[Artiste] Guweiz

Article bilingue (Français / English) – Translation by DeepL.com
Toutes les illustrations appartiennent à Guweiz
All artwork is Copyright © Gu Zheng Wei

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Présentation / Presentation

Zheng Wei Gu (alias Guweiz) est un illustrateur freelance né à Singapour. Passionné par l’ambivalence qui caractérise les jeux vidéo, il se lance en 2013 dans le dessin et se découvre un talent inné. Il achète une tablette graphique et poursuit ses efforts pour affiner son style et trouver ses marques. Si l’on ressent de nombreuses inspirations au début de son parcours (je pense notamment à Ilya Kuvshinov sur certaines illustrations), ses dessins trouvent une identité plus marquée dès l’année 2016 lorsqu’il expérimente diverses techniques en terme de visuels et d’effets. Autodidacte, il excelle rapidement dans le « Digital Painting » et ne cesse de progresser. Ses portraits gagnent en personnalité et deviennent de véritables icônes dans un univers fantastique dont il esquisse peu à peu les contours. D’une générosité rare et d’un sens du détail hors norme, Guweiz publie ses créations sur diverses plates-formes (Deviantart, Artstation, Instagram…) et peut compter sur le soutien d’une communauté grandissante. Le lancement d’une campagne Kickstarter en 2020 pour la sortie d’un premier artbook est couronné de succès avec plus de 5500 contributeurs. Il est publié en fin d’année chez 3dtotal Publishing, un éditeur dont la qualité des ouvrages est indiscutable et qui fait donc honneur à la précision des tableaux peints par l’artiste. L’année 2020 voit aussi la naissance d’une nouvelle série de portraits « Bad Guys » qui prouve une fois encore le savoir-faire de l’artiste.

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Zheng Wei Gu (aka Guweiz) is a freelance illustrator born in Singapore. Fascinated by the ambivalence that characterizes video games, he started drawing in 2013 and discovered an innate talent. He buys a graphic tablet and continues his efforts to refine his style and find his marks. If we feel many inspirations at the beginning of his career (I think in particular of Ilya Kuvshinov on some illustrations), his drawings find a more marked identity from the year 2016 when he experiments various techniques in term of visuals and effects. Self-taught, he quickly excels in « Digital Painting » and does not stop progressing. His portraits gain in personality and become true icons in a fantastic universe whose outlines he sketches little by little. With a rare generosity and an outstanding sense of detail, Guweiz publishes his creations on various platforms (Deviantart, Artstation, Instagram…) and can count on the support of a growing community. The launch of a Kickstarter campaign in 2020 for the release of a first artbook is successful with over 5500 contributors. It is published at the end of the year by 3dtotal Publishing, a publisher whose quality of books is indisputable and which thus honors the precision of the paintings made by the artist. The year 2020 also sees the birth of a new series of portraits « Bad Guys » which once again proves the artist’s expertise.

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Son univers / His world

Tout d’abord, il faut savoir que le monde de Guweiz est peuplé de femmes et de chats noirs (enfin presque toujours !). Les figures féminines représentées ont beaucoup de charisme tant l’artiste travaille minutieusement les expressions de ses personnages. Il suffit de le constater avec les quelques illustrations qui parsèment cet article. Tantôt mélancoliques, guerrières ou dangereuses, ces femmes dégagent une aura particulière qui pourraient presque suffire à raconter leur histoire. Pourtant, force est de constater à quel point Guweiz travaille ses décors, qui posent ses héroïnes de fort belle manière. Souvent urbains, parfois ancré dans un univers cyberpunk ou médiéval, les scènes peuvent aussi prendre place dans une réalité pas si éloignée de la nôtre, comme avec sa récente série Bad Guys. Le choix des couleurs fait par ailleurs l’objet d’une recherche très approfondie pour accentuer chaque mise en scène.

Guweiz - Your lie in April

Ici, on note un vrai travail sur la lumière en arrière-plan dans une scène qui n’est pas sans rappeler le manga et animé Your lie in April. Est-ce un clin d’oeil à Kaori Miyazono ?
Here, we note a real work on the light in the background in a scene that is reminiscent of the manga and anime Your lie in April. Is it a wink to Kaori Miyazono?

