Billet d’humeur n°2 – 12/04/2021

Second billet d’humeur et… je suis dans les temps. Cette semaine, les nuits ont été difficiles. Non pas à cause d’un manque de sommeil mais plutôt la succession de cauchemars. Bon, rien de très inhabituel me concernant mais disons que c’était des rêves plus étranges, plus… violents ? Du coup, ça m’a plutôt perturbé dans mes journées.

Niveau écriture, je travaille sur la réécriture de deux anciennes Volutes féminines qui n’ont pas été publiées dans le recueil de 2017. Ce sont deux textes que j’aime bien dans le sens où ils jouent sur des sonorités, sur des effets de répétition qui m’exercent et me poussent dans mes retranchements. Ce n’est pas le genre de texte facile à aborder et c’est un peu bizarre de m’attarder dessus alors que je peine à écrire mais je me dis peut-être que si j’arrive à être satisfait de ces réécritures, ça me redonnera un peu d’élan et de la confiance pour mon roman.

Ces derniers jours ont étés mitigés. Socialement parlant, j’ai eu la possibilité de jouer avec pas mal de mes proches et amis (en ligne, étant donné la situation). J’ai commencé quelques séances d’auto-hypnose mais ça demande à être approfondie cette semaine. Je n’ai pas assez lu, je n’ai pas assez écrit et j’ai eu pas mal de petits passages à vide. Je n’ai toujours pas eu de réponse à deux de mes courriers et j’avoue que ça m’affecte un peu moralement.

La « bonne » nouvelle de la semaine, c’est mon intention de faire une version 2.0 des Volutes féminines. D’en faire un recueil plus abouti. Ça va rester dans l’auto-édition mais plus modeste encore. Pas de financement ni de quelconque prétention en terme de visibilité. Pas de photographies à l’intérieur, des textes peut-être moins nombreux mais plus longs et une couverture que je vais essayer de soigné du mieux possible… Je pense faire imprimer des exemplaires papier sur un site comme Thebookedition pour ensuite les déposer dans des boîtes à lire ou l’offrir à mes proches.

Que dire d’autre ? Le sentiment de stagner est encore bien présent, j’ai un mal fou à me concentrer et mes humeurs font les montagnes russes mais bon, je m’accroche et il faudrait que je trouve un médecin traitant – étant donné qu’on ne souhaite pas répondre à mon courrier. Bref, sept jours se sont écoulés et pour le moment, on ne peut pas dire que les choses avancent. Peut-être la semaine prochaine ?

[Artiste] Guweiz

Article bilingue (Français / English) – Translation by DeepL.com
Toutes les illustrations appartiennent à Guweiz
All artwork is Copyright © Gu Zheng Wei

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Présentation / Presentation

Zheng Wei Gu (alias Guweiz) est un illustrateur freelance né à Singapour. Passionné par l’ambivalence qui caractérise les jeux vidéo, il se lance en 2013 dans le dessin et se découvre un talent inné. Il achète une tablette graphique et poursuit ses efforts pour affiner son style et trouver ses marques. Si l’on ressent de nombreuses inspirations au début de son parcours (je pense notamment à Ilya Kuvshinov sur certaines illustrations), ses dessins trouvent une identité plus marquée dès l’année 2016 lorsqu’il expérimente diverses techniques en terme de visuels et d’effets. Autodidacte, il excelle rapidement dans le « Digital Painting » et ne cesse de progresser. Ses portraits gagnent en personnalité et deviennent de véritables icônes dans un univers fantastique dont il esquisse peu à peu les contours. D’une générosité rare et d’un sens du détail hors norme, Guweiz publie ses créations sur diverses plates-formes (Deviantart, Artstation, Instagram…) et peut compter sur le soutien d’une communauté grandissante. Le lancement d’une campagne Kickstarter en 2020 pour la sortie d’un premier artbook est couronné de succès avec plus de 5500 contributeurs. Il est publié en fin d’année chez 3dtotal Publishing, un éditeur dont la qualité des ouvrages est indiscutable et qui fait donc honneur à la précision des tableaux peints par l’artiste. L’année 2020 voit aussi la naissance d’une nouvelle série de portraits « Bad Guys » qui prouve une fois encore le savoir-faire de l’artiste.

