[Chronique] Une nuit calme et paisible

Scénario et dessins : Pocket Chocolate.
Date de sortie :
 14 avril 2017

Editeur : Kotoji éditions
Nombre de pages : 152.
Prix : 16 € (neuf)

Résumé de l’éditeur

Considéré comme l’un des nouveaux maîtres de la bande dessinée chinoise, Pocket Chocolate revient avec deux histoires courtes et un recueil de ses plus belles illustrations.

Mon avis

C’est sur la plate-forme de financement participative Ulule que la maison d’édition derrière Pocket Chocolate a rendu possible la publication de cet ouvrage. Un recueil où le lecteur peut se familiariser avec le travail de l’auteur, assez méconnu en France. Le livre débute par l’histoire « Une nuit calme et tranquille » où l’on découvre un style graphique parfaitement enchanteur ! A noter que tout est en couleurs, ce qui permet d’apprécier durant les premières pages de tons plutôt doux, entre pastel et aquarelle. Pocket Chocolate a pour qualité d’avoir une patte graphique reconnaissable, qui penche donc ici vers la douceur. L’histoire est mignonne, naïve par certains aspects et le propos, l’amitié entre deux filles très différentes, nous mènera vers des réflexions hélas un peu trop abstraites. C’est plein de bons sentiments mais cela manque de consistance. La conclusion est à ce titre aussi belle qu’incompréhensible. Puis on change radicalement de ton et de style graphique avec « I killed myself », une histoire qui fait forcément penser à l’auteur chinois Benjamin – on comprend pourquoi dans la courte postface qui suit. C’est beaucoup plus mature et sombre, et ça se présente davantage comme un comics… mais chinois ! Le problème dans cette seconde histoire, c’est d’être un peu expéditive et de laisser croire qu’on a affaire à l’histoire d’un schizophrène. L’auteur avoue lui-même être perplexe sur cette histoire avec le recul, mais il est très intéressant de constater à quel point l’auteur à su faire évoluer son style entre les deux histoires de ce recueil. A noter certaines illustrations en pleine page ou certains personnages particulièrement réussis, ce qui m’amène à la conclusion de cette chronique puisque l’ouvrage contient près de cinquante pages d’illustrations et autres croquis mais aussi portraits que l’auteur à fait pour des conventions ou dédicaces. En définitive, c’est un bel ouvrage, plutôt éclectique et intéressant pour découvrir l’auteur et son évolution. Je parlerai très prochainement de son oeuvre en deux tomes « Crystal sky of yesterday ».

Prometteur jusque dans l’esthétique !

Achetez cette BD sur Amazon
Achetez cette BD sur Fnac (-5% pour les adhérents)
Et surtout, n’oubliez pas les librairies indépendantes près de chez vous ! 

[Chronique] Émotions : enquête et mode d’emploi (T.1 et T.2)

 

Scénario & dessins : Art-mella (avec la collaboration d’Isabelle Padovani sur le tome 2)
Date de sortie :
 1er juin 2016 (T.1) et 10 juin 2017 (T.2)

Editeur : Editions Pourpenser
Nombre de pages : 48 (T.1) et 48 (T.2).
Prix : 14,90 € (par tome)

Résumé de l’éditeur

Tome 1 : Art-mella est une jeune femme qui aime chercher des réponses aux questions qu’elle se pose. Pendant quelques années, Art-mella est allée à la rencontre de spécialistes des émotions, s’est documentée, a lu et a participé à de nombreux stages. Le succès de sa première BD, Friandises philosophiques, lui a donné envie d’utiliser ce format pour partager ce qu’elle avait appris au cours de cette longue et passionnante enquête. Au cours de l’écriture, Art-mella s’est rendu compte qu’un tome ne suffirait pas à donner l’ensemble des clés. Mais déjà, vous avez avec ces premières planches de quoi mener votre propre enquête intérieure. Bon voyage à vous !