First of all, it is necessary to know that the world of Guweiz is populated with women and black cats (well almost always!). The female figures represented have a lot of charisma as the artist works meticulously the expressions of his characters. It is enough to notice it with the few illustrations which scatter this article. Sometimes melancholic, warlike or dangerous, these women give off a particular aura that could almost be enough to tell their story. However, it is clear how much Guweiz works on her settings, which pose her heroines in a very beautiful way. Often urban, sometimes anchored in a cyberpunk or medieval universe, the scenes can also take place in a reality not so far from ours, as with his recent series Bad Guys. The choice of colors is also the subject of a very thorough research to accentuate each setting.

Guweiz - une de mes préférées

Une jeune femme au bord du vide, dans un décor très urbain accompagnée… d’un chat noir.
A young woman at the edge of the void, in a very urban setting accompanied by… a black cat.

Guweiz - Couleurs

Rares sont les illustrations avec des couleurs aussi printanières.
Mais une mélancolie se dégage tout de même de ce tableau.
Rare are the illustrations with such spring colors.
But a melancholy is still present in this painting.

Step-by-step

Guweiz - bannière projet

De mauvaises personnes ? / Bad Guys ?

Série de portraits dont les publications poursuivent leurs cours, Bad Guys met en scène des femmes hors-la-loi parfois couvertes de sang et armées jusqu’au dent. Le contraste vestimentaire est ici assez intéressant avec d’un côté des femmes leader dans leur costume trois pièces et de l’autre des femmes particulièrement séduisantes. Une séduction qui pourrait peut-être servir d’appât pour l’ennemi, comme pour attirer la proie dans ses filets. Quelques éléments visuels reviennent souvent comme la pluie ou la cigarette, tandis que les décors sont un peu crasseux ou communs (comme des toilettes ou des rues insalubres). La colorimétrie est également différente, notamment dû à des éclairages plus rares et une météo moins favorable. D’ailleurs, en visualisant successivement les différents tableaux, on peut distinguer possiblement deux clans (cheveux blancs et cheveux noirs), deux façons de procéder qui divergent. Armes à feu contre armes blanches ? Séductrices dangereuses contre tueuses à gages ? Une histoire se dessine ou du moins s’interprète et se joue devant nous en filigrane. C’est en tout cas fascinant d’approfondir son niveau de lecture à travers chaque illustration que l’artiste nous fait découvrir. Quels rôles ont vraiment ces femmes dans un monde que l’on imagine plutôt masculin ? Cet univers plus ancré dans notre réalité se révèle en tout cas très intriguant et s’étoffe au fil des mois grâce au talent de Guweiz.

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Sensuelle… mais dangereuse.
Sensual… but dangerous.

Series of portraits whose publications continue, Bad Guys puts in scene women outlaws sometimes covered with blood and armed. The clothing contrast is quite interesting here with on one side leading women in their three-piece suits and on the other side particularly seductive women. A seduction that could perhaps serve as bait for the enemy, as if to attract the prey in its nets. Some visual elements come up often like rain or cigarettes, while the settings are a bit grimy or common (like toilets or unsanitary streets). The colorimetry is also different, notably due to less lighting and less favorable weather. Moreover, by visualizing successively the different paintings, one can distinguish possibly two clans (white hair and black hair), two ways of proceeding which diverge. Firearms versus knives? Dangerous seductresses versus hired killers? A story is taking shape, or at least is being interpreted and played out in front of us in the background. It is in any case fascinating to deepen one’s reading through each illustration that the artist makes us discover. What roles do these women really have in a world that we imagine to be rather masculine? This universe, more anchored in our reality, proves to be very intriguing in any case, and it is getting richer with each passing month through the talent of Guweiz.