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Zheng Wei Gu (aka Guweiz) is a freelance illustrator born in Singapore. Fascinated by the ambivalence that characterizes video games, he started drawing in 2013 and discovered an innate talent. He buys a graphic tablet and continues his efforts to refine his style and find his marks. If we feel many inspirations at the beginning of his career (I think in particular of Ilya Kuvshinov on some illustrations), his drawings find a more marked identity from the year 2016 when he experiments various techniques in term of visuals and effects. Self-taught, he quickly excels in « Digital Painting » and does not stop progressing. His portraits gain in personality and become true icons in a fantastic universe whose outlines he sketches little by little. With a rare generosity and an outstanding sense of detail, Guweiz publishes his creations on various platforms (Deviantart, Artstation, Instagram…) and can count on the support of a growing community. The launch of a Kickstarter campaign in 2020 for the release of a first artbook is successful with over 5500 contributors. It is published at the end of the year by 3dtotal Publishing, a publisher whose quality of books is indisputable and which thus honors the precision of the paintings made by the artist. The year 2020 also sees the birth of a new series of portraits « Bad Guys » which once again proves the artist’s expertise.

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Son univers / His world

Tout d’abord, il faut savoir que le monde de Guweiz est peuplé de femmes et de chats noirs (enfin presque toujours !). Les figures féminines représentées ont beaucoup de charisme tant l’artiste travaille minutieusement les expressions de ses personnages. Il suffit de le constater avec les quelques illustrations qui parsèment cet article. Tantôt mélancoliques, guerrières ou dangereuses, ces femmes dégagent une aura particulière qui pourraient presque suffire à raconter leur histoire. Pourtant, force est de constater à quel point Guweiz travaille ses décors, qui posent ses héroïnes de fort belle manière. Souvent urbains, parfois ancré dans un univers cyberpunk ou médiéval, les scènes peuvent aussi prendre place dans une réalité pas si éloignée de la nôtre, comme avec sa récente série Bad Guys. Le choix des couleurs fait par ailleurs l’objet d’une recherche très approfondie pour accentuer chaque mise en scène.

Guweiz - Your lie in April

Ici, on note un vrai travail sur la lumière en arrière-plan dans une scène qui n’est pas sans rappeler le manga et animé Your lie in April. Est-ce un clin d’oeil à Kaori Miyazono ?
Here, we note a real work on the light in the background in a scene that is reminiscent of the manga and anime Your lie in April. Is it a wink to Kaori Miyazono?

First of all, it is necessary to know that the world of Guweiz is populated with women and black cats (well almost always!). The female figures represented have a lot of charisma as the artist works meticulously the expressions of his characters. It is enough to notice it with the few illustrations which scatter this article. Sometimes melancholic, warlike or dangerous, these women give off a particular aura that could almost be enough to tell their story. However, it is clear how much Guweiz works on her settings, which pose her heroines in a very beautiful way. Often urban, sometimes anchored in a cyberpunk or medieval universe, the scenes can also take place in a reality not so far from ours, as with his recent series Bad Guys. The choice of colors is also the subject of a very thorough research to accentuate each setting.

Guweiz - une de mes préférées

Une jeune femme au bord du vide, dans un décor très urbain accompagnée… d’un chat noir.
A young woman at the edge of the void, in a very urban setting accompanied by… a black cat.

Guweiz - Couleurs

Rares sont les illustrations avec des couleurs aussi printanières.
Mais une mélancolie se dégage tout de même de ce tableau.
Rare are the illustrations with such spring colors.
But a melancholy is still present in this painting.

Step-by-step

Guweiz - bannière projet

De mauvaises personnes ? / Bad Guys ?

Série de portraits dont les publications poursuivent leurs cours, Bad Guys met en scène des femmes hors-la-loi parfois couvertes de sang et armées jusqu’au dent. Le contraste vestimentaire est ici assez intéressant avec d’un côté des femmes leader dans leur costume trois pièces et de l’autre des femmes particulièrement séduisantes. Une séduction qui pourrait peut-être servir d’appât pour l’ennemi, comme pour attirer la proie dans ses filets. Quelques éléments visuels reviennent souvent comme la pluie ou la cigarette, tandis que les décors sont un peu crasseux ou communs (comme des toilettes ou des rues insalubres). La colorimétrie est également différente, notamment dû à des éclairages plus rares et une météo moins favorable. D’ailleurs, en visualisant successivement les différents tableaux, on peut distinguer possiblement deux clans (cheveux blancs et cheveux noirs), deux façons de procéder qui divergent. Armes à feu contre armes blanches ? Séductrices dangereuses contre tueuses à gages ? Une histoire se dessine ou du moins s’interprète et se joue devant nous en filigrane. C’est en tout cas fascinant d’approfondir son niveau de lecture à travers chaque illustration que l’artiste nous fait découvrir. Quels rôles ont vraiment ces femmes dans un monde que l’on imagine plutôt masculin ? Cet univers plus ancré dans notre réalité se révèle en tout cas très intriguant et s’étoffe au fil des mois grâce au talent de Guweiz.

