[Chronique] Une nuit calme et paisible

Scénario et dessins : Pocket Chocolate.
Date de sortie :
 14 avril 2017

Editeur : Kotoji éditions
Nombre de pages : 152.
Prix : 16 € (neuf)

Résumé de l’éditeur

Considéré comme l’un des nouveaux maîtres de la bande dessinée chinoise, Pocket Chocolate revient avec deux histoires courtes et un recueil de ses plus belles illustrations.

Mon avis

C’est sur la plate-forme de financement participative Ulule que la maison d’édition derrière Pocket Chocolate a rendu possible la publication de cet ouvrage. Un recueil où le lecteur peut se familiariser avec le travail de l’auteur, assez méconnu en France. Le livre débute par l’histoire « Une nuit calme et tranquille » où l’on découvre un style graphique parfaitement enchanteur ! A noter que tout est en couleurs, ce qui permet d’apprécier durant les premières pages de tons plutôt doux, entre pastel et aquarelle. Pocket Chocolate a pour qualité d’avoir une patte graphique reconnaissable, qui penche donc ici vers la douceur. L’histoire est mignonne, naïve par certains aspects et le propos, l’amitié entre deux filles très différentes, nous mènera vers des réflexions hélas un peu trop abstraites. C’est plein de bons sentiments mais cela manque de consistance. La conclusion est à ce titre aussi belle qu’incompréhensible. Puis on change radicalement de ton et de style graphique avec « I killed myself », une histoire qui fait forcément penser à l’auteur chinois Benjamin – on comprend pourquoi dans la courte postface qui suit. C’est beaucoup plus mature et sombre, et ça se présente davantage comme un comics… mais chinois ! Le problème dans cette seconde histoire, c’est d’être un peu expéditive et de laisser croire qu’on a affaire à l’histoire d’un schizophrène. L’auteur avoue lui-même être perplexe sur cette histoire avec le recul, mais il est très intéressant de constater à quel point l’auteur à su faire évoluer son style entre les deux histoires de ce recueil. A noter certaines illustrations en pleine page ou certains personnages particulièrement réussis, ce qui m’amène à la conclusion de cette chronique puisque l’ouvrage contient près de cinquante pages d’illustrations et autres croquis mais aussi portraits que l’auteur à fait pour des conventions ou dédicaces. En définitive, c’est un bel ouvrage, plutôt éclectique et intéressant pour découvrir l’auteur et son évolution. Je parlerai très prochainement de son oeuvre en deux tomes « Crystal sky of yesterday ».

Prometteur jusque dans l’esthétique !

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[Chronique] Émotions : enquête et mode d’emploi (T.1 et T.2)

 

Scénario & dessins : Art-mella (avec la collaboration d’Isabelle Padovani sur le tome 2)
Date de sortie :
 1er juin 2016 (T.1) et 10 juin 2017 (T.2)

Editeur : Editions Pourpenser
Nombre de pages : 48 (T.1) et 48 (T.2).
Prix : 14,90 € (par tome)

Résumé de l’éditeur

Tome 1 : Art-mella est une jeune femme qui aime chercher des réponses aux questions qu’elle se pose. Pendant quelques années, Art-mella est allée à la rencontre de spécialistes des émotions, s’est documentée, a lu et a participé à de nombreux stages. Le succès de sa première BD, Friandises philosophiques, lui a donné envie d’utiliser ce format pour partager ce qu’elle avait appris au cours de cette longue et passionnante enquête. Au cours de l’écriture, Art-mella s’est rendu compte qu’un tome ne suffirait pas à donner l’ensemble des clés. Mais déjà, vous avez avec ces premières planches de quoi mener votre propre enquête intérieure. Bon voyage à vous !

Tome 2 : Dans le premier tome de cette série, Art-mella s’est intéressée à la nature des émotions. A travers l’enquête menée en compagnie de Rator nous avons découvert la boussole des émotions, le triangle des Bermudes multitemporel et dégusté les biscuits de la pleine conscience ! La suite de cette enquête nous invite à visiter notre jardin intérieur et à remonter à la source de nos émotions. Le jardinage et les arts-martiaux réservent quelquefois des surprises… Comme bien des voyages, c’est en cheminant que l’on s’aperçoit que le paysage est encore plus riche que nous le pensions au départ.

