{100 cibles} Work In Progress

Premières esquisses, à travers une rencontre. La naissance de ce lien engendre une euphorie sincère et un enthousiasme réconfortant, on ne voit plus que cette personne qui vient d’entrer dans notre existence et on lui déroule le tapis rouge. Elle devient le centre de notre monde, avec la soif d’en apprendre davantage et de plaire autant que possible, pour bâtir une nouvelle relation humaine et n’en voir que les bons cotés, avec les points communs et la personnalité rare qu’on espérait tant. On est sous les projecteurs, on se sent important en trouvant une place dans la vie de cette nouvelle personne.

Premiers traits de crayons, à travers les échanges. Les sourires se multiplient, les mots et qualificatifs aussi. On ose prononcé des compliments à l’autre, on prend conscience que cet(te) ami(e) en devenir contribue à notre bonheur, on y devient dépendant et on ne se retient plus de lui dire combien on se sent heureux. Le partage est enrichissant, la communication épanouissante, et la morosité s’est effacée derrière cette épopée amicale où l’autre nous offre son temps et son attention. Comme si nous étions seul et sans rivalité possible.

Premiers contours aux traits noirs, à travers l’apprentissage. Peu à peu, les priorités évoluent et changent de nouveau. On se familiarise avec cette personne qui rejoins le décor de notre vie, comme un bon livre dont on a dévoré les premières pages mais que l’on préfèrera ranger dans une bibliothèque, pour le finir plus tard. Pour l’apprécier dans le temps. Mais une distance naturelle s’impose, ralentissant le flux des mots échangés, comme si tout perdait de la valeur et de l’importance au fil des jours. On se contente de savoir qu’un autre existe parmi les autres ; nous n’avions pas vu les autres avant.

Premiers coups de gomme, à travers les circonstances. L’effervescence de la vie quotidienne force à la négligence habituelle, impose une routine où les échanges deviennent moindres. Les qualités qui s’étaient illustrés s’effacent et ne laisse plus apparaitre que les défauts, et on ne se donne plus le temps que requiert une relation, parce qu’elle n’est plus seule. On va à l’essentiel, quitte à oublier la valeur que cela avait quelques semaines plus tôt, et ce qui apparaissait au départ extraordinaire n’est plus qu’ordinaire. Comme un livre qui prend la poussière sur une étagère.

Dernières retouches, à travers les excuses. On ne justifie même pas ce qui ne fonctionne plus, mais on cherche un moyen d’exister. On devient dispensable, relégué au second plan par les aléas d’une vie mouvementée, dans l’ombre de celles et ceux qui nous chassent comme si nous étions devenu une proie. Avec la distance et un peu de recul, on aperçoit mieux les traits fin et fragiles qui se distordent et nous rend plus vulnérable. On était pourtant prêt à représenter l’amitié, à en être elle plus bel exemple, mais on reste en noir et blanc.

Couleurs absentes, à travers ce brouillon. Ce n’était qu’une tentative pour aimer et être aimé en retour. On ne sera qu’une ébauche mal finie, mal dessinée, et dans le pire des cas on finira dans la corbeille en papier, là où toutes celles et ceux qui se sont s’accrochés se sont finalement déchirés. Il ne manquait pourtant pas grand chose, juste une page un peu plus grande ou de l’encre qui ne s’efface pas. Juste quelqu’un qui sache aimer aussi bien qu’il dessine.

{100 cibles} « J’aime »