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Sensuelle… mais dangereuse.
Sensual… but dangerous.

Series of portraits whose publications continue, Bad Guys puts in scene women outlaws sometimes covered with blood and armed. The clothing contrast is quite interesting here with on one side leading women in their three-piece suits and on the other side particularly seductive women. A seduction that could perhaps serve as bait for the enemy, as if to attract the prey in its nets. Some visual elements come up often like rain or cigarettes, while the settings are a bit grimy or common (like toilets or unsanitary streets). The colorimetry is also different, notably due to less lighting and less favorable weather. Moreover, by visualizing successively the different paintings, one can distinguish possibly two clans (white hair and black hair), two ways of proceeding which diverge. Firearms versus knives? Dangerous seductresses versus hired killers? A story is taking shape, or at least is being interpreted and played out in front of us in the background. It is in any case fascinating to deepen one’s reading through each illustration that the artist makes us discover. What roles do these women really have in a world that we imagine to be rather masculine? This universe, more anchored in our reality, proves to be very intriguing in any case, and it is getting richer with each passing month through the talent of Guweiz.

Guweiz - Influence

Son influence sur « Il était une femme… »
His influence on my novel

Les héroïnes de Guweiz ont quelque chose dans le regard, dans leur attitude. Elles dégagent des émotions complexes si on observe bien leur posture et les expressions du visage. Elles ont une féminité et un caractère qui trouvent une résonance dans certains de mes personnages. Une forme de révolte et de violence sous-jacente – uniquement psychologique dans mon récit – qui s’exprime visuellement dans les portraits de Guweiz. Certains me rappellent mon héroïne, à travers cette féminité et leur éloquence – en particulier dans leur mélancolie et la présence d’une cigarette – puisque mon héroïne est une fumeuse. Ceci est parfaitement illustré par la peinture de Guweiz présente ci-dessus et qui s’intitule « Train stop ». Il pourrait s’agir de mon héroïne dans la toute première scène du prologue. Il suffirait juste de changer le contexte (il s’agit d’un parc) et sa tenue (plus en phase avec notre réalité). Pour être honnête, j’aime à penser que ce portrait pourrait être la couverture de mon roman, avec ces quelques modifications. Mais loin de moi l’idée de me dire que cela pourrait un jour arrivé haha !

The heroines of Guweiz have something in their look, in their attitude. They give off complex emotions if you observe their posture and facial expressions. They have a femininity and a character that resonates with some of my characters. A form of revolt and underlying violence – only psychological in my story – that is visually expressed in the portraits of Guweiz. Some of them remind me of my heroine, through their femininity and their eloquence – especially in their melancholy and the presence of a cigarette – since my heroine is a smoker. This is perfectly illustrated by the Guweiz painting above, entitled « Train stop ». This could be my heroine in the very first scene of the prologue. We would just have to change the context (it’s a park) and her outfit (more in line with our reality). To be honest, I’d like to think that this portrait could be the cover of my novel, with these few changes. But far be it from me to think that this could ever happen haha!

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Interview avec l’artiste
Interview with the artist

Tout d’abord, un grand merci à vous de répondre à mes questions et de nous éclairer davantage sur vos travaux.
First of all, many thanks to you for answering my questions and shedding more light on your work.

Mick : Mis bout à bout, vos illustrations semblent nous raconter une histoire, poser un contexte et définir peu à peu les traits de personnalités de chacune de vos héroïnes. Travaillez-vous avec un scénario en tête pour concevoir vos illustrations ou est-ce au contraire les illustrations qui construisent d’elles-même leur histoire ?
Put together, your illustrations seem to tell us a story, to set a context and to define little by little the personality traits of each of your heroines. Do you work with a scenario in mind to conceive your illustrations or is it on the contrary the illustrations that build their story by themselves?

