[Chronique] Une nuit calme et paisible

Scénario et dessins : Pocket Chocolate.
Date de sortie :
 14 avril 2017

Editeur : Kotoji éditions
Nombre de pages : 152.
Prix : 16 € (neuf)

Résumé de l’éditeur

Considéré comme l’un des nouveaux maîtres de la bande dessinée chinoise, Pocket Chocolate revient avec deux histoires courtes et un recueil de ses plus belles illustrations.

Mon avis

C’est sur la plate-forme de financement participative Ulule que la maison d’édition derrière Pocket Chocolate a rendu possible la publication de cet ouvrage. Un recueil où le lecteur peut se familiariser avec le travail de l’auteur, assez méconnu en France. Le livre débute par l’histoire « Une nuit calme et tranquille » où l’on découvre un style graphique parfaitement enchanteur ! A noter que tout est en couleurs, ce qui permet d’apprécier durant les premières pages de tons plutôt doux, entre pastel et aquarelle. Pocket Chocolate a pour qualité d’avoir une patte graphique reconnaissable, qui penche donc ici vers la douceur. L’histoire est mignonne, naïve par certains aspects et le propos, l’amitié entre deux filles très différentes, nous mènera vers des réflexions hélas un peu trop abstraites. C’est plein de bons sentiments mais cela manque de consistance. La conclusion est à ce titre aussi belle qu’incompréhensible. Puis on change radicalement de ton et de style graphique avec « I killed myself », une histoire qui fait forcément penser à l’auteur chinois Benjamin – on comprend pourquoi dans la courte postface qui suit. C’est beaucoup plus mature et sombre, et ça se présente davantage comme un comics… mais chinois ! Le problème dans cette seconde histoire, c’est d’être un peu expéditive et de laisser croire qu’on a affaire à l’histoire d’un schizophrène. L’auteur avoue lui-même être perplexe sur cette histoire avec le recul, mais il est très intéressant de constater à quel point l’auteur à su faire évoluer son style entre les deux histoires de ce recueil. A noter certaines illustrations en pleine page ou certains personnages particulièrement réussis, ce qui m’amène à la conclusion de cette chronique puisque l’ouvrage contient près de cinquante pages d’illustrations et autres croquis mais aussi portraits que l’auteur à fait pour des conventions ou dédicaces. En définitive, c’est un bel ouvrage, plutôt éclectique et intéressant pour découvrir l’auteur et son évolution. Je parlerai très prochainement de son oeuvre en deux tomes « Crystal sky of yesterday ».

Prometteur jusque dans l’esthétique !

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[Chronique] Red Angels

Scénario : Li Yaosha.  Dessins : Seven.
Date de sortie :
 4 novembre 2016

Editeur : Urban China
Nombre de pages : 148.
Prix : 15 € neuf et environ 9€ d’occasion

Résumé de l’éditeur

Une plongée en apnée dans la prostitution chinoise.
La première est mariée un homme qui la bat, et tapine pour l’aider à rembourser ses dettes de jeu. La seconde, âgée d’un quarantaine d’années, a quitté l’usine et travaille dans la rue pour payer des études à ses filles. La troisième, jeune campagnarde un peu naïve, essaye de trouver un homme bon qui la sortira de là pour l’épouser. Leur destin va basculer avec le plan de restructuration urbaine de la Chine et l’apparition du sida.

Mon avis

Ce qui frappe au premier coup d’oeil, c’est le style graphique, visible dès la couverture. Et évidemment, il y a le propos. Ce qu’il faut bien comprendre avant de poser son regard dans cette oeuvre, c’est qu’il s’agit là d’une non-fiction et de ce fait, de l’intention commune de deux auteurs de parler d’un sujet important. A ce titre, la préface est remarquable et nous plonge immédiatement dans l’état d’esprit nécessaire pour aborder un tel récit. Puis une première partie est introduite par un court texte, lui aussi évocateur et sans détour. A peine ai-je lu les vingt premières pages que le ton est donné, les personnages sont présentés et la noirceur est grandiose, marquante. Troublante et violente. Impossible de faire marche arrière. Entre curiosité malsaine et volonté de connaitre la vérité, je tourne les pages. L’histoire est racontée par le gardien d’un immeuble qui côtoie trois prostituées bien distinct, il est le spectateur de leurs vies mais aussi, parfois, acteur à travers ses interventions et échanges avec elles – rien de sexuel cependant. Il s’efforce de comprendre les raisons sur la vie qu’elles mènent, sur ce qui les a amenés à devenir des prostituées. Aucune concession n’est faite sur la violence faite à ces femmes, du viol jusqu’aux coups menant à un bain de sang. Pour lire cette histoire, il faut avoir le coeur bien accroché, ne pas craindre d’affronter une réalité crue à base de drogue, de sexe et d’injustices. Le sida est également abordé, et il est intéressant de constater l’omniprésence de la cigarette, qui accompagne quasiment toutes les prostituées. Comme un symbole du mal-être qui les habite. Une histoire poignante sur ces multiples prostituées, qui mérite une lecture sérieuse pour comprendre les travers de la société et multiplier les prises de conscience sur la gravité et les dangers de notre société, qui dépasse celle d’une Chine racontée au passé. Car certes, le récit se situe à une époque antérieure, mais le propos est hélas toujours d’actualité ; il a muté mais il reste tout aussi intolérable et dramatique.  

Notation 5

Un manhua profondément difficile et violent.