Mon avis

Dans le premier tome, nous faisons la connaissance d’Art-mella, une jeune femme qui ne manque pas d’humour et dont la curiosité va l’amener à faire de multiples recherches qu’elle souhaitera par la suite partager par le biais… d’une bande-dessinée. Et le résultat est une formidable réussite ! Son dessin mêlé à la façon dont elle synthétise ses recherches / découvertes rend le propos à la fois pertinent, ludique et très agréable à lire. Découpé en strips, les différentes sous thématiques – forcément toutes liées aux émotions – sont abordés efficacement, avec des métaphores, citations et situations qui interpellent. Une richesse incroyable est contenue dans ce petit ouvrage. Ce premier tome achevé, je n’avais qu’une hâte, lire le second afin de voir ce qu’il était encore possible d’apprendre et de comprendre.
Le second tome a été construit et rédigé avec la collaboration d’une experte en communication nonviolente. Il s’agit ici d’approfondir et de répondre à une question simple et complexe à la fois : quel est le besoin caché derrière une émotion ? La quatrième de couverture précise également qu’il s’agit là de remonter à la source de nos émotions. S’il y a un peu moins de « diversité » dans les différents angles puisqu’il s’agit quasi exclusivement de parler de nos besoins, j’ai apprécié la mise en situation et cette volonté d’insister sur le procédé, sur la manière dont nous pouvons agir afin d’améliorer nos relations à travers notre communication. Ce second tome est un peu plus dense en dialogue mais parvient tout de même à faire de belles synthèses – le tableau des principaux besoins est à ce titre exemplaire et d’une très grande aide. En définitive, deux BD écrites et construites comme des outils destinés à tous, y compris pour les plus jeunes qui auront là un moyen de mieux se comprendre et de mieux interagir avec les autres. A mettre entre toutes les mains donc, c’est un cadeau idéal à offrir !

A lire absolument ! Instructif et pertinent !

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Le site d’art-mella

[Chronique] Red Angels

Scénario : Li Yaosha.  Dessins : Seven.
Date de sortie :
 4 novembre 2016

Editeur : Urban China
Nombre de pages : 148.
Prix : 15 € neuf et environ 9€ d’occasion

Résumé de l’éditeur

Une plongée en apnée dans la prostitution chinoise.
La première est mariée un homme qui la bat, et tapine pour l’aider à rembourser ses dettes de jeu. La seconde, âgée d’un quarantaine d’années, a quitté l’usine et travaille dans la rue pour payer des études à ses filles. La troisième, jeune campagnarde un peu naïve, essaye de trouver un homme bon qui la sortira de là pour l’épouser. Leur destin va basculer avec le plan de restructuration urbaine de la Chine et l’apparition du sida.

Mon avis

Ce qui frappe au premier coup d’oeil, c’est le style graphique, visible dès la couverture. Et évidemment, il y a le propos. Ce qu’il faut bien comprendre avant de poser son regard dans cette oeuvre, c’est qu’il s’agit là d’une non-fiction et de ce fait, de l’intention commune de deux auteurs de parler d’un sujet important. A ce titre, la préface est remarquable et nous plonge immédiatement dans l’état d’esprit nécessaire pour aborder un tel récit. Puis une première partie est introduite par un court texte, lui aussi évocateur et sans détour. A peine ai-je lu les vingt premières pages que le ton est donné, les personnages sont présentés et la noirceur est grandiose, marquante. Troublante et violente. Impossible de faire marche arrière. Entre curiosité malsaine et volonté de connaitre la vérité, je tourne les pages. L’histoire est racontée par le gardien d’un immeuble qui côtoie trois prostituées bien distinct, il est le spectateur de leurs vies mais aussi, parfois, acteur à travers ses interventions et échanges avec elles – rien de sexuel cependant. Il s’efforce de comprendre les raisons sur la vie qu’elles mènent, sur ce qui les a amenés à devenir des prostituées. Aucune concession n’est faite sur la violence faite à ces femmes, du viol jusqu’aux coups menant à un bain de sang. Pour lire cette histoire, il faut avoir le coeur bien accroché, ne pas craindre d’affronter une réalité crue à base de drogue, de sexe et d’injustices. Le sida est également abordé, et il est intéressant de constater l’omniprésence de la cigarette, qui accompagne quasiment toutes les prostituées. Comme un symbole du mal-être qui les habite. Une histoire poignante sur ces multiples prostituées, qui mérite une lecture sérieuse pour comprendre les travers de la société et multiplier les prises de conscience sur la gravité et les dangers de notre société, qui dépasse celle d’une Chine racontée au passé. Car certes, le récit se situe à une époque antérieure, mais le propos est hélas toujours d’actualité ; il a muté mais il reste tout aussi intolérable et dramatique.  