Tome 2 : Dans le premier tome de cette série, Art-mella s’est intéressée à la nature des émotions. A travers l’enquête menée en compagnie de Rator nous avons découvert la boussole des émotions, le triangle des Bermudes multitemporel et dégusté les biscuits de la pleine conscience ! La suite de cette enquête nous invite à visiter notre jardin intérieur et à remonter à la source de nos émotions. Le jardinage et les arts-martiaux réservent quelquefois des surprises… Comme bien des voyages, c’est en cheminant que l’on s’aperçoit que le paysage est encore plus riche que nous le pensions au départ.

Mon avis

Dans le premier tome, nous faisons la connaissance d’Art-mella, une jeune femme qui ne manque pas d’humour et dont la curiosité va l’amener à faire de multiples recherches qu’elle souhaitera par la suite partager par le biais… d’une bande-dessinée. Et le résultat est une formidable réussite ! Son dessin mêlé à la façon dont elle synthétise ses recherches / découvertes rend le propos à la fois pertinent, ludique et très agréable à lire. Découpé en strips, les différentes sous thématiques – forcément toutes liées aux émotions – sont abordés efficacement, avec des métaphores, citations et situations qui interpellent. Une richesse incroyable est contenue dans ce petit ouvrage. Ce premier tome achevé, je n’avais qu’une hâte, lire le second afin de voir ce qu’il était encore possible d’apprendre et de comprendre.
Le second tome a été construit et rédigé avec la collaboration d’une experte en communication nonviolente. Il s’agit ici d’approfondir et de répondre à une question simple et complexe à la fois : quel est le besoin caché derrière une émotion ? La quatrième de couverture précise également qu’il s’agit là de remonter à la source de nos émotions. S’il y a un peu moins de « diversité » dans les différents angles puisqu’il s’agit quasi exclusivement de parler de nos besoins, j’ai apprécié la mise en situation et cette volonté d’insister sur le procédé, sur la manière dont nous pouvons agir afin d’améliorer nos relations à travers notre communication. Ce second tome est un peu plus dense en dialogue mais parvient tout de même à faire de belles synthèses – le tableau des principaux besoins est à ce titre exemplaire et d’une très grande aide. En définitive, deux BD écrites et construites comme des outils destinés à tous, y compris pour les plus jeunes qui auront là un moyen de mieux se comprendre et de mieux interagir avec les autres. A mettre entre toutes les mains donc, c’est un cadeau idéal à offrir !

A lire absolument ! Instructif et pertinent !

Achetez cette BD sur Amazon
Achetez cette BD sur Fnac (-5% pour les adhérents)
Et surtout, n’oubliez pas les librairies indépendantes près de chez vous !

Le site d’art-mella

[Chronique] Red Angels

Scénario : Li Yaosha.  Dessins : Seven.
Date de sortie :
 4 novembre 2016

Editeur : Urban China
Nombre de pages : 148.
Prix : 15 € neuf et environ 9€ d’occasion

Résumé de l’éditeur

Une plongée en apnée dans la prostitution chinoise.
La première est mariée un homme qui la bat, et tapine pour l’aider à rembourser ses dettes de jeu. La seconde, âgée d’un quarantaine d’années, a quitté l’usine et travaille dans la rue pour payer des études à ses filles. La troisième, jeune campagnarde un peu naïve, essaye de trouver un homme bon qui la sortira de là pour l’épouser. Leur destin va basculer avec le plan de restructuration urbaine de la Chine et l’apparition du sida.

