[Chronique] Émotions : enquête et mode d’emploi (T.1 et T.2)

 

Scénario & dessins : Art-mella (avec la collaboration d’Isabelle Padovani sur le tome 2)
Date de sortie :
 1er juin 2016 (T.1) et 10 juin 2017 (T.2)

Editeur : Editions Pourpenser
Nombre de pages : 48 (T.1) et 48 (T.2).
Prix : 14,90 € (par tome)

Résumé de l’éditeur

Tome 1 : Art-mella est une jeune femme qui aime chercher des réponses aux questions qu’elle se pose. Pendant quelques années, Art-mella est allée à la rencontre de spécialistes des émotions, s’est documentée, a lu et a participé à de nombreux stages. Le succès de sa première BD, Friandises philosophiques, lui a donné envie d’utiliser ce format pour partager ce qu’elle avait appris au cours de cette longue et passionnante enquête. Au cours de l’écriture, Art-mella s’est rendu compte qu’un tome ne suffirait pas à donner l’ensemble des clés. Mais déjà, vous avez avec ces premières planches de quoi mener votre propre enquête intérieure. Bon voyage à vous !

Tome 2 : Dans le premier tome de cette série, Art-mella s’est intéressée à la nature des émotions. A travers l’enquête menée en compagnie de Rator nous avons découvert la boussole des émotions, le triangle des Bermudes multitemporel et dégusté les biscuits de la pleine conscience ! La suite de cette enquête nous invite à visiter notre jardin intérieur et à remonter à la source de nos émotions. Le jardinage et les arts-martiaux réservent quelquefois des surprises… Comme bien des voyages, c’est en cheminant que l’on s’aperçoit que le paysage est encore plus riche que nous le pensions au départ.

Mon avis

Dans le premier tome, nous faisons la connaissance d’Art-mella, une jeune femme qui ne manque pas d’humour et dont la curiosité va l’amener à faire de multiples recherches qu’elle souhaitera par la suite partager par le biais… d’une bande-dessinée. Et le résultat est une formidable réussite ! Son dessin mêlé à la façon dont elle synthétise ses recherches / découvertes rend le propos à la fois pertinent, ludique et très agréable à lire. Découpé en strips, les différentes sous thématiques – forcément toutes liées aux émotions – sont abordés efficacement, avec des métaphores, citations et situations qui interpellent. Une richesse incroyable est contenue dans ce petit ouvrage. Ce premier tome achevé, je n’avais qu’une hâte, lire le second afin de voir ce qu’il était encore possible d’apprendre et de comprendre.
Le second tome a été construit et rédigé avec la collaboration d’une experte en communication nonviolente. Il s’agit ici d’approfondir et de répondre à une question simple et complexe à la fois : quel est le besoin caché derrière une émotion ? La quatrième de couverture précise également qu’il s’agit là de remonter à la source de nos émotions. S’il y a un peu moins de « diversité » dans les différents angles puisqu’il s’agit quasi exclusivement de parler de nos besoins, j’ai apprécié la mise en situation et cette volonté d’insister sur le procédé, sur la manière dont nous pouvons agir afin d’améliorer nos relations à travers notre communication. Ce second tome est un peu plus dense en dialogue mais parvient tout de même à faire de belles synthèses – le tableau des principaux besoins est à ce titre exemplaire et d’une très grande aide. En définitive, deux BD écrites et construites comme des outils destinés à tous, y compris pour les plus jeunes qui auront là un moyen de mieux se comprendre et de mieux interagir avec les autres. A mettre entre toutes les mains donc, c’est un cadeau idéal à offrir !

A lire absolument ! Instructif et pertinent !

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Le site d’art-mella

[Chronique] Red Angels

Scénario : Li Yaosha.  Dessins : Seven.
Date de sortie :
 4 novembre 2016

Editeur : Urban China
Nombre de pages : 148.
Prix : 15 € neuf et environ 9€ d’occasion

Résumé de l’éditeur

Une plongée en apnée dans la prostitution chinoise.
La première est mariée un homme qui la bat, et tapine pour l’aider à rembourser ses dettes de jeu. La seconde, âgée d’un quarantaine d’années, a quitté l’usine et travaille dans la rue pour payer des études à ses filles. La troisième, jeune campagnarde un peu naïve, essaye de trouver un homme bon qui la sortira de là pour l’épouser. Leur destin va basculer avec le plan de restructuration urbaine de la Chine et l’apparition du sida.