Notation 5

Un manhua profondément difficile et violent.

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{Chronique} Hibakusha

Scénario : Barboni Thilde.  Dessins : Olivier Cinna.
Dates de sortie :
 5 mai 2017.
Editeur : Aire Libre (Dupuis)
Nombre de pages : 64.
Prix : 16,50 €

Résumé de l’éditeur

Ludwig Mueller est un traducteur-interprète allemand aux ordres du parti hitlérien. Alors que la Seconde Guerre mondiale entame un virage inquiétant, ce mari désabusé et père peu préoccupé par sa famille est envoyé à Hiroshima afin de travailler sur des documents confidentiels, au contenu crypté. Là-bas, il lui est cependant impossible d’échapper à ses tourments qui se gravent dans sa chair et lui causent d’intenses douleurs. C’est alors que sa rencontre avec une belle Japonaise va bouleverser toutes ses convictions, jusqu’au plus profond de son âme…

Mon avis

La quatrième de couverture, différente du résumé de l’éditeur, m’a vraiment inviter à l’ouvrir, a faire connaissance avec ces personnages et ce contexte impossible pour une histoire d’amour. La lecture est très (trop) rapide, on effleure les personnages mais on est vite baigné dans l’effroi de la fin de la seconde guerre mondiale. Les scène se succèdent avec parfois beaucoup de poésie mais ça manque cruellement de nuances, on en vient vite à deux êtres déshabillés juste pour démontrer le désir. Ça manque de subtilité, même si c’est probablement réaliste ainsi pour beaucoup. Je n’ai pas été conquis par le dessin, les gros plans et visages d’un même personnage ne se ressemble pas, ça manque de finesse, c’est abrupte et les émotions se lisent assez mal sur ces mêmes personnages. La colorisation est par contre une belle réussite, et quelques planches sont tout de même très belles – je pense notamment à la toute dernière, plutôt bien trouvée bien qu’exécutée là encore un peu trop « à la va vite ». Le plus gros reproche finalement, c’est qu’on effleure un peu tout. La BD synthétise beaucoup de choses en général, mais ici on ressort de la lecture avec un sentiment de trop peu, les soixante quatre pages se terminent en un claquement de doigt, ne laissant pas le temps aux émotions et aux sentiments de marquer les esprits ; enfin c’est en tout cas mon ressenti. A conseiller malgré tout, car cette histoire reste belle et troublante si l’on ne se précipite pas à tout lire rapidement.

Une BD qui laisse sur notre faim.

 

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{Chronique} Où sont passés les grands jours

Scénario : Jim.   Dessins et couleurs : Alex Tefenkgi. 
Dates de sortie :
 15 janvier 2014 (T.1) / 2 septembre 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 70 + 84.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

« On savait tous qu’un jour il faudrait devenir des adultes. Personne ne nous avait dit que ça viendrait si vite ». C’est une histoire de trentenaires. C’est l’histoire d’Hugo, Etienne et Jean-Marc. Mais c’est aussi l’histoire de Fred, que personne n’oublie. C’est l’histoire d’un testament. C’est le parcours d’un homme. C’est cet instant où, tout au fond de la piscine, il va falloir donner une impulsion pour remonter à la surface. C’est une histoire de renaissance. D’un père avec sa fille, d’un inconnu au bout du téléphone, mais aussi d’un lance-pierre, de huit places de concert classique, d’un livre, un monocycle et un bête accordéon… C’est l’histoire de la vie. La vie, plus forte que tout.