Mon avis

Ce qui frappe au premier coup d’oeil, c’est le style graphique, visible dès la couverture. Et évidemment, il y a le propos. Ce qu’il faut bien comprendre avant de poser son regard dans cette oeuvre, c’est qu’il s’agit là d’une non-fiction et de ce fait, de l’intention commune de deux auteurs de parler d’un sujet important. A ce titre, la préface est remarquable et nous plonge immédiatement dans l’état d’esprit nécessaire pour aborder un tel récit. Puis une première partie est introduite par un court texte, lui aussi évocateur et sans détour. A peine ai-je lu les vingt premières pages que le ton est donné, les personnages sont présentés et la noirceur est grandiose, marquante. Troublante et violente. Impossible de faire marche arrière. Entre curiosité malsaine et volonté de connaitre la vérité, je tourne les pages. L’histoire est racontée par le gardien d’un immeuble qui côtoie trois prostituées bien distinct, il est le spectateur de leurs vies mais aussi, parfois, acteur à travers ses interventions et échanges avec elles – rien de sexuel cependant. Il s’efforce de comprendre les raisons sur la vie qu’elles mènent, sur ce qui les a amenés à devenir des prostituées. Aucune concession n’est faite sur la violence faite à ces femmes, du viol jusqu’aux coups menant à un bain de sang. Pour lire cette histoire, il faut avoir le coeur bien accroché, ne pas craindre d’affronter une réalité crue à base de drogue, de sexe et d’injustices. Le sida est également abordé, et il est intéressant de constater l’omniprésence de la cigarette, qui accompagne quasiment toutes les prostituées. Comme un symbole du mal-être qui les habite. Une histoire poignante sur ces multiples prostituées, qui mérite une lecture sérieuse pour comprendre les travers de la société et multiplier les prises de conscience sur la gravité et les dangers de notre société, qui dépasse celle d’une Chine racontée au passé. Car certes, le récit se situe à une époque antérieure, mais le propos est hélas toujours d’actualité ; il a muté mais il reste tout aussi intolérable et dramatique.  

Notation 5

Un manhua profondément difficile et violent.

Achetez cette BD sur Amazon
Achetez cette BD sur Fnac (-5% pour les adhérents)
Et surtout, n’oubliez pas les librairies indépendantes près de chez vous ! 

{Chronique} Hibakusha

Scénario : Barboni Thilde.  Dessins : Olivier Cinna.
Dates de sortie :
 5 mai 2017.
Editeur : Aire Libre (Dupuis)
Nombre de pages : 64.
Prix : 16,50 €

Résumé de l’éditeur

Ludwig Mueller est un traducteur-interprète allemand aux ordres du parti hitlérien. Alors que la Seconde Guerre mondiale entame un virage inquiétant, ce mari désabusé et père peu préoccupé par sa famille est envoyé à Hiroshima afin de travailler sur des documents confidentiels, au contenu crypté. Là-bas, il lui est cependant impossible d’échapper à ses tourments qui se gravent dans sa chair et lui causent d’intenses douleurs. C’est alors que sa rencontre avec une belle Japonaise va bouleverser toutes ses convictions, jusqu’au plus profond de son âme…

Mon avis

La quatrième de couverture, différente du résumé de l’éditeur, m’a vraiment inviter à l’ouvrir, a faire connaissance avec ces personnages et ce contexte impossible pour une histoire d’amour. La lecture est très (trop) rapide, on effleure les personnages mais on est vite baigné dans l’effroi de la fin de la seconde guerre mondiale. Les scène se succèdent avec parfois beaucoup de poésie mais ça manque cruellement de nuances, on en vient vite à deux êtres déshabillés juste pour démontrer le désir. Ça manque de subtilité, même si c’est probablement réaliste ainsi pour beaucoup. Je n’ai pas été conquis par le dessin, les gros plans et visages d’un même personnage ne se ressemble pas, ça manque de finesse, c’est abrupte et les émotions se lisent assez mal sur ces mêmes personnages. La colorisation est par contre une belle réussite, et quelques planches sont tout de même très belles – je pense notamment à la toute dernière, plutôt bien trouvée bien qu’exécutée là encore un peu trop « à la va vite ». Le plus gros reproche finalement, c’est qu’on effleure un peu tout. La BD synthétise beaucoup de choses en général, mais ici on ressort de la lecture avec un sentiment de trop peu, les soixante quatre pages se terminent en un claquement de doigt, ne laissant pas le temps aux émotions et aux sentiments de marquer les esprits ; enfin c’est en tout cas mon ressenti. A conseiller malgré tout, car cette histoire reste belle et troublante si l’on ne se précipite pas à tout lire rapidement.

Une BD qui laisse sur notre faim.

 

Achetez cette BD sur Amazon
Achetez cette BD sur Fnac (-5% pour les adhérents)
Et surtout, n’oubliez pas les librairies indépendantes près de chez vous ! 

