{Chronique} Où sont passés les grands jours

Scénario : Jim.   Dessins et couleurs : Alex Tefenkgi. 
Dates de sortie :
 15 janvier 2014 (T.1) / 2 septembre 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 70 + 84.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

« On savait tous qu’un jour il faudrait devenir des adultes. Personne ne nous avait dit que ça viendrait si vite ». C’est une histoire de trentenaires. C’est l’histoire d’Hugo, Etienne et Jean-Marc. Mais c’est aussi l’histoire de Fred, que personne n’oublie. C’est l’histoire d’un testament. C’est le parcours d’un homme. C’est cet instant où, tout au fond de la piscine, il va falloir donner une impulsion pour remonter à la surface. C’est une histoire de renaissance. D’un père avec sa fille, d’un inconnu au bout du téléphone, mais aussi d’un lance-pierre, de huit places de concert classique, d’un livre, un monocycle et un bête accordéon… C’est l’histoire de la vie. La vie, plus forte que tout.

Mon avis

Le premier constat est visuel, tant les premières pages ont une colorisation plus terne, plus « tristes ». Il faut dire que l’histoire commence dans un cimetière, pour nous plonger directement dans le vif du sujet : comment vit-on la mort d’un ami ? Pas de n’importe quel ami, on parle ici de son meilleur ami, celui avec qui l’on a fait les quatre-cents coups et qui, soudain, nous quitte. Un choix difficile, cruel et qui laisse des traces dans les esprits, au point de faire perdre les pédales. Le scénario est ici encore rudement bien écrit, Jim parle du deuil et de la façon dont on peut le vivre, selon l’angle que nous avons de la scène ou du drame. Jim n’est pas au dessin ici, mais il collabore avec l’excellent Alex Tefenkgi dont le dessin colle parfaitement à l’univers ; son dessin est précis, mélancolique et le choix des couleurs, comme évoqué au tout début, retient l’attention par la justesse des éclairages et des ambiances, marquées par les difficultés inhérentes à la perte d’un proche. On ne verse pas dans le mélodrame, on met parfois le pied dans quelques clichés qui, là encore, ont du sens et sont particulièrement dans le vrai. Car nous sommes humains, nos réactions se ressemblent, de près ou de loin, et on fini forcément par s’identifier à certains passages, à certains ressentis, de près ou de loin selon notre vécu. Les deux albums nous parlent avec sincérité, nous bousculent un peu sur nos positions, et propose un rebondissement final à la hauteur du talent de Jim, qui sait nous parler avec autant de douceur que de gravité. Une bande-dessinées qui parle de la vie, celle qu’on a la chance de vivre ou celle qui s’arrête pour les autres, qui ouvre les yeux et nous fait réfléchir sur autrui.

Un passage dans la narration a retenu toute mon attention, j’y trouve beaucoup de sens : « Je n’écris pas pour être lu, mais pour faire taire le vacarme. »

Une BD évoquant le deuil avec pertinence.

{Chronique} De beaux moments

Scénario : Jim.  Dessins : Jim.  Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 28 octobre 2015.
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 134.
Prix : 18,90 €

Résumé de l’éditeur

C’est à l’instant où ils nous filent entre les doigts qu’on réalise que c’était de beaux moments… Des histoires courtes. Des regards tendres et justes sur l’essence de nos vies. Des histoires de temps qui passe, d’amour, d’amitié, de corps ou de souvenirs que l’on farde pour s’arranger un peu avec la réalité. Des histoires simples qui n’ont d’autre point commun que leur profonde humanité et leur capacité à nous faire prendre conscience des beaux moments…