J’aime ton image, ton portrait, ton paysage, ton instant de vie. J’aime la représentation furtive et éphémère de ton partage, de ton souhait d’exister à travers moi. J’aime l’abstrait, le simple, le beau, l’inutile, le banal et tout les qualificatifs que l’on peut te donner en un regard avant que tu ne disparaisses sous une énième glissade de mon doigt. J’aime ce que tu écris sans même l’avoir lu, j’aime ta personne sans chercher à te connaitre, j’aime cette chose que tu exposes sans la volonté de savoir ce que c’est. J’aime aussi ce qu’il ne faudrait pas aimer, ta tristesse ou ta colère, tes larmes ou ta violence qui transpire derrière ce cliché et dont j’ignore volontairement tout. J’aime la manipulation, la sournoiserie, l’égoïsme et le narcissisme. J’aime juste l’idée que tu m’aimes en retour, c’est d’ailleurs pour cela que je répète souvent mon geste en t’aimant du bout des doigts. J’aime sans avoir de recul, sans engagement, sans implication émotionnelle, sans autre motivation que celle que tu t’intéresses à moi. J’insiste et ne cesse de prouver que j’aime ce que tu transmets derrière ces plans fixes, ces photographies que je survole par politesse, par habitude et surtout par désir d’attirer ton attention. J’aime te voir tomber dans mes filets et qu’à ton tour, tu viennes me suivre et me dire que tu m’aimes une fois, puis deux, puis sans cesse. Te sentir dépendant de moi à travers ces petits riens futiles que je partage sans pudeur, sans retenue, sans grande passion parce qu’ils ne sont qu’intermédiaires pour t’amener jusqu’à moi. J’aime vivre sous tes yeux, te montrer à quoi je ressemble avec mes nombreux selfies, te faire perdre ton temps avec ce que je fais d’inintéressant. J’aime l’idée de détourner ton attention, c’est pour ça que j’aime te rappeler que je suis là en venant t’aimer silencieusement. J’ose espérer que tu te satisferas de mon amour virtuel pour toi, que tu croiras en l’idée construite de toute pièce que tu as un minimum de valeur à mes yeux, alors que je n’ai pour seul souhait le fait d’être populaire au regard du plus grand monde. Pas seulement toi, vilain naïf qui continue de croire que j’aime ce qu’il fait. Désolé de te l’avouer, mais j’aime me prostituer de compte en compte pour vendre un sursaut de sympathie à celles et ceux qui manquent d’attention. J’aime imaginer leur petit sourire en coin au moment de consulter leurs notifications, ils s’en nourrissent comme un besoin d’alimenter leur pathétique égo. Moi je m’en goinfre, c’est vrai, mais mon nombril est friand de cet amour qui tombe comme des gouttes de pluie sur mon écran. Et puis, j’aime le fait que tu sois venu rejoindre les rangs de mon armée d’admirateurs, merci pour ce réflexe généreux que tu as eu envers moi quand j’ai simulé mon intérêt pour toi. Merci d’être aussi crédule et spontané, de suivre ce mouvement populaire qui créé des moutons égarés, qui vivent de petits riens abstraits et purement égoïstes. J’ai cette chance inouïe que beaucoup tombent dans mon enclos, ça me donne du plaisir car ça me donne la sensation d’exister. Tu sais, tu mérites de savoir que je n’ai en vérité aucune affection pour toi, tu es comme un numéro dans un annuaire téléphonique ou un mot dans un dictionnaire, tu fais parti d’une collection dont le but est de l’agrandir, pas de s’y intéresser. Quelque part, j’ai un peu de gratitude et de reconnaissance envers toi. Même si je n’ai pas le temps de te la témoigner, car mon smartphone me signale à l’instant que j’ai un nouvel arrivage de « j’aime » et qu’il me faut les contempler, en être fière. Ne sois pas triste d’apprendre que l’amour ici, c’est en vérité comme une monnaie d’échange pour être populaire. Plus tu en donnes, plus tu en reçois. Plus tu aimes les autres, plus tu apprécies qu’ils t’aiment. Plus ils t’aimeront, plus tu oublieras de les aimer. Puis tu finiras comme moi. Tu perdras le sens du mot « aimer » comme Facebook l’apprend au monde entier – et comme il l’a aussi fait avec le mot « ami ». Je suis devenue insensible, j’aime ne pas avoir à donner un sens profond à mes actes. J’aime m’en complaire, j’aime cette simplicité avec laquelle je peux te dire ouvertement et sans scrupules que oui, je t’aime… Je t’aime sans état d’âme, je t’aime sur Instagram.