{Chronique} Où sont passés les grands jours

Scénario : Jim.   Dessins et couleurs : Alex Tefenkgi. 
Dates de sortie :
 15 janvier 2014 (T.1) / 2 septembre 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 70 + 84.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

« On savait tous qu’un jour il faudrait devenir des adultes. Personne ne nous avait dit que ça viendrait si vite ». C’est une histoire de trentenaires. C’est l’histoire d’Hugo, Etienne et Jean-Marc. Mais c’est aussi l’histoire de Fred, que personne n’oublie. C’est l’histoire d’un testament. C’est le parcours d’un homme. C’est cet instant où, tout au fond de la piscine, il va falloir donner une impulsion pour remonter à la surface. C’est une histoire de renaissance. D’un père avec sa fille, d’un inconnu au bout du téléphone, mais aussi d’un lance-pierre, de huit places de concert classique, d’un livre, un monocycle et un bête accordéon… C’est l’histoire de la vie. La vie, plus forte que tout.

Mon avis

Le premier constat est visuel, tant les premières pages ont une colorisation plus terne, plus « tristes ». Il faut dire que l’histoire commence dans un cimetière, pour nous plonger directement dans le vif du sujet : comment vit-on la mort d’un ami ? Pas de n’importe quel ami, on parle ici de son meilleur ami, celui avec qui l’on a fait les quatre-cents coups et qui, soudain, nous quitte. Un choix difficile, cruel et qui laisse des traces dans les esprits, au point de faire perdre les pédales. Le scénario est ici encore rudement bien écrit, Jim parle du deuil et de la façon dont on peut le vivre, selon l’angle que nous avons de la scène ou du drame. Jim n’est pas au dessin ici, mais il collabore avec l’excellent Alex Tefenkgi dont le dessin colle parfaitement à l’univers ; son dessin est précis, mélancolique et le choix des couleurs, comme évoqué au tout début, retient l’attention par la justesse des éclairages et des ambiances, marquées par les difficultés inhérentes à la perte d’un proche. On ne verse pas dans le mélodrame, on met parfois le pied dans quelques clichés qui, là encore, ont du sens et sont particulièrement dans le vrai. Car nous sommes humains, nos réactions se ressemblent, de près ou de loin, et on fini forcément par s’identifier à certains passages, à certains ressentis, de près ou de loin selon notre vécu. Les deux albums nous parlent avec sincérité, nous bousculent un peu sur nos positions, et propose un rebondissement final à la hauteur du talent de Jim, qui sait nous parler avec autant de douceur que de gravité. Une bande-dessinées qui parle de la vie, celle qu’on a la chance de vivre ou celle qui s’arrête pour les autres, qui ouvre les yeux et nous fait réfléchir sur autrui.

Un passage dans la narration a retenu toute mon attention, j’y trouve beaucoup de sens : « Je n’écris pas pour être lu, mais pour faire taire le vacarme. »

Une BD évoquant le deuil avec pertinence.

{Chronique} De beaux moments

Scénario : Jim.  Dessins : Jim.  Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 28 octobre 2015.
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 134.
Prix : 18,90 €

Résumé de l’éditeur

C’est à l’instant où ils nous filent entre les doigts qu’on réalise que c’était de beaux moments… Des histoires courtes. Des regards tendres et justes sur l’essence de nos vies. Des histoires de temps qui passe, d’amour, d’amitié, de corps ou de souvenirs que l’on farde pour s’arranger un peu avec la réalité. Des histoires simples qui n’ont d’autre point commun que leur profonde humanité et leur capacité à nous faire prendre conscience des beaux moments…