Mon avis

Le premier constat est visuel, tant les premières pages ont une colorisation plus terne, plus « tristes ». Il faut dire que l’histoire commence dans un cimetière, pour nous plonger directement dans le vif du sujet : comment vit-on la mort d’un ami ? Pas de n’importe quel ami, on parle ici de son meilleur ami, celui avec qui l’on a fait les quatre-cents coups et qui, soudain, nous quitte. Un choix difficile, cruel et qui laisse des traces dans les esprits, au point de faire perdre les pédales. Le scénario est ici encore rudement bien écrit, Jim parle du deuil et de la façon dont on peut le vivre, selon l’angle que nous avons de la scène ou du drame. Jim n’est pas au dessin ici, mais il collabore avec l’excellent Alex Tefenkgi dont le dessin colle parfaitement à l’univers ; son dessin est précis, mélancolique et le choix des couleurs, comme évoqué au tout début, retient l’attention par la justesse des éclairages et des ambiances, marquées par les difficultés inhérentes à la perte d’un proche. On ne verse pas dans le mélodrame, on met parfois le pied dans quelques clichés qui, là encore, ont du sens et sont particulièrement dans le vrai. Car nous sommes humains, nos réactions se ressemblent, de près ou de loin, et on fini forcément par s’identifier à certains passages, à certains ressentis, de près ou de loin selon notre vécu. Les deux albums nous parlent avec sincérité, nous bousculent un peu sur nos positions, et propose un rebondissement final à la hauteur du talent de Jim, qui sait nous parler avec autant de douceur que de gravité. Une bande-dessinées qui parle de la vie, celle qu’on a la chance de vivre ou celle qui s’arrête pour les autres, qui ouvre les yeux et nous fait réfléchir sur autrui.

Un passage dans la narration a retenu toute mon attention, j’y trouve beaucoup de sens : « Je n’écris pas pour être lu, mais pour faire taire le vacarme. »

Une BD évoquant le deuil avec pertinence.

{Chronique} De beaux moments

Scénario : Jim.  Dessins : Jim.  Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 28 octobre 2015.
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 134.
Prix : 18,90 €

Résumé de l’éditeur

C’est à l’instant où ils nous filent entre les doigts qu’on réalise que c’était de beaux moments… Des histoires courtes. Des regards tendres et justes sur l’essence de nos vies. Des histoires de temps qui passe, d’amour, d’amitié, de corps ou de souvenirs que l’on farde pour s’arranger un peu avec la réalité. Des histoires simples qui n’ont d’autre point commun que leur profonde humanité et leur capacité à nous faire prendre conscience des beaux moments…