Écrit le 3 octobre 2016

{100 cibles} Trafic interrompu

100 cibles - Trafic interrompu

L’affichage en gare n’indique aucune perturbation au moment d’arriver sur le quai 2B – c’est un fait suffisamment rare pour être signalé. Il est 16h32 et mon train arrive dans six minutes. J’attend comme à mon habitude au pied de l’escalier par lequel je suis descendu et, plutôt que de pianoter sur mon téléphone comme la plupart des autres personnes qui patientent – ou s’impatientent, je regarde autour de moi. Des jeunes étudiants échangent quelques rires après une rude journée de cours, les talons aiguilles d’une femme martyrisent le sol en claquant un peu trop à chacun de ses pas tandis qu’un homme en costume cravate demeure statique – hypnotisé ? – devant l’écran de son smartphone. Rien de bien original en soi, et ce n’est pas ce grand adolescent en face de moi qui sera la preuve du contraire. Mais allez savoir pourquoi, je me suis mis à le décortiquer sous tous les angles. Des baskets vertes aux pieds – avec des lacets bien faits, un jean qui n’est pas troué – je n’ai jamais compris l’intérêt d’acheter un pantalon déjà abimé – un sweat un peu trop ample et une paire d’écouteurs dont j’ose imaginer qu’il en sort un son plutôt rock. Il tape un peu du pied, je ne sais pas si c’est le rythme d’une chanson mais c’est assez décousu. Je ne vois pas ses yeux parce qu’il est de profil, il tourne la tête dans la direction opposé à la mienne, sûrement pour voir si le train arrive. Il appréhende peut-être qu’il soit en retard alors qu’il n’est prévu que dans deux minutes. Il jette un oeil sur son téléphone, furtivement, avant de le remettre dans sa poche. Il remet correctement la bretelle de son sac à dos, lève la tête vers ce ciel gris qui ne lâche aucune perle de pluie. Je me surprend à remarquer chez lui des signe d’impatience à mesure que le temps passe, comme si le train devait lui ramener quelqu’un ou lui apporter quelque chose. Il fait un pas en avant pour mieux voir au loin ce train qui, enfin, est à l’approche. Comme beaucoup, il y a cette satisfaction de se dire qu’enfin, on va rentrer chez soi à l’heure et retrouver sa famille ou ses amis. J’imagine ce petit gars – pas si petit d’ailleurs – déposer son sac chez lui et se sentir libérer du poids de cette journée, se décharger de tout le stress accumulé en allumant la télévision et… Et en fait, ma réflexion s’est stoppée net. Il s’est tourné vers moi pendant une fraction de seconde. Suffisamment longtemps pour que je puisse y voir quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant. Et que je ne souhaite à personne de voir. Un regard rempli d’un vide immense, éteint ou bien… inexistant. Je suis la dernière personne qu’il regarde, qu’il alerte, qu’il méprise, qu’il appelle avant de commettre l’impensable. Le temps s’est arrêté, je crois même que quelque chose est mort en moi en même temps que lui, au moment où il a mis fin à ses jours en sautant devant le train. 

« Suite à un accident grave de voyageur, le trafic est interrompu. »

{100 cibles} Les feuilles mortes

100 cibles - Les feuilles mortes

Parait-il que l’amour rend aveugle ; aveugle des autres. En observant des couples amoureux on finit souvent par constater que, dans leur euphorie sentimentale, ils ne parviennent plus sortir de leur cocon. De ce nid dans lequel ils papillonnent, se déplument un peu, roucoulent beaucoup et battent des ailes pour monter plus haut et partir plus loin. Plus loin des autres, les autres qu’elle ou lui, ces autres qui ne proposent ni bisous ni câlins ni tendresse. Les amoureux se suffisent l’un à l’autre, se nourrissent de promesses et se bercent de projets. Cela va souvent trop loin et un peu trop vite mais qu’importe, c’est beau. Il y a une naïveté entremêlée de sincérité, de belles paroles influencés par des élans affectifs et des gestes tendres offerts dans l’attente et l’espoir d’une réciprocité. Il y a un peu d’égo aussi, c’est vrai, pour démontrer sa réussite sur le plan sentimental, surtout lorsqu’il ne reste plus que celle-ci. Et puis tout ça fait oublier le reste… Le reste ? Y aurait-il autre chose en dehors de l’amour ?