Mon avis

Etant particulièrement admiratif du travail de Jim à travers les thématiques qu’il choisit et de la façon dont il nous raconte les histoires, je ne pouvais que poursuivre mes chroniques sur ses oeuvres en m’attardant cette fois-ci sur cet excellent recueil d’histoires courtes. De beaux moments est composé de douze histoires où, très vite, on reconnaitra la patte graphique de l’auteur mais aussi ses tics : les femmes sont belles, l’infidélité n’est jamais loin et il y a très souvent un cendrier ou de l’alcool au milieu de tous ces gens. Cela contribue d’une certaine manière à mettre en lumière toutes les imperfections de la réalité, pour accompagner des histoires qui le sont aussi d’une certaine façon, pour parler à nous autres humains imparfaits. Jim a ce don de dessiner cette réalité qui touche en plein coeur, qui nous interroge et nous fait prendre conscience de ce qui nous entoure, de nos faiblesses, de nos écarts de conduite, du temps qui passe mais aussi et surtout, de l’importance des bons moments. Car c’est sur ce point que l’auteur s’est focalisé, avec plus ou moins de pertinence selon notre propre définition du beau moment. Certaines histoires m’ont donc logiquement moins marquées quand d’autres, au contraire, m’ont totalement conquis. J’ai notamment été très sensible à la nostalgie d’un couple qui vieillit et qui continue de se préoccupé du désir de l’autre. J’ai aimé retrouvé Marie d’Une nuit à Rome (sa muse !) à travers une histoire rudement bien écrite. J’ai beaucoup ri sur l’histoire de Krazinski et ses vannes mémorables. J’ai particulièrement été sensible au sujet des photographies que l’on entasse dans nos téléphones ou de celles que l’on partage… Bref, s’il y a une ou deux histoires qui m’ont laissé un peu de marbre, c’est tout simplement parce qu’elles s’adressaient davantage au vécu d’autres personnes, me laissant ainsi reprendre ma place de lecteur plutôt que d’acteur. Pour finir, je tiens vraiment à souligner la qualité d’écriture et l’intelligence avec laquelle sont racontés ces tranches de vie. Un recueil que je conseille donc vivement, pour sa richesse, ses imperfections (nous rappelant les nôtres), sa beauté graphique incroyable et sa pertinence. Et puis surtout, parce qu’il vous fera passer un bon moment. 

 

130 pages sur l’importance de nos vies.

{Chronique} Un petit livre oublié sur un banc (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Mig.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 12 mars 2014 (T.1) / 29 avril 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 53 + 54 (intégrale de 102 pages) 
Prix : 14,50 € le tome ou 19,90 € l’intégrale.

 

Résumé de l’éditeur

« Certains livres peuvent changer une vie… »

Camélia est assise sur un banc. À côté d’elle, un livre est posé là, abandonné. Elle le feuilleté. Dedans, un mot de la main d’un inconnu l’invite à l’emporter…

Chez elle, Camélia découvre que certains mots sont entourés ici et là, et que ces mots forment des phrases… L’inconnu dit s’ennuyer dans sa vie de tous les jours et rêve d’une vie amoureuse forte et bouleversante, comme on en lit seulement dans les romans. « Mais combien sommes-nous à rêver d’une vie romanesque ? ».
Camélia entoure six mots en réponse : « nous » « sommes » « deux », « vous » « et » « moi »… Et elle retourne déposer le petit livre tout là-bas, sur un banc…

À l’heure des textos et du livre numérique, « En petit livre oublié sur un banc » est une histoire pleine de charme entre deux amoureux des livres… Une liaison épistolaire tendre et attachante, à contrecourant du flot numérique actuel…

Mon avis

Jim a ce don de présenter les choses de façon très humaine : cette histoire lui a été inspirée par un vieil homme qui déposait des livres sur des bancs pour continuer à les faire vivre après les avoir lus. De là nait cette histoire où une jeune femme, Camélia, se retrouve confrontée à cet étrange livre pas forcément très intéressant au premier abord mais qui, étrangement, contient des mots entourés. De là naît une curiosité que nous aurions tous eu je pense, même si j’ai trouvé que ça partait un peu trop loin – mais tout dépend de l’implication émotionnelle de chacun. Il faut dire aussi que ce que soulève aussi et surtout cette BD, c’est la façon de gérer son couple. Le copain de Camélia parait cliché dans sa façon d’être mais Jim soulève avec une assez grande justesse la comportement des hommes. Il y a aussi ce problème récurrent et auquel je suis sensible, à savoir la façon vulgaire dont les gens peuvent parler des relations amoureuses, en se focalisant sur le sexe plutôt que sur l’amour lui-même. Les hommes ont la plupart des mauvais rôles et, à travers eux, se distinguent les différents problèmes très ancrés dans la société actuelle, notamment envers la femme, l’amour et le couple. Mais ce qu’il faut retenir, c’est la beauté et la pureté de l’intention de départ, celle de laisser un livre pour lui donner vie et, possiblement, de passer un message ou de faire rêver – à ce titre la conclusion de cette histoire est une franche réussite. J’ai aimé le dessin de Mig, très adapté au propos et à la plume de Jim. Au final, c’est une lecture qui pourra faire un peu grincer des dents par les clichés qu’il propose mais qui nous fait réfléchir sur notre rapport aux autres et aux moyens que nous avons de communiquer. Le décalage avec les moeurs actuels où la technologie prédomine est réellement intéressant, et amène à penser que finalement, nous devrions tous prendre la peine de libérer nos livres pour en faire des passerelles pour d’éventuels rencontres et partages. 