Mon avis

Etant particulièrement admiratif du travail de Jim à travers les thématiques qu’il choisit et de la façon dont il nous raconte les histoires, je ne pouvais que poursuivre mes chroniques sur ses oeuvres en m’attardant cette fois-ci sur cet excellent recueil d’histoires courtes. De beaux moments est composé de douze histoires où, très vite, on reconnaitra la patte graphique de l’auteur mais aussi ses tics : les femmes sont belles, l’infidélité n’est jamais loin et il y a très souvent un cendrier ou de l’alcool au milieu de tous ces gens. Cela contribue d’une certaine manière à mettre en lumière toutes les imperfections de la réalité, pour accompagner des histoires qui le sont aussi d’une certaine façon, pour parler à nous autres humains imparfaits. Jim a ce don de dessiner cette réalité qui touche en plein coeur, qui nous interroge et nous fait prendre conscience de ce qui nous entoure, de nos faiblesses, de nos écarts de conduite, du temps qui passe mais aussi et surtout, de l’importance des bons moments. Car c’est sur ce point que l’auteur s’est focalisé, avec plus ou moins de pertinence selon notre propre définition du beau moment. Certaines histoires m’ont donc logiquement moins marquées quand d’autres, au contraire, m’ont totalement conquis. J’ai notamment été très sensible à la nostalgie d’un couple qui vieillit et qui continue de se préoccupé du désir de l’autre. J’ai aimé retrouvé Marie d’Une nuit à Rome (sa muse !) à travers une histoire rudement bien écrite. J’ai beaucoup ri sur l’histoire de Krazinski et ses vannes mémorables. J’ai particulièrement été sensible au sujet des photographies que l’on entasse dans nos téléphones ou de celles que l’on partage… Bref, s’il y a une ou deux histoires qui m’ont laissé un peu de marbre, c’est tout simplement parce qu’elles s’adressaient davantage au vécu d’autres personnes, me laissant ainsi reprendre ma place de lecteur plutôt que d’acteur. Pour finir, je tiens vraiment à souligner la qualité d’écriture et l’intelligence avec laquelle sont racontés ces tranches de vie. Un recueil que je conseille donc vivement, pour sa richesse, ses imperfections (nous rappelant les nôtres), sa beauté graphique incroyable et sa pertinence. Et puis surtout, parce qu’il vous fera passer un bon moment. 

 

130 pages sur l’importance de nos vies.

{Chronique} Un petit livre oublié sur un banc (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Mig.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 12 mars 2014 (T.1) / 29 avril 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 53 + 54 (intégrale de 102 pages) 
Prix : 14,50 € le tome ou 19,90 € l’intégrale.

 

Résumé de l’éditeur

« Certains livres peuvent changer une vie… »

Camélia est assise sur un banc. À côté d’elle, un livre est posé là, abandonné. Elle le feuilleté. Dedans, un mot de la main d’un inconnu l’invite à l’emporter…

Chez elle, Camélia découvre que certains mots sont entourés ici et là, et que ces mots forment des phrases… L’inconnu dit s’ennuyer dans sa vie de tous les jours et rêve d’une vie amoureuse forte et bouleversante, comme on en lit seulement dans les romans. « Mais combien sommes-nous à rêver d’une vie romanesque ? ».
Camélia entoure six mots en réponse : « nous » « sommes » « deux », « vous » « et » « moi »… Et elle retourne déposer le petit livre tout là-bas, sur un banc…

À l’heure des textos et du livre numérique, « En petit livre oublié sur un banc » est une histoire pleine de charme entre deux amoureux des livres… Une liaison épistolaire tendre et attachante, à contrecourant du flot numérique actuel…

Mon avis

Jim a ce don de présenter les choses de façon très humaine : cette histoire lui a été inspirée par un vieil homme qui déposait des livres sur des bancs pour continuer à les faire vivre après les avoir lus. De là nait cette histoire où une jeune femme, Camélia, se retrouve confrontée à cet étrange livre pas forcément très intéressant au premier abord mais qui, étrangement, contient des mots entourés. De là naît une curiosité que nous aurions tous eu je pense, même si j’ai trouvé que ça partait un peu trop loin – mais tout dépend de l’implication émotionnelle de chacun. Il faut dire aussi que ce que soulève aussi et surtout cette BD, c’est la façon de gérer son couple. Le copain de Camélia parait cliché dans sa façon d’être mais Jim soulève avec une assez grande justesse la comportement des hommes. Il y a aussi ce problème récurrent et auquel je suis sensible, à savoir la façon vulgaire dont les gens peuvent parler des relations amoureuses, en se focalisant sur le sexe plutôt que sur l’amour lui-même. Les hommes ont la plupart des mauvais rôles et, à travers eux, se distinguent les différents problèmes très ancrés dans la société actuelle, notamment envers la femme, l’amour et le couple. Mais ce qu’il faut retenir, c’est la beauté et la pureté de l’intention de départ, celle de laisser un livre pour lui donner vie et, possiblement, de passer un message ou de faire rêver – à ce titre la conclusion de cette histoire est une franche réussite. J’ai aimé le dessin de Mig, très adapté au propos et à la plume de Jim. Au final, c’est une lecture qui pourra faire un peu grincer des dents par les clichés qu’il propose mais qui nous fait réfléchir sur notre rapport aux autres et aux moyens que nous avons de communiquer. Le décalage avec les moeurs actuels où la technologie prédomine est réellement intéressant, et amène à penser que finalement, nous devrions tous prendre la peine de libérer nos livres pour en faire des passerelles pour d’éventuels rencontres et partages. 