Parmi les symptômes de la « maladie d’amour », il y a ce voile qui fait perdre de vue le « reste » et les « autres ». Ceux qu’on définit comme étant amis ou proches et qui se retrouvent en un claquement de doigt – ou le temps d’un baiser – au second plan lorsque l’épanouissement amoureux métamorphose le coeur en l’upgradant dans sa version 2.0 – pour reprendre un langage plus moderne. Les romantiques d’une autre époque diront qu’il bat la chamade sans forcément savoir ce qu’est la chamade, mais qu’importe, ça tambourine fort et ça fait perdre les pédales. On en vient à sourire de façon niaise, à faire des plans sur la comète, à croire soudainement a ce qu’on prétendait encore hier ne jamais croire. Dans les cas extrêmes, on entend piailler des oiseaux sur le refrain d’une chanson Disney. Ça transpire d’amour mais en vérité, ça commence à sentir mauvais.  

Les proches ou amis se confondent au loin, derrière le rayon de soleil du ou de la bien-aimé(e) qui prendra toute la place dans le ciel bleu de l’existence. Parce qu’il ne faut pas de nuages, on sacrifiera l’amitié homme-femme en cas de jalousie, et en ne prenant pas le risque d’échauder l’autre par un dialogue perdu d’avance ; la compréhension à ses limites quand il s’agit de possession. Et les concessions ? Elles se font rarement dans les deux sens et il devient plus facile de regarder en face de soi plutôt qu’autour, de glorifier le grand amour plutôt que ses formes dérivés, confondues avec les dérives. On brûlera sur un autel les sorties entre amis si elles venaient à prendre trop de place, on privatisera l’amoureu(se)x, sait-on jamais si la confusion des liens venaient à faire surgir un quiproquo désastreux. On évitera aussi l’usage de mots trop doux pour les autres, car un pan du vocabulaire est désormais réservé à l’usage unique de son âme soeur, notion d’exclusivité oblige. Et puis, sait-on jamais si un brin de tendresse entre deux êtres venait à entrainer la mort d’un couple. Bah oui, on ne sait jamais après tout, quand on ne fait pas confiance.

L’amitié sera donc soumise à restrictions, de façon logique mais souvent de manière disproportionnées. La jalousie – toujours elle – pourrait devenir prétexte aux disputes – dont on dit pourtant tant de bien pour se rassurer lorsqu’elles sont là. On accordera la priorité à l’équilibre amoureux, multipliant de façon exponentielle le temps alloué à l’homme ou à la femme de sa vie – expression qui, au passage, montre bien la démarcation profonde avec le reste du monde. La joie d’un couple le rend souvent égocentré sur lui-même, devenant raison d’être et de vivre quand le reste n’est plus que divertissement. Il suffit de constater les réactions d’un couple qui, s’il ne se voit que peu de temps quotidiennement, entraine un manque bien plus marqué que des amis ne s’étant pas vu depuis plusieurs semaines. Ce sont généralement les mêmes qui disent placer l’amour et l’amitié sur la même échelle d’importance mais qui se mentent à eux même. 

Elle vit pour et à travers lui. Il vit pour et à travers elle. Plus rien d’autre ne compte… ou presque. Lorsqu’il faut un confident, parce que le couple bat légèrement de l’aile ou qu’il ne s’auto-suffit plus, le champ de vision s’élargit. L’être – un peu moins – aimé réapparait, tel un fantôme blessé dans son coeur insaisissable. Ou lorsqu’il lui faut de la compagnie, parce que son couple est séparé pour un temps ou une raison définie. C’est alors qu’une plage horaire se libère, qu’un trou demande à être bouché. L’abandon ouvre des portes, offre des opportunités aux « moins bien que lui / elle » mais bon, ça fera l’affaire. Tout cela ne comblera pas le manque affectif, quoique ça pourra en rassurer certains. Quand le bonheur amoureux est en suspend, il envahit encore les pensées, attribuant une couleur un peu morne à la compagnie des autres. Ces autres qui compensent mais ne remplacent pas, qui n’ont pas la même valeur et qui ne servent, au fond, qu’à faire passer le temps.

