{Volutes féminines} Café blond et tabac crème

Chaque matin, elle se sert une tasse de cigarette avant de s’allumer un café. Elle boit son cendrier et fume dans son bol pour se réveiller tout en restant dans le brouillard, pour se réchauffer en soufflant le froid sur son Carte noire. Elle s’imbibe de nicotine et s’embrume de caféine, ingurgitant une mixture liquide et vaporeuse qui promet de tenir la journée. C’est sans compter le pouvoir du psychotrope qui tend vers le poison magique et le psychoactif vers la potion tragique, détournant la jeune femme comme un tourment de cuillère. Qu’importe, la torréfaction de ses graines de tabac et l’inflammation de ses feuilles de café lui permettent d’avaler du courage et d’exhaler son énergie. Hélas, pas de quoi non plus faire des étincelles, mais de quoi lui donner des ailes sans lui brûler son zèle.

Tous les midis, elle se fume la caféine et prend un verre de nicotine. Elle déglutit ses toxines et expire son arabica pour tâcher ses poumons ; tout ça ne rime à rien de bon. La pause café devient clope, la tasse cylindrique et la tige en céramique. Le quiproquo se poursuit dans un duel physique entre l’excitant et le relaxant, faux amis qui marient leurs arômes pour infuser une blonde et consumer l’expresso. La nervosité déclenche des tics, mais rien de très poétique, et le stress sursaute sans cesse entre deux litres de goudron et trente grammes de plomb. La cendre se renverse et la boisson se désagrège tandis qu’elle inhale la porcelaine tout en buvant le filtre de son mégot. Insatisfaite de sa toux de stimulation, elle reprend une dernière taffe de café, au détriment de ses collègues qui n’en peuvent plus : « Plus de sautes d’humeur que ça, tumeur ! ».

Le soir, elle opte plutôt pour un café light et une cigarette crème, histoire de ne pas s’endormir les bronches sèches et la gorge encombrée. Elle souffle un sucre et se roule du cacao pour se griller un cappuccino bien chaud. Elle est comme une locomotive qui tente de se mettre en veille ou une cafetière qui fait l’effort de ralentir, mais elle tremble comme une feuille sur le point de tomber, tout en n’étant pas tout à fait morte. Elle se tue petit à petit en se vivifiant peu à peu, à moins que ça ne soit l’inverse… La morale de cette histoire finalement, est – presque – amusante à plus d’un filtre : fumer une cigarette en buvant son café, c’est comme gratter une allumette en buvant de l’essence, ça permet d’avancer en prenant le risque que tout explose. Ou bien, c’est comme essayer d’éteindre l’eau en déversant du feu, ça n’a aucun sens ; et même en mettant les mots dans le bon ordre, ça n’empêchera pas tout ceci de partir en fumée. 

Extrait du tome 2 mort-né des Volutes féminines.

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