 

Une jolie histoire qui fait réfléchir

{Il était une femme…} Prologue ( Version 2017)

✎ Le déclic  ✎   Mercredi 4 octobre 2017 – 19h14 

« C’était le soir. Elle était assise sur ce banc, à l’ombre d’un arbre, pour s’éclipser de la luminosité des réverbères. Le lieu lui permettait d’être à l’abri des regards et l’obscurité garantissait sa tranquillité. Elle avait la vingtaine, les cheveux mi-longs et bruns. En empruntant le chemin qui passait devant elle, je ne m’attendais pas à ce que nos regards se croisent ainsi ; l’espace d’une seconde avait suffit à me révéler sa beauté, rare et précieuse. La résonance d’une légère familiarité semblait s’être immiscée dans cet effleurement soudain, contemplation fugace où le charme de cette demoiselle m’avait follement séduit. Mais ses yeux magnifiques trahissaient la tourmente que son geste s’apprêtait à exécuter. Une cigarette se mit à rougeoyer entre ses lèvres, laissant percevoir une détresse dont le bruit sourd fit rompre une corde sensible. Sa pureté dérobée exerça sur moi un magnétisme troublant, animant un sentiment indescriptible. L’étreinte d’une douleur inconsolable, en perpétuelle ébullition depuis que l’image d’un poison salissant ses lèvres et son corps ne cessait de me hanter. Et paradoxalement, cette brèche ne la rendait que plus attirante, ôtant l’ennui qu’aurait pu être un portrait lisse et parfait. Mais c’était étrange qu’un tel crève coeur me saisisse à ce point, me marque au fer rouge comme le rouge de ses lèvres embrassait sa cigarette. Je regrette d’avoir été incapable de briser le silence qui nous faisait obstacle, de n’avoir été que le spectateur désoeuvré de cet enchantement éphémère au triste parfum. Elle s’est posée en énigme en initiant ces mots, mais je me refuse de laisser périr son souvenir en le gardant inachevé. C’est pourquoi je pars en quête de sa beauté empoisonnée. »

✐ ✐ ✐

Ce soir-là, à peine était-il rentré chez lui qu’un nouveau fichier texte voyait le jour sur son ordinateur. Ce que Mick qualifiait pourtant d’indescriptible venait de prendre forme en quelques minutes, dans une frénésie presque surréaliste. Tout ça le dépassait, il fallait que les mots sortent de son esprit, qu’il jette son dévolu sur son clavier pour les libérer. Sa démarche n’avait pour seul but que d’exprimer l’admiration qu’il eut pour cette fille, et toute l’incompréhension autour de cet échange fugace. Ils s’étaient à peine vus mais cela l’avait profondément tourmenté, si bien qu’il écrivit ce texte comme si sa vie en dépendait. La certitude qu’elle était différente des autres lui fit prendre la ferme résolution de ne pas s’arrêter là et de la retrouver. C’était insensé, il le savait, mais elle lui avait fait perdre la raison et il refusait de croire que la réalité devait se résumer à la laisser filer entre ses doigts. Il voulait au moins se donner une chance de revoir son visage, de comprendre ce qu’il venait de se passer. Ça n’était pas un simple béguin, ni même un coup de foudre – à moins que la tempête qu’il put lire dans ses yeux puisse être la représentation de cet orage qui l’a littéralement foudroyé. Il se sentait bousculé par ses réflexions autour de cette cigarette qu’elle tenait fébrilement. Il ne parvenait pas à traduire décemment son geste, ne sachant plus s’il se faisait des films, s’il était en train de tout extrapoler ou s’il avait vraiment su lire en elle. C’est pourquoi il devint vital pour lui de partir en quête de réponses. De résoudre cette énigme qu’il évoque et que représentait cette jeune femme dont il ne connaissait que l’ombre et le regard, ainsi que la danse de sa fumée. Maintenant que le texte était rédigé, il voulu être sûr de ne surtout pas le perdre et l’enregistra. « Sans titre » devint alors « Le déclic ».