Guweiz - Influence

Son influence sur « Il était une femme… »
His influence on my novel

Les héroïnes de Guweiz ont quelque chose dans le regard, dans leur attitude. Elles dégagent des émotions complexes si on observe bien leur posture et les expressions du visage. Elles ont une féminité et un caractère qui trouvent une résonance dans certains de mes personnages. Une forme de révolte et de violence sous-jacente – uniquement psychologique dans mon récit – qui s’exprime visuellement dans les portraits de Guweiz. Certains me rappellent mon héroïne, à travers cette féminité et leur éloquence – en particulier dans leur mélancolie et la présence d’une cigarette – puisque mon héroïne est une fumeuse. Ceci est parfaitement illustré par la peinture de Guweiz présente ci-dessus et qui s’intitule « Train stop ». Il pourrait s’agir de mon héroïne dans la toute première scène du prologue. Il suffirait juste de changer le contexte (il s’agit d’un parc) et sa tenue (plus en phase avec notre réalité). Pour être honnête, j’aime à penser que ce portrait pourrait être la couverture de mon roman, avec ces quelques modifications. Mais loin de moi l’idée de me dire que cela pourrait un jour arrivé haha !

The heroines of Guweiz have something in their look, in their attitude. They give off complex emotions if you observe their posture and facial expressions. They have a femininity and a character that resonates with some of my characters. A form of revolt and underlying violence – only psychological in my story – that is visually expressed in the portraits of Guweiz. Some of them remind me of my heroine, through their femininity and their eloquence – especially in their melancholy and the presence of a cigarette – since my heroine is a smoker. This is perfectly illustrated by the Guweiz painting above, entitled « Train stop ». This could be my heroine in the very first scene of the prologue. We would just have to change the context (it’s a park) and her outfit (more in line with our reality). To be honest, I’d like to think that this portrait could be the cover of my novel, with these few changes. But far be it from me to think that this could ever happen haha!

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Interview avec l’artiste
Interview with the artist

Tout d’abord, un grand merci à vous de répondre à mes questions et de nous éclairer davantage sur vos travaux.
First of all, many thanks to you for answering my questions and shedding more light on your work.

Mick : Mis bout à bout, vos illustrations semblent nous raconter une histoire, poser un contexte et définir peu à peu les traits de personnalités de chacune de vos héroïnes. Travaillez-vous avec un scénario en tête pour concevoir vos illustrations ou est-ce au contraire les illustrations qui construisent d’elles-même leur histoire ?
Put together, your illustrations seem to tell us a story, to set a context and to define little by little the personality traits of each of your heroines. Do you work with a scenario in mind to conceive your illustrations or is it on the contrary the illustrations that build their story by themselves?

Guweiz : C’est un peu des deux, parfois le processus de dessin fait ressortir davantage l’histoire, ou bien il raconte une histoire différente à la fin. Je commence avec un objectif approximatif en tête, mais il n’est pas gravé dans la pierre.
It is a bit of both, sometimes the drawing process brings out more of the story, or end up telling a different story in the end. I do start with a rough goal in mind, but it’s not set in stone.

Guweiz - ITW Histoire

Mick : Il est assez flagrant de constater que chaque portrait dégage des émotions très marquées. Les regards, expressions et postures y sont pour beaucoup. Vos personnages ont-ils un vécu, un passé ? Y a t’il un fil conducteur pour chacun d’eux ?
It is quite obvious that each portrait gives off very strong emotions. The looks, the expressions and the postures have a lot to do with it. Do your characters have a past? Is there a common thread for each of them?

Guweiz : Pas tout à fait dans un sens sophistiqué, les personnages récents sont plus ou moins conçus pour s’intégrer dans le même « univers », mais au-delà de ça, je pense que les points communs sont principalement le résultat de préférences stylistiques.
Not quite in a sophisticated sense, the recent characters are more or less designed to fit in the same « universe », but beyond that I think commonalities are mainly results of stylistic preference.

Mick : Au début de votre artbook, vous dites avoir été influencé dès votre plus jeune âge par les jeux vidéo, par les histoires qu’ils racontent. Quelles sont les œuvres qui vous ont le plus influencé ?
At the beginning of your artbook, you say you were influenced from a young age by video games, by the stories they tell. What are the works that have influenced you the most?