Guweiz : C’est un peu des deux, parfois le processus de dessin fait ressortir davantage l’histoire, ou bien il raconte une histoire différente à la fin. Je commence avec un objectif approximatif en tête, mais il n’est pas gravé dans la pierre.
It is a bit of both, sometimes the drawing process brings out more of the story, or end up telling a different story in the end. I do start with a rough goal in mind, but it’s not set in stone.

Guweiz - ITW Histoire

Mick : Il est assez flagrant de constater que chaque portrait dégage des émotions très marquées. Les regards, expressions et postures y sont pour beaucoup. Vos personnages ont-ils un vécu, un passé ? Y a t’il un fil conducteur pour chacun d’eux ?
It is quite obvious that each portrait gives off very strong emotions. The looks, the expressions and the postures have a lot to do with it. Do your characters have a past? Is there a common thread for each of them?

Guweiz : Pas tout à fait dans un sens sophistiqué, les personnages récents sont plus ou moins conçus pour s’intégrer dans le même « univers », mais au-delà de ça, je pense que les points communs sont principalement le résultat de préférences stylistiques.
Not quite in a sophisticated sense, the recent characters are more or less designed to fit in the same « universe », but beyond that I think commonalities are mainly results of stylistic preference.

Mick : Au début de votre artbook, vous dites avoir été influencé dès votre plus jeune âge par les jeux vidéo, par les histoires qu’ils racontent. Quelles sont les œuvres qui vous ont le plus influencé ?
At the beginning of your artbook, you say you were influenced from a young age by video games, by the stories they tell. What are the works that have influenced you the most?

Guweiz : Je pense que les jeux les plus mémorables sont Mass Effect, Starcraft et, fait intéressant, quelques jeux de stratégie, comme Rome Total War et Age of Mythology.
I think a few of the memorable games were Mass effect, Starcraft and interestingly a few strategy games as well, like Rome total war and Age of Mythology

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Mick : Vos premières illustrations étaient ancrés dans notre réalité, souvent avec un angle mélancolique. Vous avez ensuite dessiné des sorcières, des guerrières ou mercenaires dans des décors plus fantastiques ou futuristes. Avec la série de portraits Bad Guys, vous semblez revenir vers quelque chose de plus ancré dans notre réalité. Ces femmes font-elles parti d’une mafia au féminin, sont-elles des justicières qui luttent contre une forme d’oppression masculine ou est-ce encore autre chose ?
Your first illustrations were anchored in our reality, often with a melancholic angle. You then drew witches, warriors or mercenaries in more fantastic or futuristic settings. With the Bad Guys portrait series, you seem to be returning to something more anchored in our reality. Are these women part of a female mafia, are they vigilantes fighting against a form of male oppression or is it something else?

Guweiz : Je les laisse libre d’interprétation, jusqu’à ce que je trouve le temps de planifier ou d’écrire correctement un récit.
I will leave them up to interpretation, until when I do find time to properly plan or write a narrative.

Guweiz - Sourire

Mick : Dans votre artbook, il n’y a qu’à la page 100/101 que nous pouvons voir un personnage sourire. Est-ce que la joie est une expression qui ne sied pas à votre univers ? Vos héroïnes sont-elles toutes empreinte de mélancolie ou de colère ?
In your artbook, only on page 100/101 we can see a character smiling. Is joy an expression that doesn’t suit your universe? Are your heroines all melancholic or angry?

Guweiz : La joie n’est pas un trait commun, principalement parce que je ne demande généralement pas aux personnages de « poser » ou de « jouer » devant un appareil photo. Dans la vie réelle, nous ne sourions et n’exprimons de la joie que lorsqu’il y a une bonne raison de le faire. J’imagine donc que si quelqu’un prenait en secret des photos de personnes prises au hasard dans la rue, la plupart des gens auraient un visage plutôt neutre. Cependant, j’ai une préférence pour le dramatique, donc je suppose que les froncements de sourcils et les visages féroces vont de pair.
Joy is not a common feature mainly because I usually don’t get the characters to « pose » or « act » for the camera. In real life we ourselves really only smile and express joy when there is a good reason to, so I’d imagine if someone snapped pictures of random people on the street secretly, most people would have more of a neutral face. However, I do have  a preference for the dramatic, so I guess the frowns and fierce faces come with that as well.