Mick aimait bien écrire, peut être pas au point de se considérer comme écrivain mais suffisamment pour que cela prenne une place fondamentale dans son quotidien. Il avait apprit à s’exprimer en poèmes pendant ses années de lycée, parlant d’amour bien sûr, mais aussi de sujets plus personnels et fatalement plus graves. Il appréciait de pouvoir embellir les sentiments par des rimes ou de donner une musicalité à son chagrin. La poésie avait ce don de rendre beau ce qui, dans la réalité, ne l’était pas. Et elle lui permettait de croire qu’un jour, il trouverait le courage d’offrir de ses mains une déclaration d’amour. Mais ce n’était encore jamais arrivé, il était bien trop timide pour ça. Toujours est-il que cette forme d’expression lui a permis de nouer un lien étroit avec l’écriture. L’avantage de communiquer indirectement lui permettait de trouver les mots qui lui échappaient à l’oral et d’éviter les maladresses – et encore, ce n’était pas toujours le cas. Mettre des formes à ce qui le tourmentait ou l’enthousiasmait lui permis de se remettre de ses peines, d’isoler ses émotions et d’exprimer ses joies. Mais à présent, il écrivait de façon aléatoire des textes en prose pour ne plus avoir à se soucier de certaines contraintes. Toutefois, il ne parvenait pas à aller au bout de ce roman qu’il avait débuté il y a huit ans et dont les premiers chapitres, qui gisent au fond d’un tiroir, attendent encore une suite. Il s’était promis de le finir un jour, mais il lui manquait quelque chose pour y parvenir. C’est pourquoi il ne s’engageait plus trop dans les longs formats depuis un certain temps, se contentant de noter des idées et de les accumuler, sans trouver le courage de leur donner corps. Jusqu’à cette rencontre qui lui avait donner un élan prodigieux dont il ne semblait plus être capable de se détacher. Une détermination remarquable l’habitait depuis ce soir où il avait fait de cette femme son héroïne, le temps d’un paragraphe.

{Chronique} Héléna (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Lounis Chabane.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 1 octobre 2014 (T.1) / 4 mars 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 76 + 78.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

Du plus loin que je me souvienne, Simon a toujours eu peur des jolies filles. Le jour de son mariage, Simon aperçoit Héléna sur la grande place de la mairie de Nice. Héléna, la beauté de sa classe quand il était enfant, son grand amour… celle qu’il aime depuis toujours et qui ne s’est jamais intéressée à lui. Entre eux, c’est juste un échange furtif, rien de plus. Mais un échange suffisant pour que Simon refuse de dire le petit «oui» durant la cérémonie de son propre mariage. Il aime Héléna, plus que tout. Et comme cet amour est unilatéral, lui vient une idée bien curieuse… Il lui propose de lui offrir 1000 euros, en échange de trois heures de sa présence tous les jeudis après-midi…

Helena - Art

Mon avis

Rarement un résumé aura autant éveillé mon intérêt et ma curiosité. Tous les ingrédients étaient réunis sur ces quelques lignes pour pouvoir envisager de lire une histoire singulière, une histoire qui ne me laisserai pas insensible. Une histoire où il s’agit de parler d’un amour aussi bien physique que psychologique, de ceux qui vous amène à aimer de façon disproportionnée et dont la logique ne dépend que de sentiments incontrôlables. Cet amour qui ne s’éteint jamais vraiment, qui rend dépendant, qui éveille l’âme et mène aux plus grandes folies. Sauf qu’ici, l’amour n’est pas réciproque et ne se reflète pas chez l’autre ; il est cruellement à sens unique. La beauté du propos tient sur le fait que l’amour ne s’achète pas… ou presque. Car il faut dire que l’idée de Simon a beau être farfelue sur le papier, elle n’en reste pas moins profondément belle, respectueuse et révélatrice. C’est ce qui rend cette histoire attachante, troublante et passionnante. Le dessin de Lounis Chabane est fin, raffiné et élégant, il dessine les femmes en leur donnant une prestance et une dimension réaliste, elles sont expressives, elles ont du charisme. La colorisation de Delphine est impeccable, elle sublime le dessin. Quant au scénario de Jim, il est subtil, brillant et intelligent, on sent une volonté de rendre cette histoire marquante et pertinente à la fois, malgré un postulat de départ semblant surréaliste – payer 1000 euros une fille pour qu’elle reste trois heures avec nous, ça semble fou mais ne serions-nous pas capable de le faire par amour ? Alors oui, il y a sûrement quelques clichés ici et là mais la vie elle-même est bâtie autour de ces clichés. Et puis c’est avant tout une histoire très humaine qui nous amène vers de nombreux questionnements, sur notre rapport à l’amour et aux autres. J’ai énormément aimé ces deux tomes, il m’a été impossible de décrocher un seul instant tellement je me suis attaché aux personnages. La fin est très belle pour diverses raisons, mais il faut avoir le coeur bien accroché et ne pas s’étonner de verser quelques larmes – ce fut mon cas. Un vrai chef d’oeuvre de sensibilité et d’humanité. 