Guweiz : Je pense que les jeux les plus mémorables sont Mass Effect, Starcraft et, fait intéressant, quelques jeux de stratégie, comme Rome Total War et Age of Mythology.
I think a few of the memorable games were Mass effect, Starcraft and interestingly a few strategy games as well, like Rome total war and Age of Mythology

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Mick : Vos premières illustrations étaient ancrés dans notre réalité, souvent avec un angle mélancolique. Vous avez ensuite dessiné des sorcières, des guerrières ou mercenaires dans des décors plus fantastiques ou futuristes. Avec la série de portraits Bad Guys, vous semblez revenir vers quelque chose de plus ancré dans notre réalité. Ces femmes font-elles parti d’une mafia au féminin, sont-elles des justicières qui luttent contre une forme d’oppression masculine ou est-ce encore autre chose ?
Your first illustrations were anchored in our reality, often with a melancholic angle. You then drew witches, warriors or mercenaries in more fantastic or futuristic settings. With the Bad Guys portrait series, you seem to be returning to something more anchored in our reality. Are these women part of a female mafia, are they vigilantes fighting against a form of male oppression or is it something else?

Guweiz : Je les laisse libre d’interprétation, jusqu’à ce que je trouve le temps de planifier ou d’écrire correctement un récit.
I will leave them up to interpretation, until when I do find time to properly plan or write a narrative.

Guweiz - Sourire

Mick : Dans votre artbook, il n’y a qu’à la page 100/101 que nous pouvons voir un personnage sourire. Est-ce que la joie est une expression qui ne sied pas à votre univers ? Vos héroïnes sont-elles toutes empreinte de mélancolie ou de colère ?
In your artbook, only on page 100/101 we can see a character smiling. Is joy an expression that doesn’t suit your universe? Are your heroines all melancholic or angry?

Guweiz : La joie n’est pas un trait commun, principalement parce que je ne demande généralement pas aux personnages de « poser » ou de « jouer » devant un appareil photo. Dans la vie réelle, nous ne sourions et n’exprimons de la joie que lorsqu’il y a une bonne raison de le faire. J’imagine donc que si quelqu’un prenait en secret des photos de personnes prises au hasard dans la rue, la plupart des gens auraient un visage plutôt neutre. Cependant, j’ai une préférence pour le dramatique, donc je suppose que les froncements de sourcils et les visages féroces vont de pair.
Joy is not a common feature mainly because I usually don’t get the characters to « pose » or « act » for the camera. In real life we ourselves really only smile and express joy when there is a good reason to, so I’d imagine if someone snapped pictures of random people on the street secretly, most people would have more of a neutral face. However, I do have  a preference for the dramatic, so I guess the frowns and fierce faces come with that as well.

Guweiz essai animation + lien

Animation 3D sur Instagram

Mick : En février 2017, vous avez partagé une animation 3D très réussie qui donnait vie à l’une de vos illustrations. En visionnant celle-ci, on peut aussi bien s’imaginer un jeu vidéo qu’un film d’animation. Peut-on s’attendre à ce que vous exploriez d’autres horizons par la suite ?
In February 2017, you shared a very successful 3D animation that brought one of your illustrations to life. When viewing this one, one can imagine a video game as well as an animated film. Can we expect you to explore other horizons later on?

Guweiz : C’est possible, mais pour l’instant, je me concentre sur le perfectionnement de mon métier de base, la peinture.
It is possible, but at the moment, I am focused on honing my « base » craft of painting.

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Mick : Pour finir, vos travaux me font parfois penser à du Makoto Shinkai dans les compositions, notamment avec la pluie, la mélancolie, les environnements détaillés et la profondeur de vos personnages. Simples coïncidences ou est-ce une de vos inspirations ?
Finally, your works sometimes remind me of Makoto Shinkai in the compositions, especially with the rain, the melancholy, the detailed environments and the depth of your characters. Is it just a coincidence or is it one of your inspirations ?

Guweiz : J’apprécie ses films, et ils sont très beaux ! Je pense que dans un certain sens, ils m’influencent inconsciemment.
I do enjoy his movies, and they are very pretty! I think in some sense they do influence me subconsciously

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Je vous remercie beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. C’est un honneur pour moi d’avoir eu cet échange avec vous. Je vous souhaite le meilleur pour la suite !
Thank you very much for taking the time to answer my questions. It is an honor to have had this exchange with you. I wish you all the best for the future!