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Animation 3D sur Instagram

Mick : En février 2017, vous avez partagé une animation 3D très réussie qui donnait vie à l’une de vos illustrations. En visionnant celle-ci, on peut aussi bien s’imaginer un jeu vidéo qu’un film d’animation. Peut-on s’attendre à ce que vous exploriez d’autres horizons par la suite ?
In February 2017, you shared a very successful 3D animation that brought one of your illustrations to life. When viewing this one, one can imagine a video game as well as an animated film. Can we expect you to explore other horizons later on?

Guweiz : C’est possible, mais pour l’instant, je me concentre sur le perfectionnement de mon métier de base, la peinture.
It is possible, but at the moment, I am focused on honing my « base » craft of painting.

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Mick : Pour finir, vos travaux me font parfois penser à du Makoto Shinkai dans les compositions, notamment avec la pluie, la mélancolie, les environnements détaillés et la profondeur de vos personnages. Simples coïncidences ou est-ce une de vos inspirations ?
Finally, your works sometimes remind me of Makoto Shinkai in the compositions, especially with the rain, the melancholy, the detailed environments and the depth of your characters. Is it just a coincidence or is it one of your inspirations ?

Guweiz : J’apprécie ses films, et ils sont très beaux ! Je pense que dans un certain sens, ils m’influencent inconsciemment.
I do enjoy his movies, and they are very pretty! I think in some sense they do influence me subconsciously

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Je vous remercie beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. C’est un honneur pour moi d’avoir eu cet échange avec vous. Je vous souhaite le meilleur pour la suite !
Thank you very much for taking the time to answer my questions. It is an honor to have had this exchange with you. I wish you all the best for the future!

Pour en savoir plus

(French only)

L’artiste Guweiz est d’une générosité assez rare vu le travail effectué. Il partage avec sa communauté ses travaux sur son Patreon en échange d’une somme accessible à tous. Voici le lien qui vous permet d’accéder chaque mois à ses dernières oeuvres en échange de 5 petits dollars (et un peu moins en euros) :

Patreon de Guweiz

La série « Bad guys », qui est encore très récente et ne cesse de s’enrichir, est aussi visible sur son compte Instagram. Je vous invite chaleureusement à le consulter (et à le suivre) ici :

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Instagram de Guweiz

De plus, il a sorti l’année dernière un formidable artbook extrêmement complet et riche en magnifiques illustrations. On y voit l’évolution dont je parle plus haut jusqu’à ses oeuvres précédant sa série « Bad guys ». Le lien sous la couverture vous permettra d’en visualiser le contenu :

Artbook Guweiz

Présentation de l’artbook de Guweiz

Les liens pour se le procurer :
Site officiel de 3D Total 
Sur Book Depository
Sur Amazon France

Billet d’humeur n°1 – 05/04/2021

Difficile de savoir comment débuter ce premier billet d’humeur. Tout simplement parce qu’il faut remonter loin en arrière pour retrouver une trace de cet exercice d’écriture. Le but de tout ça ? Faire un peu le point de manière générale, sur l’écriture et tout ce qui gravite autour sans entrer forcément dans l’intime ou dans la complainte. Ma démarche s’apparente plutôt à un état des lieux.

En juillet, cela fera douze ans que l’écriture de mon roman a débuté. C’est « drôle » car j’ai toujours eu en tête de débuter par un prologue, et bien que celui-ci ait beaucoup évolué dans sa forme au fil des années, il est toujours présent et n’a pas tant changer dans le fond : la rencontre fortuite entre un homme et une femme. Une amorce somme toute banale que j’ai voulu rendre singulière et simple à la fois en intégrant cette part de timidité, d’observation de part et d’autre et de silences révélateurs. Après une multitude de versions (douze il me semble), je suis heureux d’avoir enfin trouvé le point de départ qui me satisfait pleinement. Mais douze ans, c’est long…

Le temps défile et mes vingt-quatre ans sont devenus trente-six. C’est un coup dur au moral de se dire qu’après tant de temps, ce roman est encore inachevé. Entre l’insatisfaction des premières versions qui, avec le recul, n’allaient pas dans la bonne direction, et les réécritures successives qui amélioraient ou gommaient des pans entiers du récit, mon roman n’a jamais été plus loin que le chapitre dix-sept (dont la moitié inachevés) et les 81.000 mots. C’était en 2016. 