Notation 6

Une histoire dont on ne sort pas indemne.

Helena - Extrait 1

 

{Poème} Le chant des secondes

« Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac »

Les secondes font le tour du cadran,
Le temps s’écoule innocemment ;
Le passé n’existe pas encore,
Pas de regrets ni même de remords.

L’enfance est une douce période d’insouciance,
Le regard sur le monde est voilé par l’innocence.
On entend la mélodie du printemps,
Qui résonne jusqu’à nos neuf ans.

« Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac » 

Les minutes passent discrètement,
Le temps passe trop lentement ;
Le présent est sacrifié de bon coeur,
Pour se sentir adulte avant l’heure.

L’adolescence est une étape sujette à turbulences,
Car la jeunesse se complait à vivre dans l’ignorance.
On méprise la musicalité de l’été,
Jusqu’à la dix-huitième année.

« Tic-tac – Tic-tac – Tic- tac »

Les heures défilent et nous échappent totalement,
Le temps est une notion qui a pris les devants ;
L’avenir se construit malgré les travers,
D’une vie qui tend à devenir un enfer.

L’âge adulte est un quotidien qui devient ingérable,
Les études et le travail usent et nous accablent.
On néglige le refrain de l’automne,
C’est déjà les trente ans qu’on fredonne.

« Tic-tac – Tic-tac » 

Les jours ont quelque chose de déprimant,
Le temps est précieux, mais il n’est plus devant ;
Passé, présent et avenir se bousculent,
Il est trop tard pour réécrire le préambule.

La vie nous a échappé, nous laissant inconsolables,
Les regrets et remords nous rendent misérables.
On murmure la complainte de l’hiver,
À quarante-cinq ans et des poussières.

« Tic-tac » 

Les semaines sont un désenchantement,
Lorsqu’elles finissent par dévorer le temps ;
Les mois deviennent rapidement des années,
Hier n’est plus, demain n’est plus sûr d’exister.

La vieillesse est sur le point de s’inviter,
Les cheveux gris commencent à pousser.
On écoute le concerto des quatre saisons,
Serait-ce à soixante ans, l’âge de la raison ? 

« … » 

L’heure de ma mort est arrivée,
La vie s’achève avec une moralité :
Il est désormais trop tard pour comprendre la valeur,
De ces mois, de ces jours et de ces heures.

Durant les dernières minutes de ma vie, j’ai entendu le chant des secondes,
C’est lors de mon dernier souffle que j’ai compris à quoi elles correspondent ;
L’aiguille s’est arrêtée,
Le temps s’est envolé.

– 24 mai 2012 –

The Art of Makoto Shinkai

MakotoShinkai

Date de sortie : 30 juin 2015 (en anglais)
Editeur : Vertical
Nombre de pages : 175

Prix : Environ 30 €
Présentation 2

Makoto Shinkai, c’est ni plus ni moins l’artiste que j’admire le plus. Réalisateur de longs et courts métrages japonais, producteur, animateur, graphiste, auteur de plusieurs romans, scénariste et doubleur (!), c’est un génie dont les oeuvres sont à la fois touchantes, sensibles, poétiques et esthétiquement fabuleuses. L’art de Makoto Shinkai est un artbook qui rassemble une bonne partie de ses premiers travaux, et exclusivement de 5cm par seconde, La tour au delà des nuages et The voices of a distant stars.

Contenu

Tout au long de l’ouvrage, on parcours essentiellement les « backgrounds » de ses films, autrement dits les décors ou arrières-plans magnifiques qui montrent bien la touche personnelle de Makoto Shinkai, qui accorde une importance toute particulière aux environnements pour qu’ils subliment et accompagnent les messages qu’il nous délivre. Un soin qui saute aux yeux tant les détails sont extraordinaires et nous offrent au fil des pages des panoramas incroyables. Les paysages sont de toute beauté et on remarquera les différents éléments clés qui constituent les oeuvres de l’artiste, à savoir les trains, le ciel (de jour ou étoilé), la pluie, l’espace et ce contraste entre l’urbain et la nature. Chaque page est un émerveillement qui exprime toute la sensibilité de l’artiste, avec toute la volonté que son propos soit parfaitement mis en image. Des propos axés essentiellement sur l’amour, l’adolescence, la distance et la séparation. Des thèmes mélancoliques traités avec une rare délicatesse, avec une dimension humaine incroyable, bien distinct des moeurs d’aujourd’hui.