Pour en savoir plus

(French only)

L’artiste Guweiz est d’une générosité assez rare vu le travail effectué. Il partage avec sa communauté ses travaux sur son Patreon en échange d’une somme accessible à tous. Voici le lien qui vous permet d’accéder chaque mois à ses dernières oeuvres en échange de 5 petits dollars (et un peu moins en euros) :

Patreon de Guweiz

La série « Bad guys », qui est encore très récente et ne cesse de s’enrichir, est aussi visible sur son compte Instagram. Je vous invite chaleureusement à le consulter (et à le suivre) ici :

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Instagram de Guweiz

De plus, il a sorti l’année dernière un formidable artbook extrêmement complet et riche en magnifiques illustrations. On y voit l’évolution dont je parle plus haut jusqu’à ses oeuvres précédant sa série « Bad guys ». Le lien sous la couverture vous permettra d’en visualiser le contenu :

Artbook Guweiz

Présentation de l’artbook de Guweiz

Les liens pour se le procurer :
Site officiel de 3D Total 
Sur Book Depository
Sur Amazon France

[Chronique] Une nuit calme et paisible

Scénario et dessins : Pocket Chocolate.
Date de sortie :
 14 avril 2017

Editeur : Kotoji éditions
Nombre de pages : 152.
Prix : 16 € (neuf)

Résumé de l’éditeur

Considéré comme l’un des nouveaux maîtres de la bande dessinée chinoise, Pocket Chocolate revient avec deux histoires courtes et un recueil de ses plus belles illustrations.

Mon avis

C’est sur la plate-forme de financement participative Ulule que la maison d’édition derrière Pocket Chocolate a rendu possible la publication de cet ouvrage. Un recueil où le lecteur peut se familiariser avec le travail de l’auteur, assez méconnu en France. Le livre débute par l’histoire « Une nuit calme et paisible » où l’on découvre un style graphique parfaitement enchanteur ! A noter que tout est en couleurs, ce qui permet d’apprécier durant les premières pages des tons plutôt doux, entre pastel et aquarelle. Pocket Chocolate a pour qualité d’avoir une patte graphique reconnaissable, qui penche donc ici vers la douceur. L’histoire est mignonne, naïve par certains aspects et le propos, une amitié entre deux filles très différentes, nous mènera vers des réflexions hélas un peu trop abstraites. C’est plein de bons sentiments mais cela manque de scénario. La conclusion est à ce titre aussi belle qu’incompréhensible. Par la suite, on change radicalement de ton et de style graphique avec « I killed myself », une histoire qui n’est pas sans rappeler l’auteur chinois Benjamin – et on comprend pourquoi dans la courte postface qui suit. C’est beaucoup plus mature et sombre, et ça se présente davantage comme un comics… mais chinois ! Le problème dans cette seconde histoire, c’est qu’elle est un peu expéditive et nous laisse croire qu’on a affaire à un schizophrène. L’auteur avoue lui-même être perplexe sur cette histoire avec le recul, mais il est très intéressant de constater à quel point l’auteur à su faire évoluer son style entre les deux histoires de ce recueil. Pour finir, l’ouvrage contient près de cinquante pages d’illustrations – dont certaines très réussies et en pleine page – et de croquis ainsi que des portraits que l’auteur à réaliser pour diverses conventions. En définitive, c’est un bel ouvrage, plutôt éclectique et intéressant pour découvrir l’auteur et l’évolution de son travail.

Ce qui m’influence ici

Cet univers très doux dans l’histoire « Une nuit calme et paisible ».
Certaines illustrations (comme la couverture).

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Article actualisé en mars 2021

[Chronique] Émotions : enquête et mode d’emploi (T.1 et T.2)

 

Scénario & dessins : Art-mella (avec la collaboration d’Isabelle Padovani sur le tome 2)
Date de sortie :
 1er juin 2016 (T.1) et 10 juin 2017 (T.2)

Editeur : Editions Pourpenser
Nombre de pages : 48 (T.1) et 48 (T.2).
Prix : 14,90 € (par tome)

Résumé de l’éditeur

Tome 1 : Art-mella est une jeune femme qui aime chercher des réponses aux questions qu’elle se pose. Pendant quelques années, Art-mella est allée à la rencontre de spécialistes des émotions, s’est documentée, a lu et a participé à de nombreux stages. Le succès de sa première BD, Friandises philosophiques, lui a donné envie d’utiliser ce format pour partager ce qu’elle avait appris au cours de cette longue et passionnante enquête. Au cours de l’écriture, Art-mella s’est rendu compte qu’un tome ne suffirait pas à donner l’ensemble des clés. Mais déjà, vous avez avec ces premières planches de quoi mener votre propre enquête intérieure. Bon voyage à vous !