En 2013, alors que le rythme d’écriture est plutôt correct, je publie et partage sur un forum d’écriture le début de ce roman. C’est même la publication régulière des chapitres sur ce lieu d’échange entre jeunes écrivains qui redonne un élan à la rédaction, me permettant d’aller jusqu’au partage du septième chapitre. Les avis sont globalement positifs, le roman est beaucoup lu et il est même choisi comme coup de coeur parmi les centaines d’autres récits présents sur le forum. Et pourtant, cette reconnaissance du public ne va pas aider à ce que l’écriture du roman se poursuive…

Je fais un énième blocage. Entre une vie professionnelle chronophage et éreintante (avec des temps de transport allant jusqu’à trois heures par jour), et la pression sur mes épaules pour ne pas décevoir mon lectorat, la rédaction s’arrête brutalement. Les prises de notes sont trop nombreuses, le plan de texte est un capharnaüm. Quelques idées continuent de germer mais impossible de mettre de l’ordre dans tout ça. En parallèle, un autre problème de taille commence à se faire de plus en plus handicapant : mes acouphènes. 

Depuis lors, tout n’a été que remise en question et réécritures. Et les difficultés à rédiger un format long avec mon sifflement incessant à l’oreille m’a naturellement amené à rédiger des textes plus courts. De là sont nés en 2016 les Volutes féminines qui, à la base, devaient servir de « pause » entre deux chapitres du roman. La rédaction de ces intermèdes étaient parfait face à mes difficultés de concentration, vu que je n’arrivais plus à structurer de longs passages et que je ressentais le besoin de poser des idées précises sur ce vaste sujet. Je suis assez fier et heureux d’avoir travaillé sur ce projet, si bien que je garde en tête l’idée d’en faire un jour un autre recueil, plus construit et plus abouti. 

Pourtant, les longs mois à travailler sur ces «Volutes féminines » m’éloignent de mon roman. Certes, ces textes font aujourd’hui partie intégrante de mon récit mais au moment de leur écriture, ils remplacent mon incapacité à travailler sur un long format, et compensent mon renoncement face à mon roman. Je n’y arrivais plus. De plus, il me fallait écrire du dialogue et je ne maîtrisais pas du tout cette forme là. Du coup, deux longues années passent sans que mon roman n’avance. En 2018, je me remet dans l’écriture du roman et tente de repartir sur de bonnes bases en réécrivant en grande partie les deux premiers chapitres. Ayant besoin de visualisé les scènes et personnages, je fais faire quelques commissions par de jeunes artistes et je travaille davantage le fil conducteur de mes deux personnages principaux. S’il est assez facile pour moi de raconter le personnage masculin – puisqu’il s’inspire en grande partie de moi, le traitement de mon héroïne est plus complexe, souhaitant à tout prix lui donner corps et âme et faire d’elle un personnage intéressant. Et plus encore, un personnage rassurant capable de toucher les gens. 

Ces deux premiers chapitres sont perfectibles mais ont désormais un fil conducteur, ils se répondent l’un a l’autre et me rassurent sur ma capacité à écrire quelque chose qui me satisfasse. Mais mon élan se stoppe net devant le chapitre trois et l’arrivée des dialogues. Je ne sais pas comment procéder, et j’ai une peur bleue de ne pas réussir à retranscrire les scènes. Le passage à vide sera de nouveau long, bien que les prises de notes et idées surgissent de temps à autre. Fin 2020, je rédige le chapitre trois et le début du quatre en assumant le fait de ne rater mes dialogues. Je souhaite avancer l’histoire, mettre en forme mes idées. Le résultat est médiocre mais à le mérite de poser le squelette de ces chapitres. Le doute m’assaille, l’écriture est souvent au point mort et les mois passent. Je quitte mon boulot pour des raisons de santé et, avec davantage de temps devant moi, espère pouvoir poursuivre l’écriture du roman. Mais il n’en est rien. La frustration est immense, mes acouphènes sont insupportables.

Et c’est dans un élan un peu désespéré que je reviens vers mon site internet, pour rédiger là encore des textes plus courts – des chroniques, des billets d’humeur… – et partager mon récit de façon plus intimiste. Je ne sais pas combien de temps tout ça durera ni même si ça fonctionnera pour me relancer, pour retrouver un rythme et combattre mes acouphènes. Mais tant que vous verrez (et lirez ?) ces billets d’humeur hebdomadaires, ce sera bon signe. 

