billets. Pour vivre un peu quand il fera jour. La cigarette quant à elle use de la femme pour salir ses poumons comme d’autres souillent son corps ; parce qu’entre deux clients pas très recommandables, il faut bien consumer sa peine, remplacer la baise par la braise pour foutre sa santé en l’air. Pour ressentir l’enfer autant que de le vivre, s’y inviter le plus vite possible pour quitter ces nuits de débauche. D’ailleurs, voilà qu’une voiture s’arrête à quelques mètres. Un homme en descend, affamé de chair, gorgé d’égoïsme et assoiffé de luxure. Il ne reste qu’un court instant, car il ne paie qu’un temps limité ; il vide son sac puis s’en va, sans état d’âme. Son coeur est toujours désempli d’amour, son entrejambe est soulagé. Il n’était rien de plus qu’un client désireux de tromper sa femme avec une étrangère dont il se foutait bien. Seule la prestation de service devait rendre honneur au salaire qu’il lui reverserait. Le silence et l’ignorance importaient davantage que l’éthique et les sentiments. Ce n’est que du sexe comparable à une cigarette, un échange vif et destructeur suggérant le bien-être de façon subversive. De cette passion éphémère surgit une violence passagère, désarmante. Une relation malsaine et factice qui entame le moral et meurtrit le physique. Une passade qui s’achève par un piétinement, reléguant femme et cigarette au même statut de malpropre. La sensation atroce de finir au fond d’un caniveau, au bord d’un précipice. Mais les points communs s’arrêtent là. Avec sa jupe orange et son air aguicheur, le tabac est une catin prédisposée à passer à l’acte, sans abus de conscience. La nicotine se prostitue pour promouvoir le besoin, soumettre son détenteur et le détruire progressivement. La femme est sacrifiée sur le bord de la route, réduite à gagner sa vie en se soumettant aux désirs des hommes, immolant son corps désormais dévasté de l’intérieur. Des similitudes quant au devenir de l’une et de l’autre, mais des oppositions quant à leurs intentions. Le plus cruel finalement, c’est que l’homme a sûrement oublié que la femme n’est pas un objet. Qu’elle ne s’allume pas comme la putain de cigarette qu’elle tient entre ses doigts, et qu’elle ne se jette pas sur un lit comme on jette un mégot sur le sol. Au bout du compte, il ne reste de ces relations d’un soir que la fumée qui se dérobe sur le bord de la route, invitation flottant dans les airs pour signaler une belle-de-nuit en attente, un brasier dans la pénombre qu’il vaudrait mieux éteindre plutôt que d’en raviver les flammes.

Extrait du tome 1 des Volutes féminines auto-publié chez Librinova.

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