L’amour entre deux êtres qui porte une majuscule fait trop souvent oublier celui qu’on écrit avec une minuscule et que l’on destine aux proches. L’un est grandiose et exclusif quand l’autre est essentiel et généreux. Sans sa majuscule, il est moins exigeant, plus libre, moins fidèle mais pas moins loyal. Il s’offre à qui le mérite, à qui veut bien le recevoir et l’offrir en retour. Il rééquilibre, réconforte et répond aux doutes, aux humeurs et aux blessures. Il n’est pas moins fiable ou moins fort, juste plus petit… trop petit pour que certains le remarque. Avec sa majuscule, le couple qui papillonne égoïstement dans son petit nid d’amour oublie que l’arbre sur lequel il est posé fait partie d’une forêt. Qu’ils ne sont pas les seuls à prétendre à ces rôles d’amoureux parfaits et aux idéaux dont ils se nourrissent jusqu’à en vomir. L’amour est une composante de la nature, de cette forêt de couples ; mais elle n’a pas été créée pour que l’on s’appuie exclusivement sur une seule branche, au risque qu’elle se brise. Et ce n’est pas un tas de feuilles mortes laissé au pied de l’arbre qui viendra amortir la chute.

Ecrit le 18 octobre 2017

{100 cibles} Des dessins sous les bombes

100 cibles - Des dessins sous les bombes

Alep (Syrie) – Octobre 2016

Le jour se lève et la première chose qui leur vient à l’esprit ce matin, c’est qu’il sont encore en vie, qu’il est encore possible d’ouvrir les yeux. Le soleil brille comme pour signifier que les nuages peuvent s’en aller, que l’espoir est encore permis. Même si, dans quelques heures, les détonations continueront, que des nuages de fumée viendront s’élever dans le ciel, que d’innombrables innocents se verront ôter le droit de vivre. Les décombres qui parsèment les chemins témoignent de cet enfer permanent tandis que dans cette petite maison encore épargnée, de tout jeunes syriens dessinent au crayon de couleur sur des feuilles volantes. Ils dessinent des personnages qui s’envolent vers le ciel avec le sourire, comme pour se convaincre que la mort est une fatalité joyeuse au milieu de ce chaos, qu’elle ôte la souffrance et l’incertitude pour un paradis sans haine et sans violences. Avec leurs yeux d’enfants prédestinés à ne jamais pouvoir devenir adultes, ou à devoir vivre avec les cicatrices de conflits sanglants, ils dessinent leurs amis Rima, Sami, Lely ou Sayid qu’ils ne reverrons peut-être pas tout à l’heure. Leur ancienne école a été détruite il y a trois jours, lors d’un bombardement où quarante enfants se sont vus privés de leurs rêves d’un monde en paix sans que le crime commis à leur encontre ne puisse être puni. Les élèves en sursis devront se rendre dans un bunker qui s’improvisera salle de classe pour tenter d’oublier, le temps d’un cours de mathématiques, que des hommes sans pitié veulent mettre fin à leurs jours. Les adultes, eux, se sont résolus à l’injustice, à l’impuissance et prient le ciel pour qu’il ne pleuve plus de missiles. Ils apprennent à survivre, se préparent à mourir dans l’indifférence quasi générale. Plus personne ne daigne s’intéresser à ces drames à répétition, à cette guerre dictée par une Russie faisant régner la terreur pour montrer sa toute puissance et défendre ses intérêts. On se désintéresse d’un pays en ruine et d’une population qu’on stigmatise alors que des centaines d’innocents meurent chaque jour. Pendant que les dirigeants occidentaux tournent autour de leur nombril plutôt que de chercher à résoudre le conflit, pendant que les médias pleurent le divorce de riches célébrités ou le vol de bijoux d’une star pitoyable, pendant que les réseaux sociaux débordent d’égocentrisme et de narcissisme jusqu’à en vomir, il y a des enfants qui dessinent sous la menace des bombes.

Texte du 13/10/16 – retravaillé le 27/10/17