Mon avis

Etant particulièrement admiratif du travail de Jim à travers les thématiques qu’il choisit et de la façon dont il nous raconte les histoires, je ne pouvais que poursuivre mes chroniques sur ses oeuvres en m’attardant cette fois-ci sur cet excellent recueil d’histoires courtes. De beaux moments est composé de douze histoires où, très vite, on reconnaitra la patte graphique de l’auteur mais aussi ses tics : les femmes sont belles, l’infidélité n’est jamais loin et il y a très souvent un cendrier ou de l’alcool au milieu de tous ces gens. Cela contribue d’une certaine manière à mettre en lumière toutes les imperfections de la réalité, pour accompagner des histoires qui le sont aussi d’une certaine façon, pour parler à nous autres humains imparfaits. Jim a ce don de dessiner cette réalité qui touche en plein coeur, qui nous interroge et nous fait prendre conscience de ce qui nous entoure, de nos faiblesses, de nos écarts de conduite, du temps qui passe mais aussi et surtout, de l’importance des bons moments. Car c’est sur ce point que l’auteur s’est focalisé, avec plus ou moins de pertinence selon notre propre définition du beau moment. Certaines histoires m’ont donc logiquement moins marquées quand d’autres, au contraire, m’ont totalement conquis. J’ai notamment été très sensible à la nostalgie d’un couple qui vieillit et qui continue de se préoccupé du désir de l’autre. J’ai aimé retrouvé Marie d’Une nuit à Rome (sa muse !) à travers une histoire rudement bien écrite. J’ai beaucoup ri sur l’histoire de Krazinski et ses vannes mémorables. J’ai particulièrement été sensible au sujet des photographies que l’on entasse dans nos téléphones ou de celles que l’on partage… Bref, s’il y a une ou deux histoires qui m’ont laissé un peu de marbre, c’est tout simplement parce qu’elles s’adressaient davantage au vécu d’autres personnes, me laissant ainsi reprendre ma place de lecteur plutôt que d’acteur. Pour finir, je tiens vraiment à souligner la qualité d’écriture et l’intelligence avec laquelle sont racontés ces tranches de vie. Un recueil que je conseille donc vivement, pour sa richesse, ses imperfections (nous rappelant les nôtres), sa beauté graphique incroyable et sa pertinence. Et puis surtout, parce qu’il vous fera passer un bon moment. 

 

130 pages sur l’importance de nos vies.

{Chronique} Un petit livre oublié sur un banc (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Mig.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 12 mars 2014 (T.1) / 29 avril 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 53 + 54 (intégrale de 102 pages) 
Prix : 14,50 € le tome ou 19,90 € l’intégrale.

 

Résumé de l’éditeur

« Certains livres peuvent changer une vie… »

Camélia est assise sur un banc. À côté d’elle, un livre est posé là, abandonné. Elle le feuilleté. Dedans, un mot de la main d’un inconnu l’invite à l’emporter…

Chez elle, Camélia découvre que certains mots sont entourés ici et là, et que ces mots forment des phrases… L’inconnu dit s’ennuyer dans sa vie de tous les jours et rêve d’une vie amoureuse forte et bouleversante, comme on en lit seulement dans les romans. « Mais combien sommes-nous à rêver d’une vie romanesque ? ».
Camélia entoure six mots en réponse : « nous » « sommes » « deux », « vous » « et » « moi »… Et elle retourne déposer le petit livre tout là-bas, sur un banc…

À l’heure des textos et du livre numérique, « En petit livre oublié sur un banc » est une histoire pleine de charme entre deux amoureux des livres… Une liaison épistolaire tendre et attachante, à contrecourant du flot numérique actuel…

Mon avis

Jim a ce don de présenter les choses de façon très humaine : cette histoire lui a été inspirée par un vieil homme qui déposait des livres sur des bancs pour continuer à les faire vivre après les avoir lus. De là nait cette histoire où une jeune femme, Camélia, se retrouve confrontée à cet étrange livre pas forcément très intéressant au premier abord mais qui, étrangement, contient des mots entourés. De là naît une curiosité que nous aurions tous eu je pense, même si j’ai trouvé que ça partait un peu trop loin – mais tout dépend de l’implication émotionnelle de chacun. Il faut dire aussi que ce que soulève aussi et surtout cette BD, c’est la façon de gérer son couple. Le copain de Camélia parait cliché dans sa façon d’être mais Jim soulève avec une assez grande justesse la comportement des hommes. Il y a aussi ce problème récurrent et auquel je suis sensible, à savoir la façon vulgaire dont les gens peuvent parler des relations amoureuses, en se focalisant sur le sexe plutôt que sur l’amour lui-même. Les hommes ont la plupart des mauvais rôles et, à travers eux, se distinguent les différents problèmes très ancrés dans la société actuelle, notamment envers la femme, l’amour et le couple. Mais ce qu’il faut retenir, c’est la beauté et la pureté de l’intention de départ, celle de laisser un livre pour lui donner vie et, possiblement, de passer un message ou de faire rêver – à ce titre la conclusion de cette histoire est une franche réussite. J’ai aimé le dessin de Mig, très adapté au propos et à la plume de Jim. Au final, c’est une lecture qui pourra faire un peu grincer des dents par les clichés qu’il propose mais qui nous fait réfléchir sur notre rapport aux autres et aux moyens que nous avons de communiquer. Le décalage avec les moeurs actuels où la technologie prédomine est réellement intéressant, et amène à penser que finalement, nous devrions tous prendre la peine de libérer nos livres pour en faire des passerelles pour d’éventuels rencontres et partages. 