 

Une jolie histoire qui fait réfléchir

{Chronique} Héléna (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Lounis Chabane.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 1 octobre 2014 (T.1) / 4 mars 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 76 + 78.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

Du plus loin que je me souvienne, Simon a toujours eu peur des jolies filles. Le jour de son mariage, Simon aperçoit Héléna sur la grande place de la mairie de Nice. Héléna, la beauté de sa classe quand il était enfant, son grand amour… celle qu’il aime depuis toujours et qui ne s’est jamais intéressée à lui. Entre eux, c’est juste un échange furtif, rien de plus. Mais un échange suffisant pour que Simon refuse de dire le petit «oui» durant la cérémonie de son propre mariage. Il aime Héléna, plus que tout. Et comme cet amour est unilatéral, lui vient une idée bien curieuse… Il lui propose de lui offrir 1000 euros, en échange de trois heures de sa présence tous les jeudis après-midi…

Helena - Art

Mon avis

Rarement un résumé aura autant éveillé mon intérêt et ma curiosité. Tous les ingrédients étaient réunis sur ces quelques lignes pour pouvoir envisager de lire une histoire singulière, une histoire qui ne me laisserai pas insensible. Une histoire où il s’agit de parler d’un amour aussi bien physique que psychologique, de ceux qui vous amène à aimer de façon disproportionnée et dont la logique ne dépend que de sentiments incontrôlables. Cet amour qui ne s’éteint jamais vraiment, qui rend dépendant, qui éveille l’âme et mène aux plus grandes folies. Sauf qu’ici, l’amour n’est pas réciproque et ne se reflète pas chez l’autre ; il est cruellement à sens unique. La beauté du propos tient sur le fait que l’amour ne s’achète pas… ou presque. Car il faut dire que l’idée de Simon a beau être farfelue sur le papier, elle n’en reste pas moins profondément belle, respectueuse et révélatrice. C’est ce qui rend cette histoire attachante, troublante et passionnante. Le dessin de Lounis Chabane est fin, raffiné et élégant, il dessine les femmes en leur donnant une prestance et une dimension réaliste, elles sont expressives, elles ont du charisme. La colorisation de Delphine est impeccable, elle sublime le dessin. Quant au scénario de Jim, il est subtil, brillant et intelligent, on sent une volonté de rendre cette histoire marquante et pertinente à la fois, malgré un postulat de départ semblant surréaliste – payer 1000 euros une fille pour qu’elle reste trois heures avec nous, ça semble fou mais ne serions-nous pas capable de le faire par amour ? Alors oui, il y a sûrement quelques clichés ici et là mais la vie elle-même est bâtie autour de ces clichés. Et puis c’est avant tout une histoire très humaine qui nous amène vers de nombreux questionnements, sur notre rapport à l’amour et aux autres. J’ai énormément aimé ces deux tomes, il m’a été impossible de décrocher un seul instant tellement je me suis attaché aux personnages. La fin est très belle pour diverses raisons, mais il faut avoir le coeur bien accroché et ne pas s’étonner de verser quelques larmes – ce fut mon cas. Un vrai chef d’oeuvre de sensibilité et d’humanité. 

Notation 6

Une histoire dont on ne sort pas indemne.

Helena - Extrait 1

 

The Art of Makoto Shinkai

MakotoShinkai

Date de sortie : 30 juin 2015 (en anglais)
Editeur : Vertical
Nombre de pages : 175

Prix : Environ 30 €
Présentation 2

Makoto Shinkai, c’est ni plus ni moins l’artiste que j’admire le plus. Réalisateur de longs et courts métrages japonais, producteur, animateur, graphiste, auteur de plusieurs romans, scénariste et doubleur (!), c’est un génie dont les oeuvres sont à la fois touchantes, sensibles, poétiques et esthétiquement fabuleuses. L’art de Makoto Shinkai est un artbook qui rassemble une bonne partie de ses premiers travaux, et exclusivement de 5cm par seconde, La tour au delà des nuages et The voices of a distant stars.