Mon avis

Il me sera impossible de dire le moindre mal de cet ouvrage tant il est d’une richesse incomparable et d’une beauté inouïe. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il s’agit ici de paysages à contempler, il n’y a pas de personnages. Ce sont uniquement des arrières-plan. Une façon de pouvoir admirer autant de fois qu’on le souhaite ce qui, à l’écran, apparait en arrière plan, ne nous laissant que peu de temps pour apprécier le soin apporté au moindre recoins, au moindre détails. C’est un artbook particulier qui ne montrera que très peu les travaux, ébauches et crayonnés – à la toute fin du livre, quelques pages montrent tout de même le procédé et les techniques employées. Les commentaires accompagnant les sublimes dessins donneront beaucoup de corps et d’âme à tout cela, et c’est là le but de cet ouvrage. Plutôt que de montrer du « step by step », on admire puis on découvre l’intention derrière. A noter que le format de l’artbook est rectangulaire, ce qui le rend agréable à prendre en main, la qualité du papier et d’impression est impeccable et fait honneur au travail de l’artiste. Je le recommande chaudement, à toutes celles et ceux qui voudraient un peu d’évasion, de douceur et de poésie. Ce n’est pas seulement un coup de coeur, c’est bien au-delà.

Notation 6

L’art de Makoto Shinkai est un diamant à l’état brut. 

Galerie

 

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{100 cibles} Work In Progress

Premières esquisses, à travers une rencontre. La naissance de ce lien engendre une euphorie sincère et un enthousiasme réconfortant, on ne voit plus que cette personne qui vient d’entrer dans notre existence et on lui déroule le tapis rouge. Elle devient le centre de notre monde, avec la soif d’en apprendre davantage et de plaire autant que possible, pour bâtir une nouvelle relation humaine et n’en voir que les bons cotés, avec les points communs et la personnalité rare qu’on espérait tant. On est sous les projecteurs, on se sent important en trouvant une place dans la vie de cette nouvelle personne.

Premiers traits de crayons, à travers les échanges. Les sourires se multiplient, les mots et qualificatifs aussi. On ose prononcé des compliments à l’autre, on prend conscience que cet(te) ami(e) en devenir contribue à notre bonheur, on y devient dépendant et on ne se retient plus de lui dire combien on se sent heureux. Le partage est enrichissant, la communication épanouissante, et la morosité s’est effacée derrière cette épopée amicale où l’autre nous offre son temps et son attention. Comme si nous étions seul et sans rivalité possible.

Premiers contours aux traits noirs, à travers l’apprentissage. Peu à peu, les priorités évoluent et changent de nouveau. On se familiarise avec cette personne qui rejoins le décor de notre vie, comme un bon livre dont on a dévoré les premières pages mais que l’on préfèrera ranger dans une bibliothèque, pour le finir plus tard. Pour l’apprécier dans le temps. Mais une distance naturelle s’impose, ralentissant le flux des mots échangés, comme si tout perdait de la valeur et de l’importance au fil des jours. On se contente de savoir qu’un autre existe parmi les autres ; nous n’avions pas vu les autres avant.

Premiers coups de gomme, à travers les circonstances. L’effervescence de la vie quotidienne force à la négligence habituelle, impose une routine où les échanges deviennent moindres. Les qualités qui s’étaient illustrés s’effacent et ne laisse plus apparaitre que les défauts, et on ne se donne plus le temps que requiert une relation, parce qu’elle n’est plus seule. On va à l’essentiel, quitte à oublier la valeur que cela avait quelques semaines plus tôt, et ce qui apparaissait au départ extraordinaire n’est plus qu’ordinaire. Comme un livre qui prend la poussière sur une étagère.

Dernières retouches, à travers les excuses. On ne justifie même pas ce qui ne fonctionne plus, mais on cherche un moyen d’exister. On devient dispensable, relégué au second plan par les aléas d’une vie mouvementée, dans l’ombre de celles et ceux qui nous chassent comme si nous étions devenu une proie. Avec la distance et un peu de recul, on aperçoit mieux les traits fin et fragiles qui se distordent et nous rend plus vulnérable. On était pourtant prêt à représenter l’amitié, à en être elle plus bel exemple, mais on reste en noir et blanc.