[Roman] Il était une femme… – Prologue

Le déclic  ✎  Mardi 2 octobre 2018 – 19h53 – Etang du moulin à vent

« C’était le soir. Elle était assise sur un banc, à l’ombre d’un arbre, pour s’éclipser de la luminosité des réverbères. Le lieu lui permettait d’être à l’abri des regards et l’obscurité garantissait sa tranquillité. Elle avait la vingtaine, peut-être plus, les cheveux longs et châtains foncés. En empruntant le chemin qui passait devant elle, je ne m’attendais pas à ce que nos regards se croisent ainsi ; l’espace d’une seconde avait suffit à me révéler sa beauté naturelle et désarmante. La résonance d’une légère familiarité semblait s’être immiscée dans cet effleurement soudain, contemplation fugace où le charme de cette demoiselle m’avait follement séduit. Mais ses yeux magnifiques trahissaient la tourmente que son geste s’apprêtait à exécuter. Une cigarette se mit à rougeoyer entre ses lèvres, laissant percevoir une détresse dont le bruit sourd résonna jusqu’au fond de mon être. Sa pureté dérobée exerça sur moi un magnétisme troublant, animant un sentiment indescriptible. L’étreinte d’une douleur inconsolable, en perpétuelle ébullition depuis que l’image d’un poison salissant ses lèvres et son corps ne cesse de me hanter. Et paradoxalement, cette brèche ne la renditque plus attirante, ôtant l’ennui d’un portrait trop parfait. C’était étrange qu’un tel crève coeur me saisisse à ce point, me marque au fer rouge comme le rouge de ses lèvres embrassait sa cigarette. Je regrette d’avoir été incapable de briser le silence qui nous faisait obstacle, de n’avoir été que le spectateur désoeuvré d’un enchantement éphémère au triste parfum. Elle s’est posée en énigme en initiant ces mots, mais je me refuse de laisser périr son souvenir en le gardant inachevé. C’est pourquoi je pars en quête de sa beauté empoisonnée. »


Ce soir-là, à peine était-il rentré chez lui qu’un nouveau fichier texte voyait le jour sur son ordinateur. Ce que Mick qualifiait d’indescriptible venait pourtant de prendre forme en quelques minutes, dans une frénésie presque surréaliste. Tout ça le dépassait, il fallait que les mots sortent de son esprit et qu’il se livre corps et âme pour les libérer. L’admiration et la fascination qu’il eut pour cette jeune femme pouvait paraître irrationnel tant ils s’étaient à peine effleurés, mais une poignée de secondes avait suffit à la graver dans sa mémoire. Il ne pouvait décemment pas mettre de point final à cette rencontre, animé par la conviction que cette femme était prodigieusement singulière ; une évidence fondée sur une intuition, une croyance somme toute relative entre deux parfaits étrangers. Cela pouvait être tout autant de la clairvoyance qu’une extrapolation. La seule certitude restait que ce bref échange de regards trouva en lui une résonance, un sens profond qui dépassait toute forme de logique. Cette jeune femme devint un tout pour lui : l’incarnation de l’espoir, du changement et du renouveau. Un électrochoc qui avait su le réanimer. Et en cela, c’était déjà un miracle à l’échelle de sa vie.

Au moment d’achever son texte, des pensées plus terre à terre ouvrirent la porte à ce doute maladif qui le cloisonnait dans son quotidien et remettait ici en cause la possibilité de la revoir. Il eut beau se jurer de rendre cela possible, ses chances restaient infimes. L’incertitude dominait dans cette équation complexe entre hasard et probabilités. Il fut si effrayé à l’idée qu’elle disparaisse à jamais de sa vie qu’il envisagea d’écrire la suite de leur rencontre, de manier l’imaginaire pour s’engouffrer dans une relation illusoire, au risque de s’y morfondre à jamais. Fort heureusement, il lui fut bien impossible de rédiger une telle fiction, d’user de mots factices pour bâtir un mensonge. Il se refusa d’inventer ce qu’elle pouvait être et ce qu’ils pourraient vivre ; en vérité, il était animé par le réel et ses possibles interprétations, par le destin et les coïncidences qui établissaient l’ordre des choses.