 

Une jolie histoire qui fait réfléchir

{Il était une femme…} Prologue ( Version 2017)

✎ Le déclic  ✎   Mercredi 4 octobre 2017 – 19h14 

« C’était le soir. Elle était assise sur ce banc, à l’ombre d’un arbre, pour s’éclipser de la luminosité des réverbères. Le lieu lui permettait d’être à l’abri des regards et l’obscurité garantissait sa tranquillité. Elle avait la vingtaine, les cheveux mi-longs et bruns. En empruntant le chemin qui passait devant elle, je ne m’attendais pas à ce que nos regards se croisent ainsi ; l’espace d’une seconde avait suffit à me révéler sa beauté, rare et précieuse. La résonance d’une légère familiarité semblait s’être immiscée dans cet effleurement soudain, contemplation fugace où le charme de cette demoiselle m’avait follement séduit. Mais ses yeux magnifiques trahissaient la tourmente que son geste s’apprêtait à exécuter. Une cigarette se mit à rougeoyer entre ses lèvres, laissant percevoir une détresse dont le bruit sourd fit rompre une corde sensible. Sa pureté dérobée exerça sur moi un magnétisme troublant, animant un sentiment indescriptible. L’étreinte d’une douleur inconsolable, en perpétuelle ébullition depuis que l’image d’un poison salissant ses lèvres et son corps ne cessait de me hanter. Et paradoxalement, cette brèche ne la rendait que plus attirante, ôtant l’ennui qu’aurait pu être un portrait lisse et parfait. Mais c’était étrange qu’un tel crève coeur me saisisse à ce point, me marque au fer rouge comme le rouge de ses lèvres embrassait sa cigarette. Je regrette d’avoir été incapable de briser le silence qui nous faisait obstacle, de n’avoir été que le spectateur désoeuvré de cet enchantement éphémère au triste parfum. Elle s’est posée en énigme en initiant ces mots, mais je me refuse de laisser périr son souvenir en le gardant inachevé. C’est pourquoi je pars en quête de sa beauté empoisonnée. »

✐ ✐ ✐

Ce soir-là, à peine était-il rentré chez lui qu’un nouveau fichier texte voyait le jour sur son ordinateur. Ce que Mick qualifiait pourtant d’indescriptible venait de prendre forme en quelques minutes, dans une frénésie presque surréaliste. Tout ça le dépassait, il fallait que les mots sortent de son esprit, qu’il jette son dévolu sur son clavier pour les libérer. Sa démarche n’avait pour seul but que d’exprimer l’admiration qu’il eut pour cette fille, et toute l’incompréhension autour de cet échange fugace. Ils s’étaient à peine vus mais cela l’avait profondément tourmenté, si bien qu’il écrivit ce texte comme si sa vie en dépendait. La certitude qu’elle était différente des autres lui fit prendre la ferme résolution de ne pas s’arrêter là et de la retrouver. C’était insensé, il le savait, mais elle lui avait fait perdre la raison et il refusait de croire que la réalité devait se résumer à la laisser filer entre ses doigts. Il voulait au moins se donner une chance de revoir son visage, de comprendre ce qu’il venait de se passer. Ça n’était pas un simple béguin, ni même un coup de foudre – à moins que la tempête qu’il put lire dans ses yeux puisse être la représentation de cet orage qui l’a littéralement foudroyé. Il se sentait bousculé par ses réflexions autour de cette cigarette qu’elle tenait fébrilement. Il ne parvenait pas à traduire décemment son geste, ne sachant plus s’il se faisait des films, s’il était en train de tout extrapoler ou s’il avait vraiment su lire en elle. C’est pourquoi il devint vital pour lui de partir en quête de réponses. De résoudre cette énigme qu’il évoque et que représentait cette jeune femme dont il ne connaissait que l’ombre et le regard, ainsi que la danse de sa fumée. Maintenant que le texte était rédigé, il voulu être sûr de ne surtout pas le perdre et l’enregistra. « Sans titre » devint alors « Le déclic ».