Contenu

Tout au long de l’ouvrage, on parcours essentiellement les « backgrounds » de ses films, autrement dits les décors ou arrières-plans magnifiques qui montrent bien la touche personnelle de Makoto Shinkai, qui accorde une importance toute particulière aux environnements pour qu’ils subliment et accompagnent les messages qu’il nous délivre. Un soin qui saute aux yeux tant les détails sont extraordinaires et nous offrent au fil des pages des panoramas incroyables. Les paysages sont de toute beauté et on remarquera les différents éléments clés qui constituent les oeuvres de l’artiste, à savoir les trains, le ciel (de jour ou étoilé), la pluie, l’espace et ce contraste entre l’urbain et la nature. Chaque page est un émerveillement qui exprime toute la sensibilité de l’artiste, avec toute la volonté que son propos soit parfaitement mis en image. Des propos axés essentiellement sur l’amour, l’adolescence, la distance et la séparation. Des thèmes mélancoliques traités avec une rare délicatesse, avec une dimension humaine incroyable, bien distinct des moeurs d’aujourd’hui.

Mon avis

Il me sera impossible de dire le moindre mal de cet ouvrage tant il est d’une richesse incomparable et d’une beauté inouïe. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il s’agit ici de paysages à contempler, il n’y a pas de personnages. Ce sont uniquement des arrières-plan. Une façon de pouvoir admirer autant de fois qu’on le souhaite ce qui, à l’écran, apparait en arrière plan, ne nous laissant que peu de temps pour apprécier le soin apporté au moindre recoins, au moindre détails. C’est un artbook particulier qui ne montrera que très peu les travaux, ébauches et crayonnés – à la toute fin du livre, quelques pages montrent tout de même le procédé et les techniques employées. Les commentaires accompagnant les sublimes dessins donneront beaucoup de corps et d’âme à tout cela, et c’est là le but de cet ouvrage. Plutôt que de montrer du « step by step », on admire puis on découvre l’intention derrière. A noter que le format de l’artbook est rectangulaire, ce qui le rend agréable à prendre en main, la qualité du papier et d’impression est impeccable et fait honneur au travail de l’artiste. Je le recommande chaudement, à toutes celles et ceux qui voudraient un peu d’évasion, de douceur et de poésie. Ce n’est pas seulement un coup de coeur, c’est bien au-delà.

Notation 6

L’art de Makoto Shinkai est un diamant à l’état brut. 

Galerie

 

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[Chronique ] Time of Eve ⌊♥⌋

time_of_eve

Date de sortie : 6 mars 2010 (Japon) – 1er mai 2015 (USA)
Durée : 1h46min
Genres : Drame, Science-fiction
Un film d’animation japonais de Yasuhiro Yoshiura

 

* Synopsis *

Dans un futur pas si lointain, les androïdes sont devenus d’usage normal, si bien que les humains les traitent comme des objets de tous les jours. Néanmoins, certaines personnes sont attirées par ces androïdes à cause de leur apparence humaine (mis à part l’anneau flottant au-dessus de leurs têtes), et c’est devenu un problème de société. Un jour, Rikuo, qui prenait les robots pour choses acquises, découvre que son androïde domestique, Sammy, agit bizarrement et trouve une phrase enregistrée dans son journal d’activités. Avec son ami Masaki, il décide alors de suivre Sammy et tombe sur un café inhabituel, où la première règle est de ne pas faire de différence entre humains et androïdes.