Couleurs absentes, à travers ce brouillon. Ce n’était qu’une tentative pour aimer et être aimé en retour. On ne sera qu’une ébauche mal finie, mal dessinée, et dans le pire des cas on finira dans la corbeille en papier, là où toutes celles et ceux qui se sont s’accrochés se sont finalement déchirés. Il ne manquait pourtant pas grand chose, juste une page un peu plus grande ou de l’encre qui ne s’efface pas. Juste quelqu’un qui sache aimer aussi bien qu’il dessine.

[Chronique ] Time of Eve ⌊♥⌋

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Date de sortie : 6 mars 2010 (Japon) – 1er mai 2015 (USA)
Durée : 1h46min
Genres : Drame, Science-fiction
Un film d’animation japonais de Yasuhiro Yoshiura

 

* Synopsis *

Dans un futur pas si lointain, les androïdes sont devenus d’usage normal, si bien que les humains les traitent comme des objets de tous les jours. Néanmoins, certaines personnes sont attirées par ces androïdes à cause de leur apparence humaine (mis à part l’anneau flottant au-dessus de leurs têtes), et c’est devenu un problème de société. Un jour, Rikuo, qui prenait les robots pour choses acquises, découvre que son androïde domestique, Sammy, agit bizarrement et trouve une phrase enregistrée dans son journal d’activités. Avec son ami Masaki, il décide alors de suivre Sammy et tombe sur un café inhabituel, où la première règle est de ne pas faire de différence entre humains et androïdes.

* De la science-fiction/réflexion *

Le contexte futuriste et la définition de science-fiction pour ce film d’animation est marqué par la présence d’androïdes hyper réalistes ainsi que par un milieu urbain manquant cruellement de verdure. Une vision néanmoins épurée et suffisamment cohérente pour ne pas se perdre dans la surenchère d’éléments futuristes. Pas de fioritures, ce qui nous intéresse ici, c’est la relation entre l’homme et la machine. Nous faisant très vite connaissance avec Rikuo ainsi que de son androïde Sammy. S’ajoute à eux le camarade de classe de Rikuo, le très farouche Masaki. Maintenant que les présentations sont faites, ne vous attendez pas à de l’action barbare, des scènes à couper le souffle et des combats épiques. Time of Eve, c’est avant tout un scénario millimétré qui explore les relations humaines (et pas que !) pour nous amener à de profondes réflexions sur notre rapport avec la technologie, avec la différenciation entre une âme et une intelligence artificielle développée. C’est essentiellement au coeur du Eve no jikan que nous allons faire la rencontre de diverses personnages tous aussi mémorables les uns que les autres. Se développe ainsi une psychologie profonde entre humains et androïdes, sans que l’on ne sache au départ qui est qui (ou quoi). Tout est brillamment raconté au fil de cette jolie fable futuriste.

* Cinq ans plus tard sur Kickstarter * 

Time of Eve, c’est au départ une série d’OAV composé de six épisodes, qui ont donné lieu à ce film « compilation » qui s’est vu ajouté quelques scènes. La découpe n’est absolument pas perceptible et l’histoire s’enchaîne à merveille. Il faut savoir que le parcours de ce film est particulièrement atypique : sorti en 2010 au Japon, il n’a pendant longtemps pas eu le droit à une localisation occidentale. Il a fallu la création d’un Kickstarter lancé par Directions et le Studio Rikka pour mobiliser les fans et localiser le film sur le marché US dans une version blu-ray. Le succès de la campagne (215 233 dollars !) est tel qu’une version dénommée « International » voit le jour, puisque les sommes récoltées permettent de financer les sous-titres dans de nombreuses langues… dont le français ! C’est même un coffret comprenant un mini artbook et l’OST qui sortira cinq ans après la sortie japonaise. Malgré le succès du crowfunding, le film reste bien trop méconnu et n’a officiellement jamais bénéficié d’une sortie en Europe. Pourtant, le réalisateur à qui nous devons Time of Eve sort le plus populaire Patéma et le monde inversé – excellent au passage – quelques années plus tard. Un film suffisamment acclamé par la critique pour se voir bénéficié d’une sortie spontanée chez @nime. 