Mick aimait bien écrire, peut être pas au point de se considérer comme écrivain mais suffisamment pour que cela prenne une place fondamentale dans son quotidien. Il avait apprit à s’exprimer en poèmes pendant ses années de lycée, parlant d’amour bien sûr, mais aussi de sujets plus personnels et fatalement plus graves. Il appréciait de pouvoir embellir les sentiments par des rimes ou de donner une musicalité à son chagrin. La poésie avait ce don de rendre beau ce qui, dans la réalité, ne l’était pas. Et elle lui permettait de croire qu’un jour, il trouverait le courage d’offrir de ses mains une déclaration d’amour. Mais ce n’était encore jamais arrivé, il était bien trop timide pour ça. Toujours est-il que cette forme d’expression lui a permis de nouer un lien étroit avec l’écriture. L’avantage de communiquer indirectement lui permettait de trouver les mots qui lui échappaient à l’oral et d’éviter les maladresses – et encore, ce n’était pas toujours le cas. Mettre des formes à ce qui le tourmentait ou l’enthousiasmait lui permis de se remettre de ses peines, d’isoler ses émotions et d’exprimer ses joies. Mais à présent, il écrivait de façon aléatoire des textes en prose pour ne plus avoir à se soucier de certaines contraintes. Toutefois, il ne parvenait pas à aller au bout de ce roman qu’il avait débuté il y a huit ans et dont les premiers chapitres, qui gisent au fond d’un tiroir, attendent encore une suite. Il s’était promis de le finir un jour, mais il lui manquait quelque chose pour y parvenir. C’est pourquoi il ne s’engageait plus trop dans les longs formats depuis un certain temps, se contentant de noter des idées et de les accumuler, sans trouver le courage de leur donner corps. Jusqu’à cette rencontre qui lui avait donner un élan prodigieux dont il ne semblait plus être capable de se détacher. Une détermination remarquable l’habitait depuis ce soir où il avait fait de cette femme son héroïne, le temps d’un paragraphe.

{Chronique} Héléna (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Lounis Chabane.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 1 octobre 2014 (T.1) / 4 mars 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 76 + 78.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

Du plus loin que je me souvienne, Simon a toujours eu peur des jolies filles. Le jour de son mariage, Simon aperçoit Héléna sur la grande place de la mairie de Nice. Héléna, la beauté de sa classe quand il était enfant, son grand amour… celle qu’il aime depuis toujours et qui ne s’est jamais intéressée à lui. Entre eux, c’est juste un échange furtif, rien de plus. Mais un échange suffisant pour que Simon refuse de dire le petit «oui» durant la cérémonie de son propre mariage. Il aime Héléna, plus que tout. Et comme cet amour est unilatéral, lui vient une idée bien curieuse… Il lui propose de lui offrir 1000 euros, en échange de trois heures de sa présence tous les jeudis après-midi…