* De la science-fiction/réflexion *

Le contexte futuriste et la définition de science-fiction pour ce film d’animation est marqué par la présence d’androïdes hyper réalistes ainsi que par un milieu urbain manquant cruellement de verdure. Une vision néanmoins épurée et suffisamment cohérente pour ne pas se perdre dans la surenchère d’éléments futuristes. Pas de fioritures, ce qui nous intéresse ici, c’est la relation entre l’homme et la machine. Nous faisant très vite connaissance avec Rikuo ainsi que de son androïde Sammy. S’ajoute à eux le camarade de classe de Rikuo, le très farouche Masaki. Maintenant que les présentations sont faites, ne vous attendez pas à de l’action barbare, des scènes à couper le souffle et des combats épiques. Time of Eve, c’est avant tout un scénario millimétré qui explore les relations humaines (et pas que !) pour nous amener à de profondes réflexions sur notre rapport avec la technologie, avec la différenciation entre une âme et une intelligence artificielle développée. C’est essentiellement au coeur du Eve no jikan que nous allons faire la rencontre de diverses personnages tous aussi mémorables les uns que les autres. Se développe ainsi une psychologie profonde entre humains et androïdes, sans que l’on ne sache au départ qui est qui (ou quoi). Tout est brillamment raconté au fil de cette jolie fable futuriste.

* Cinq ans plus tard sur Kickstarter * 

Time of Eve, c’est au départ une série d’OAV composé de six épisodes, qui ont donné lieu à ce film « compilation » qui s’est vu ajouté quelques scènes. La découpe n’est absolument pas perceptible et l’histoire s’enchaîne à merveille. Il faut savoir que le parcours de ce film est particulièrement atypique : sorti en 2010 au Japon, il n’a pendant longtemps pas eu le droit à une localisation occidentale. Il a fallu la création d’un Kickstarter lancé par Directions et le Studio Rikka pour mobiliser les fans et localiser le film sur le marché US dans une version blu-ray. Le succès de la campagne (215 233 dollars !) est tel qu’une version dénommée « International » voit le jour, puisque les sommes récoltées permettent de financer les sous-titres dans de nombreuses langues… dont le français ! C’est même un coffret comprenant un mini artbook et l’OST qui sortira cinq ans après la sortie japonaise. Malgré le succès du crowfunding, le film reste bien trop méconnu et n’a officiellement jamais bénéficié d’une sortie en Europe. Pourtant, le réalisateur à qui nous devons Time of Eve sort le plus populaire Patéma et le monde inversé – excellent au passage – quelques années plus tard. Un film suffisamment acclamé par la critique pour se voir bénéficié d’une sortie spontanée chez @nime. 

♥ Mon avis ♥

Rares sont les films d’animation à m’avoir fait cet effet. Je suis resté scotché tout le long du film, ébloui par la richesse et la beauté graphique – c’est assez sobre et volontairement peu coloré. L’animation est impeccable, certains plans et effets sont renversants, j’ai été surpris qu’un animé de 2010 propose une telle originalité graphique. J’ai aussi beaucoup apprécié le character design, chaque personnage est identifiable, dégage une émotion palpable, et il y a cette profonde et intéressante réflexion sur le fait de savoir s’il s’agit d’un(e) humain(e) ou non. Ce qui m’a fasciné et transporté, c’est la dimension philosophique du film, le fait de mettre en avant chaque émotion, de la traiter sous tous les angles avec intelligence, sans faire de surenchère, et sans fioritures. On devine sans mal les sentiments qui émanent de chaque individu, sans connaître leur histoire, ce qui ne manquera pas de surprendre et de nous faire réfléchir sur nos rapports humains. Les dialogues sont à ce titre rudement bien écrits, c’est profond sans être tiré par les cheveux – car oui, les japonais ont parfois une manière bien à eux de s’exprimer et cela peut vite devenir difficilement compréhensible. Ici, c’est limpide, subtil et tout est dit avec une grande sagesse et poésie. Time of Eve a de science-fiction le fait d’être lui-même un OVNI, il n’a aucun équivalent dans son domaine malgré que une thématique déjà traitée. Ici, ce n’est pas seulement un film, c’est une réflexion sur la vie, celle de notre présent et, peut-être, celle de notre futur.

Notation 6

Un chef d’oeuvre unique, intelligent et marquant.

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