Mon avis

Ce qui frappe au premier coup d’oeil, c’est le style graphique, visible dès la couverture. Et évidemment, il y a le propos. Ce qu’il faut bien comprendre avant de poser son regard dans cette oeuvre, c’est qu’il s’agit là d’une non-fiction et de ce fait, de l’intention commune de deux auteurs de parler d’un sujet important. A ce titre, la préface est remarquable et nous plonge immédiatement dans l’état d’esprit nécessaire pour aborder un tel récit. Puis une première partie est introduite par un court texte, lui aussi évocateur et sans détour. A peine ai-je lu les vingt premières pages que le ton est donné, les personnages sont présentés et la noirceur est grandiose, marquante. Troublante et violente. Impossible de faire marche arrière. Entre curiosité malsaine et volonté de connaitre la vérité, je tourne les pages. L’histoire est racontée par le gardien d’un immeuble qui côtoie trois prostituées bien distinct, il est le spectateur de leurs vies mais aussi, parfois, acteur à travers ses interventions et échanges avec elles – rien de sexuel cependant. Il s’efforce de comprendre les raisons sur la vie qu’elles mènent, sur ce qui les a amenés à devenir des prostituées. Aucune concession n’est faite sur la violence faite à ces femmes, du viol jusqu’aux coups menant à un bain de sang. Pour lire cette histoire, il faut avoir le coeur bien accroché, ne pas craindre d’affronter une réalité crue à base de drogue, de sexe et d’injustices. Le sida est également abordé, et il est intéressant de constater l’omniprésence de la cigarette, qui accompagne quasiment toutes les prostituées. Comme un symbole du mal-être qui les habite. Une histoire poignante sur ces multiples prostituées, qui mérite une lecture sérieuse pour comprendre les travers de la société et multiplier les prises de conscience sur la gravité et les dangers de notre société, qui dépasse celle d’une Chine racontée au passé. Car certes, le récit se situe à une époque antérieure, mais le propos est hélas toujours d’actualité ; il a muté mais il reste tout aussi intolérable et dramatique.  

Notation 5

Un manhua profondément difficile et violent.

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[Chronique] Hibakusha

Scénario : Barboni Thilde.  Dessins : Olivier Cinna.
Dates de sortie :
 5 mai 2017.
Editeur : Aire Libre (Dupuis)
Nombre de pages : 64.
Prix : 16,50 €

Résumé de l’éditeur

Ludwig Mueller est un traducteur-interprète allemand aux ordres du parti hitlérien. Alors que la Seconde Guerre mondiale entame un virage inquiétant, ce mari désabusé et père peu préoccupé par sa famille est envoyé à Hiroshima afin de travailler sur des documents confidentiels, au contenu crypté. Là-bas, il lui est cependant impossible d’échapper à ses tourments qui se gravent dans sa chair et lui causent d’intenses douleurs. C’est alors que sa rencontre avec une belle Japonaise va bouleverser toutes ses convictions, jusqu’au plus profond de son âme…

Mon avis

La quatrième de couverture, différente du résumé de l’éditeur, m’a vraiment inviter à l’ouvrir, a faire connaissance avec ces personnages et ce contexte impossible pour une histoire d’amour. La lecture est très (trop) rapide, on effleure les personnages mais on est vite baigné dans l’effroi de la fin de la seconde guerre mondiale. Les scène se succèdent avec parfois beaucoup de poésie mais ça manque cruellement de nuances, on en vient vite à deux êtres déshabillés juste pour démontrer le désir. Ça manque de subtilité, même si c’est probablement réaliste ainsi pour beaucoup. Je n’ai pas été conquis par le dessin, les gros plans et visages d’un même personnage ne se ressemble pas, ça manque de finesse, c’est abrupte et les émotions se lisent assez mal sur ces mêmes personnages. La colorisation est par contre une belle réussite, et quelques planches sont tout de même très belles – je pense notamment à la toute dernière, plutôt bien trouvée bien qu’exécutée là encore un peu trop « à la va vite ». Le plus gros reproche finalement, c’est qu’on effleure un peu tout. La BD synthétise beaucoup de choses en général, mais ici on ressort de la lecture avec un sentiment de trop peu, les soixante quatre pages se terminent en un claquement de doigt, ne laissant pas le temps aux émotions et aux sentiments de marquer les esprits ; enfin c’est en tout cas mon ressenti. A conseiller malgré tout, car cette histoire reste belle et troublante si l’on ne se précipite pas à tout lire rapidement.

Une BD qui laisse sur notre faim.

 

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[Chronique] Où sont passés les grands jours

Scénario : Jim.   Dessins et couleurs : Alex Tefenkgi. 
Dates de sortie :
 15 janvier 2014 (T.1) / 2 septembre 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 70 + 84.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

« On savait tous qu’un jour il faudrait devenir des adultes. Personne ne nous avait dit que ça viendrait si vite ». C’est une histoire de trentenaires. C’est l’histoire d’Hugo, Etienne et Jean-Marc. Mais c’est aussi l’histoire de Fred, que personne n’oublie. C’est l’histoire d’un testament. C’est le parcours d’un homme. C’est cet instant où, tout au fond de la piscine, il va falloir donner une impulsion pour remonter à la surface. C’est une histoire de renaissance. D’un père avec sa fille, d’un inconnu au bout du téléphone, mais aussi d’un lance-pierre, de huit places de concert classique, d’un livre, un monocycle et un bête accordéon… C’est l’histoire de la vie. La vie, plus forte que tout.