Le souvenir authentique que cette jeune femme lui avait offert quelques heures auparavant était tenace, pour ne pas dire obsessionnel. Il se sentit bousculé par ses réflexions autour de cette cigarette qu’elle tenait entre ses doigts, par sa posture et la gravité perçue dans son geste – qu’il ne parvenait pas encore à traduire. Et puis, il y avait ce contraste saisissant avec sa beauté, qui ne concordait pas avec l’image d’une fumeuse – bien qu’il pouvait exister des stéréotypes, cela ne collait pas à sa personne. Il subsistait une forme d’anomalie entre l’être et le paraître. Mick perçu cette dichotomie comme une allégorie, qu’il venait de décrire telle une pureté dérobée pour laquelle il se passionnait déjà. Il n’aurait su dire s’il avait tort ou s’il avait su lire en elle ; il ne parvenait pas à trouver les définitions, les substantifs et les adjectifs qui lui aurait permis de la définir avec précision. Il n’avait jamais ressenti un tel sentiment, une telle urgence entremêlée de curiosité. Ne restait pour lui qu’une seule issue, celle de partir en quête de réponses et de résoudre l’énigme qu’elle représentait. L’étincelle perçue dans ses yeux avait allumé un brasier au fond de lui, une métaphore dont il subsista une chaleur bien réelle. Alors qu’il eut fini de rédiger son texte, il voulu être sûr de ne surtout pas le perdre et l’enregistra. « Sans titre » devint alors « Le déclic ».

Quelques jours auparavant, Mick avait écrit sous forme de brouillon le bilan de sa vie ; un premier jet qui en disait déjà long sur son état d’esprit. Il y évoqua ses problèmes de santé et sa fatigue chronique liée à une dépression. Il admit son anxiété maladive qui lui provoquait des douleurs multiples, ainsi que son manque de confiance qui le cloisonnait dans une frustrante léthargie. Le poids de son abattement était si lourd à porter qu’il ne parvenait parfois même pas à se lever de son lit. Il dressa la liste de ses échecs plutôt que de ses réussites et tenta de décrire son passage à vide. Il s’interrogea sur le souvenir qu’il laisserait à ses proches s’il devait subitement disparaître. Qu’avait-il réussi à accomplir ? Qui se souviendrait de lui ? Qui viendrait à son enterrement ? À trente-quatre ans, il voulut exprimer ses rêves manqués et ses désillusions. Il y décrivit les sentiments qui l’animait, les peurs qui l’empêchait d’avancer. Submergé par les ressentiments, son texte devint pessimiste et moribond. Derrière tant de rancoeur et de désespoir subsistait néanmoins une certitude : l’écriture était la clé de sa guérison. Il avait depuis longtemps un roman enfermé à l’intérieur de lui, un roman qui donnerait du sens à sa vie ; mais une décennie plus tard, son récit en était encore à ses balbutiements, laissant ce trou béant dans son existence.

Il se sentait parfois au bord de la folie, avec ce sifflement incessant et ses voix intérieures qui ne cessaient de le noyer sous un flux de pensées. Meurtri par son impuissance et par les circonstances qui s’acharnaient contre lui, il ne parvenait pas à sortir de sa torpeur ; il hésitait constamment entre vivre ou faire semblant. Son corps, plongé dans une veille profonde, l’obligeait à passer son temps à regretter ce qu’il ne réussissait pas et ce qu’il ne réalisait pas. Un trop plein de questions restait sans réponses et des monologues intérieurs le prenaient en otage, faisant de lui une proie facile au doute, un spectateur désœuvré d’un quotidien vide de sens. Suite à ce bilan, qui resta inachevé, il fit la liste des personnes dont il n’avait plus de nouvelles et supprima de son téléphone les contacts qui n’avaient plus lieu d’être là. Il dû faire le deuil d’une dizaine de relations, admettre qu’il devait tourner la page. Il eu le sentiment qu’on l’avait oublié et qu’il finirait sa vie seul, avec cette vertigineuse impression de marcher sur un fil au-dessus d’un gouffre. Une légère brise aurait suffit à le faire chuter dans le vide, à tomber dans une solitude meurtrière. Il était sur le point de s’éteindre, de tout abandonner, jusqu’à ce que cette rencontre si particulière lui redonne un élan prodigieux. Une détermination remarquable l’habitait depuis ce soir où, le temps d’un paragraphe, il fit de cette jeune femme son héroïne.