Helena - Art

Mon avis

Rarement un résumé aura autant éveillé mon intérêt et ma curiosité. Tous les ingrédients étaient réunis sur ces quelques lignes pour pouvoir envisager de lire une histoire singulière, une histoire qui ne me laisserai pas insensible. Une histoire où il s’agit de parler d’un amour aussi bien physique que psychologique, de ceux qui vous amène à aimer de façon disproportionnée et dont la logique ne dépend que de sentiments incontrôlables. Cet amour qui ne s’éteint jamais vraiment, qui rend dépendant, qui éveille l’âme et mène aux plus grandes folies. Sauf qu’ici, l’amour n’est pas réciproque et ne se reflète pas chez l’autre ; il est cruellement à sens unique. La beauté du propos tient sur le fait que l’amour ne s’achète pas… ou presque. Car il faut dire que l’idée de Simon a beau être farfelue sur le papier, elle n’en reste pas moins profondément belle, respectueuse et révélatrice. C’est ce qui rend cette histoire attachante, troublante et passionnante. Le dessin de Lounis Chabane est fin, raffiné et élégant, il dessine les femmes en leur donnant une prestance et une dimension réaliste, elles sont expressives, elles ont du charisme. La colorisation de Delphine est impeccable, elle sublime le dessin. Quant au scénario de Jim, il est subtil, brillant et intelligent, on sent une volonté de rendre cette histoire marquante et pertinente à la fois, malgré un postulat de départ semblant surréaliste – payer 1000 euros une fille pour qu’elle reste trois heures avec nous, ça semble fou mais ne serions-nous pas capable de le faire par amour ? Alors oui, il y a sûrement quelques clichés ici et là mais la vie elle-même est bâtie autour de ces clichés. Et puis c’est avant tout une histoire très humaine qui nous amène vers de nombreux questionnements, sur notre rapport à l’amour et aux autres. J’ai énormément aimé ces deux tomes, il m’a été impossible de décrocher un seul instant tellement je me suis attaché aux personnages. La fin est très belle pour diverses raisons, mais il faut avoir le coeur bien accroché et ne pas s’étonner de verser quelques larmes – ce fut mon cas. Un vrai chef d’oeuvre de sensibilité et d’humanité. 

Notation 6

Une histoire dont on ne sort pas indemne.

Helena - Extrait 1

 

{Poème} Le chant des secondes

« Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac »

Les secondes font le tour du cadran,
Le temps s’écoule innocemment ;
Le passé n’existe pas encore,
Pas de regrets ni même de remords.

L’enfance est une douce période d’insouciance,
Le regard sur le monde est voilé par l’innocence.
On entend la mélodie du printemps,
Qui résonne jusqu’à nos neuf ans.

« Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac – Tic-tac » 

Les minutes passent discrètement,
Le temps passe trop lentement ;
Le présent est sacrifié de bon coeur,
Pour se sentir adulte avant l’heure.

L’adolescence est une étape sujette à turbulences,
Car la jeunesse se complait à vivre dans l’ignorance.
On méprise la musicalité de l’été,
Jusqu’à la dix-huitième année.

« Tic-tac – Tic-tac – Tic- tac »

Les heures défilent et nous échappent totalement,
Le temps est une notion qui a pris les devants ;
L’avenir se construit malgré les travers,
D’une vie qui tend à devenir un enfer.

L’âge adulte est un quotidien qui devient ingérable,
Les études et le travail usent et nous accablent.
On néglige le refrain de l’automne,
C’est déjà les trente ans qu’on fredonne.

« Tic-tac – Tic-tac » 

Les jours ont quelque chose de déprimant,
Le temps est précieux, mais il n’est plus devant ;
Passé, présent et avenir se bousculent,
Il est trop tard pour réécrire le préambule.

La vie nous a échappé, nous laissant inconsolables,
Les regrets et remords nous rendent misérables.
On murmure la complainte de l’hiver,
À quarante-cinq ans et des poussières.

« Tic-tac » 

Les semaines sont un désenchantement,
Lorsqu’elles finissent par dévorer le temps ;
Les mois deviennent rapidement des années,
Hier n’est plus, demain n’est plus sûr d’exister.

La vieillesse est sur le point de s’inviter,
Les cheveux gris commencent à pousser.
On écoute le concerto des quatre saisons,
Serait-ce à soixante ans, l’âge de la raison ? 

« … » 

L’heure de ma mort est arrivée,
La vie s’achève avec une moralité :
Il est désormais trop tard pour comprendre la valeur,
De ces mois, de ces jours et de ces heures.

Durant les dernières minutes de ma vie, j’ai entendu le chant des secondes,
C’est lors de mon dernier souffle que j’ai compris à quoi elles correspondent ;
L’aiguille s’est arrêtée,
Le temps s’est envolé.

– 24 mai 2012 –