Tome 2 : Dans le premier tome de cette série, Art-mella s’est intéressée à la nature des émotions. A travers l’enquête menée en compagnie de Rator nous avons découvert la boussole des émotions, le triangle des Bermudes multitemporel et dégusté les biscuits de la pleine conscience ! La suite de cette enquête nous invite à visiter notre jardin intérieur et à remonter à la source de nos émotions. Le jardinage et les arts-martiaux réservent quelquefois des surprises… Comme bien des voyages, c’est en cheminant que l’on s’aperçoit que le paysage est encore plus riche que nous le pensions au départ.

Mon avis

Dans le premier tome, nous faisons la connaissance d’Art-mella, une jeune femme qui ne manque pas d’humour et dont la curiosité va l’amener à faire de multiples recherches qu’elle souhaitera par la suite partager par le biais… d’une bande-dessinée. Et le résultat est une formidable réussite ! Son dessin mêlé à la façon dont elle synthétise ses recherches / découvertes rend le propos à la fois pertinent, ludique et très agréable à lire. Découpé en strips, les différentes sous thématiques – forcément toutes liées aux émotions – sont abordés efficacement, avec des métaphores, citations et situations qui interpellent. Une richesse incroyable est contenue dans ce petit ouvrage. Ce premier tome achevé, je n’avais qu’une hâte, lire le second afin de voir ce qu’il était encore possible d’apprendre et de comprendre.
Le second tome a été construit et rédigé avec la collaboration d’une experte en communication nonviolente. Il s’agit ici d’approfondir et de répondre à une question simple et complexe à la fois : quel est le besoin caché derrière une émotion ? La quatrième de couverture précise également qu’il s’agit là de remonter à la source de nos émotions. S’il y a un peu moins de « diversité » dans les différents angles puisqu’il s’agit quasi exclusivement de parler de nos besoins, j’ai apprécié la mise en situation et cette volonté d’insister sur le procédé, sur la manière dont nous pouvons agir afin d’améliorer nos relations à travers notre communication. Ce second tome est un peu plus dense en dialogue mais parvient tout de même à faire de belles synthèses – le tableau des principaux besoins est à ce titre exemplaire et d’une très grande aide. En définitive, deux BD écrites et construites comme des outils destinés à tous, y compris pour les plus jeunes qui auront là un moyen de mieux se comprendre et de mieux interagir avec les autres. A mettre entre toutes les mains donc, c’est un cadeau idéal à offrir !

A lire absolument ! Instructif et pertinent !

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Le site d’art-mella

[Chronique] Red Angels

Scénario : Li Yaosha.  Dessins : Seven.
Date de sortie :
 4 novembre 2016

Editeur : Urban China
Nombre de pages : 148.
Prix : 15 € neuf et environ 9€ d’occasion

Résumé de l’éditeur

Une plongée en apnée dans la prostitution chinoise.
La première est mariée un homme qui la bat, et tapine pour l’aider à rembourser ses dettes de jeu. La seconde, âgée d’un quarantaine d’années, a quitté l’usine et travaille dans la rue pour payer des études à ses filles. La troisième, jeune campagnarde un peu naïve, essaye de trouver un homme bon qui la sortira de là pour l’épouser. Leur destin va basculer avec le plan de restructuration urbaine de la Chine et l’apparition du sida.