♥ Mon avis ♥

Rares sont les films d’animation à m’avoir fait cet effet. Je suis resté scotché tout le long du film, ébloui par la richesse et la beauté graphique – c’est assez sobre et volontairement peu coloré. L’animation est impeccable, certains plans et effets sont renversants, j’ai été surpris qu’un animé de 2010 propose une telle originalité graphique. J’ai aussi beaucoup apprécié le character design, chaque personnage est identifiable, dégage une émotion palpable, et il y a cette profonde et intéressante réflexion sur le fait de savoir s’il s’agit d’un(e) humain(e) ou non. Ce qui m’a fasciné et transporté, c’est la dimension philosophique du film, le fait de mettre en avant chaque émotion, de la traiter sous tous les angles avec intelligence, sans faire de surenchère, et sans fioritures. On devine sans mal les sentiments qui émanent de chaque individu, sans connaître leur histoire, ce qui ne manquera pas de surprendre et de nous faire réfléchir sur nos rapports humains. Les dialogues sont à ce titre rudement bien écrits, c’est profond sans être tiré par les cheveux – car oui, les japonais ont parfois une manière bien à eux de s’exprimer et cela peut vite devenir difficilement compréhensible. Ici, c’est limpide, subtil et tout est dit avec une grande sagesse et poésie. Time of Eve a de science-fiction le fait d’être lui-même un OVNI, il n’a aucun équivalent dans son domaine malgré que une thématique déjà traitée. Ici, ce n’est pas seulement un film, c’est une réflexion sur la vie, celle de notre présent et, peut-être, celle de notre futur.

Notation 6

Un chef d’oeuvre unique, intelligent et marquant.

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[Chronique] Le Pavillon de l’Aile Ouest

le pavillon

Date de sortie : Août 2007
Editeur : Xiao Pan
Nombre de pages : 112.
Prix : Environ 12 € (Occasion – RARE)

Résumé

Xi Xiang Ji est l’un des grands classiques d’histoire d’amour en Chine. Tiré à l’origine d’une nouvelle écrite au IXme siècle, adapté pour le théâtre par WANG Shifu, il raconte l’idylle entre la fille de nobles chinois, et un jeune lettré préférant vagabonder plutôt qu’étudier. Mais l’Amour lui fera donner le maximum de lui-même, afin de conquérir, surtout, le coeur de sa (future) belle-mère.

Mon avis

Voici une bande-dessinée chinoise tout à fait particulière. Déjà, il faut noter la singularité du livre en lui-même puisque les pages sont plus épaisses et couleur sépia, donnant un aspect un peu « ancien » très réussi se mariant à merveille avec le dessin de Guo Guo. D’ailleurs on ne va pas passer par quatre chemins : c’est très, très beau. J’ai rarement été autant émerveillé par les illustrations mais j’y reviens un peu plus loin. Parlons du scénario, hélas assez secondaire et donnant l’impression qu’il n’est que prétexte pour admirer le travail de l’artiste.

Il s’agit d’une histoire d’amour très classique entre une fille d’une grande famille et un homme issu d’un milieu plus modeste. Les circonstances les amènent à se rencontrer alors qu’elle semble inatteignable. Puis elle apprend qu’elle doit épouser un homme de haut rang plutôt malsain, tandis que la ville est attaquée. Tout s’enchaîne à une vitesse folle et le dénouement survient si vite qu’on n’a absolument pas le temps de l’apprécier. C’est léger, pas franchement original mais loin d’être désagréable. J’ai apprécié cette simplicité, ce coté très suranné. Il faut simplement aimer les histoires (très) fleur bleue (moi j’aime bien hihi !) et accepter de lire une histoire qui se contente de faire le minimum (le nombre de pages y oblige).

La grande force de cet ouvrage, ce sont donc les illustrations de Guo Guo qui font de chaque case un tableau. Le niveau de détail dans les décors, les kimonos, les chevelures et les visages est admirable, les couleurs sont somptueuses et on ressent une sensibilité très féminine dans les personnages, y compris dans celui du héros principal. Il y a quelques illustrations en pleine page qui sont d’une élégance rare, et à cela s’ajoute une vingtaine de pages en fin d’ouvrage où il sera possible d’en prendre plein les yeux face au talent de cette dessinatrice, qui conjugue à la perfection l’esthétisme et le raffinement. C’est simple, on a le sentiment de parcourir une petite galerie de peintures chinoises où la minutie et la grâce de chaque oeuvre est un pur moment de contemplation et de délectation.

 

Notation 6

Un coup de coeur pour l’esthétique fabuleuse !

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