Mon avis

Le premier constat est visuel, tant les premières pages ont une colorisation plus terne, plus « tristes ». Il faut dire que l’histoire commence dans un cimetière, pour nous plonger directement dans le vif du sujet : comment vit-on la mort d’un ami ? Pas de n’importe quel ami, on parle ici de son meilleur ami, celui avec qui l’on a fait les quatre-cents coups et qui, soudain, nous quitte. Un choix difficile, cruel et qui laisse des traces dans les esprits, au point de faire perdre les pédales. Le scénario est ici encore rudement bien écrit, Jim parle du deuil et de la façon dont on peut le vivre, selon l’angle que nous avons de la scène ou du drame. Jim n’est pas au dessin ici, mais il collabore avec l’excellent Alex Tefenkgi dont le dessin colle parfaitement à l’univers ; son dessin est précis, mélancolique et le choix des couleurs, comme évoqué au tout début, retient l’attention par la justesse des éclairages et des ambiances, marquées par les difficultés inhérentes à la perte d’un proche. On ne verse pas dans le mélodrame, on met parfois le pied dans quelques clichés qui, là encore, ont du sens et sont particulièrement dans le vrai. Car nous sommes humains, nos réactions se ressemblent, de près ou de loin, et on fini forcément par s’identifier à certains passages, à certains ressentis, de près ou de loin selon notre vécu. Les deux albums nous parlent avec sincérité, nous bousculent un peu sur nos positions, et propose un rebondissement final à la hauteur du talent de Jim, qui sait nous parler avec autant de douceur que de gravité. Une bande-dessinées qui parle de la vie, celle qu’on a la chance de vivre ou celle qui s’arrête pour les autres, qui ouvre les yeux et nous fait réfléchir sur autrui.

Un passage dans la narration a retenu toute mon attention, j’y trouve beaucoup de sens : « Je n’écris pas pour être lu, mais pour faire taire le vacarme. »

Une BD évoquant le deuil avec pertinence.

[Chronique] De beaux moments

Scénario : Jim.  Dessins : Jim.  Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 28 octobre 2015.
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 134.
Prix : 18,90 €

Résumé de l’éditeur

C’est à l’instant où ils nous filent entre les doigts qu’on réalise que c’était de beaux moments… Des histoires courtes. Des regards tendres et justes sur l’essence de nos vies. Des histoires de temps qui passe, d’amour, d’amitié, de corps ou de souvenirs que l’on farde pour s’arranger un peu avec la réalité. Des histoires simples qui n’ont d’autre point commun que leur profonde humanité et leur capacité à nous faire prendre conscience des beaux moments…

Mon avis

Etant particulièrement admiratif du travail de Jim à travers les thématiques qu’il choisit et de la façon dont il nous raconte les histoires, je ne pouvais que poursuivre mes chroniques sur ses oeuvres en m’attardant cette fois-ci sur cet excellent recueil d’histoires courtes. De beaux moments est composé de douze histoires où, très vite, on reconnaitra la patte graphique de l’auteur mais aussi ses tics : les femmes sont belles, l’infidélité n’est jamais loin et il y a très souvent un cendrier ou de l’alcool au milieu de tous ces gens. Cela contribue d’une certaine manière à mettre en lumière toutes les imperfections de la réalité, pour accompagner des histoires qui le sont aussi d’une certaine façon, pour parler à nous autres humains imparfaits. Jim a ce don de dessiner cette réalité qui touche en plein coeur, qui nous interroge et nous fait prendre conscience de ce qui nous entoure, de nos faiblesses, de nos écarts de conduite, du temps qui passe mais aussi et surtout, de l’importance des bons moments. Car c’est sur ce point que l’auteur s’est focalisé, avec plus ou moins de pertinence selon notre propre définition du beau moment. Certaines histoires m’ont donc logiquement moins marquées quand d’autres, au contraire, m’ont totalement conquis. J’ai notamment été très sensible à la nostalgie d’un couple qui vieillit et qui continue de se préoccupé du désir de l’autre. J’ai aimé retrouvé Marie d’Une nuit à Rome (sa muse !) à travers une histoire rudement bien écrite. J’ai beaucoup ri sur l’histoire de Krazinski et ses vannes mémorables. J’ai particulièrement été sensible au sujet des photographies que l’on entasse dans nos téléphones ou de celles que l’on partage… Bref, s’il y a une ou deux histoires qui m’ont laissé un peu de marbre, c’est tout simplement parce qu’elles s’adressaient davantage au vécu d’autres personnes, me laissant ainsi reprendre ma place de lecteur plutôt que d’acteur. Pour finir, je tiens vraiment à souligner la qualité d’écriture et l’intelligence avec laquelle sont racontés ces tranches de vie. Un recueil que je conseille donc vivement, pour sa richesse, ses imperfections (nous rappelant les nôtres), sa beauté graphique incroyable et sa pertinence. Et puis surtout, parce qu’il vous fera passer un bon moment. 

 

130 pages sur l’importance de nos vies.