Mon avis

Ce qui frappe au premier coup d’oeil, c’est le style graphique, visible dès la couverture. Et évidemment, il y a le propos. Ce qu’il faut bien comprendre avant de poser son regard dans cette oeuvre, c’est qu’il s’agit là d’une non-fiction et de ce fait, de l’intention commune de deux auteurs de parler d’un sujet important. A ce titre, la préface est remarquable et nous plonge immédiatement dans l’état d’esprit nécessaire pour aborder un tel récit. Puis une première partie est introduite par un court texte, lui aussi évocateur et sans détour. A peine ai-je lu les vingt premières pages que le ton est donné, les personnages sont présentés et la noirceur est grandiose, marquante. Troublante et violente. Impossible de faire marche arrière. Entre curiosité malsaine et volonté de connaitre la vérité, je tourne les pages. L’histoire est racontée par le gardien d’un immeuble qui côtoie trois prostituées bien distinct, il est le spectateur de leurs vies mais aussi, parfois, acteur à travers ses interventions et échanges avec elles – rien de sexuel cependant. Il s’efforce de comprendre les raisons sur la vie qu’elles mènent, sur ce qui les a amenés à devenir des prostituées. Aucune concession n’est faite sur la violence faite à ces femmes, du viol jusqu’aux coups menant à un bain de sang. Pour lire cette histoire, il faut avoir le coeur bien accroché, ne pas craindre d’affronter une réalité crue à base de drogue, de sexe et d’injustices. Le sida est également abordé, et il est intéressant de constater l’omniprésence de la cigarette, qui accompagne quasiment toutes les prostituées. Comme un symbole du mal-être qui les habite. Une histoire poignante sur ces multiples prostituées, qui mérite une lecture sérieuse pour comprendre les travers de la société et multiplier les prises de conscience sur la gravité et les dangers de notre société, qui dépasse celle d’une Chine racontée au passé. Car certes, le récit se situe à une époque antérieure, mais le propos est hélas toujours d’actualité ; il a muté mais il reste tout aussi intolérable et dramatique.  

Notation 5

Un manhua profondément difficile et violent.

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[Chronique] Hibakusha

Scénario : Barboni Thilde.  Dessins : Olivier Cinna.
Dates de sortie :
 5 mai 2017.
Editeur : Aire Libre (Dupuis)
Nombre de pages : 64.
Prix : 16,50 €

Résumé de l’éditeur

Ludwig Mueller est un traducteur-interprète allemand aux ordres du parti hitlérien. Alors que la Seconde Guerre mondiale entame un virage inquiétant, ce mari désabusé et père peu préoccupé par sa famille est envoyé à Hiroshima afin de travailler sur des documents confidentiels, au contenu crypté. Là-bas, il lui est cependant impossible d’échapper à ses tourments qui se gravent dans sa chair et lui causent d’intenses douleurs. C’est alors que sa rencontre avec une belle Japonaise va bouleverser toutes ses convictions, jusqu’au plus profond de son âme…

Mon avis

La quatrième de couverture, différente du résumé de l’éditeur, m’a vraiment inviter à l’ouvrir, a faire connaissance avec ces personnages et ce contexte impossible pour une histoire d’amour. La lecture est très (trop) rapide, on effleure les personnages mais on est vite baigné dans l’effroi de la fin de la seconde guerre mondiale. Les scène se succèdent avec parfois beaucoup de poésie mais ça manque cruellement de nuances, on en vient vite à deux êtres déshabillés juste pour démontrer le désir. Ça manque de subtilité, même si c’est probablement réaliste ainsi pour beaucoup. Je n’ai pas été conquis par le dessin, les gros plans et visages d’un même personnage ne se ressemble pas, ça manque de finesse, c’est abrupte et les émotions se lisent assez mal sur ces mêmes personnages. La colorisation est par contre une belle réussite, et quelques planches sont tout de même très belles – je pense notamment à la toute dernière, plutôt bien trouvée bien qu’exécutée là encore un peu trop « à la va vite ». Le plus gros reproche finalement, c’est qu’on effleure un peu tout. La BD synthétise beaucoup de choses en général, mais ici on ressort de la lecture avec un sentiment de trop peu, les soixante quatre pages se terminent en un claquement de doigt, ne laissant pas le temps aux émotions et aux sentiments de marquer les esprits ; enfin c’est en tout cas mon ressenti. A conseiller malgré tout, car cette histoire reste belle et troublante si l’on ne se précipite pas à tout lire rapidement.

Une BD qui laisse sur notre faim.

 

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