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[Chronique] Le Pavillon de l’Aile Ouest

le pavillon

Date de sortie : Août 2007
Editeur : Xiao Pan
Nombre de pages : 112.
Prix : Environ 12 € (Occasion – RARE)

Résumé

Xi Xiang Ji est l’un des grands classiques d’histoire d’amour en Chine. Tiré à l’origine d’une nouvelle écrite au IXme siècle, adapté pour le théâtre par WANG Shifu, il raconte l’idylle entre la fille de nobles chinois, et un jeune lettré préférant vagabonder plutôt qu’étudier. Mais l’Amour lui fera donner le maximum de lui-même, afin de conquérir, surtout, le coeur de sa (future) belle-mère.

Mon avis

Voici une bande-dessinée chinoise tout à fait particulière. Déjà, il faut noter la singularité du livre en lui-même puisque les pages sont plus épaisses et couleur sépia, donnant un aspect un peu « ancien » très réussi se mariant à merveille avec le dessin de Guo Guo. D’ailleurs on ne va pas passer par quatre chemins : c’est très, très beau. J’ai rarement été autant émerveillé par les illustrations mais j’y reviens un peu plus loin. Parlons du scénario, hélas assez secondaire et donnant l’impression qu’il n’est que prétexte pour admirer le travail de l’artiste.

Il s’agit d’une histoire d’amour très classique entre une fille d’une grande famille et un homme issu d’un milieu plus modeste. Les circonstances les amènent à se rencontrer alors qu’elle semble inatteignable. Puis elle apprend qu’elle doit épouser un homme de haut rang plutôt malsain, tandis que la ville est attaquée. Tout s’enchaîne à une vitesse folle et le dénouement survient si vite qu’on n’a absolument pas le temps de l’apprécier. C’est léger, pas franchement original mais loin d’être désagréable. J’ai apprécié cette simplicité, ce coté très suranné. Il faut simplement aimer les histoires (très) fleur bleue (moi j’aime bien hihi !) et accepter de lire une histoire qui se contente de faire le minimum (le nombre de pages y oblige).

La grande force de cet ouvrage, ce sont donc les illustrations de Guo Guo qui font de chaque case un tableau. Le niveau de détail dans les décors, les kimonos, les chevelures et les visages est admirable, les couleurs sont somptueuses et on ressent une sensibilité très féminine dans les personnages, y compris dans celui du héros principal. Il y a quelques illustrations en pleine page qui sont d’une élégance rare, et à cela s’ajoute une vingtaine de pages en fin d’ouvrage où il sera possible d’en prendre plein les yeux face au talent de cette dessinatrice, qui conjugue à la perfection l’esthétisme et le raffinement. C’est simple, on a le sentiment de parcourir une petite galerie de peintures chinoises où la minutie et la grâce de chaque oeuvre est un pur moment de contemplation et de délectation.

 

Notation 6

Un coup de coeur pour l’esthétique fabuleuse !

Galerie

[Chronique] La pluie du paradis

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Date de sortie : Novembre 2008
Editeur : Casterman
Nombre de pages : 124.
Prix : Environ 9 € (d’occasion)

Résumé

Une petite ville du sud de la Chine est le théâtre de trois récits qui mêlent avec brio amour et passion pour la peinture. Deux amoureux se préparent au départ du jeune homme pour une prestigieuse école de peinture. Un orphelin abandonné, recueilli par un vieux maître, décide de suivre la même voie que lui et d’apprendre l’art difficile de la peinture. Un jeune artiste, venu approfondir ses connaissances auprès d’un galeriste au caractère bien trempé, tombe sous le charme de la jeune fille de la maison. Chaque histoire interprète par ses joies, ses espérances, mais aussi ses tristesses et ses désillusions, ce qui fait l’essence même de la vie et de l’art : l’amour.

Mon avis

Ce recueil est entièrement en couleurs, ce qui est déjà un très bon point pour la mise en valeur du dessin. Le premier récit (ou nouvelle) ne fait que trois pages et adopte un style graphique bien distinct des deux autres. Un goût de trop peu – forcément – mais pourtant, en quelques cases et dialogues, dans un contexte futuriste défini de manière convaincante, on saisi l’intention de l’auteur : parler de la séparation. La seconde histoire adopte un graphisme plus sombre, en aquarelles. Un style qui n’est pas sans rappeler Benjamin (et dont une première chronique est déjà en ligne sur le site). Certains plans sont vraiment beaux mais l’histoire, qui ne fait que 23 pages, nous laisse un peu sur notre faim. En fait, je pense qu’il faut plutôt considérer ces deux premières histoires comme des tentatives, des tranches de vie qui ont amené (et aidé) l’artiste à bâtir l’histoire principale qui nous intéresse : La pluie du paradis. Dès les premières cases, on remarque un style graphique qui mix très intelligemment celles des deux premières histoires. C’est absolument magnifique ! La maitrise des décors, des visages et des couleurs est époustouflante. Le dessin est subtil, parfois très détaillé dans les émotions des personnages, parfois plus abstrait pour que le flou nous laisse imaginer une silhouette au loin. La pluie – forcément très présente – est parfaitement représentée, et j’ai été subjugué par la beauté très pure de Ling, cette jeune femme qui hante l’esprit de ce jeune artiste chanceux et talentueux. Il y a beaucoup de tristesse et d’humanité à travers les personnages, qui sont très attachants et m’ont arraché quelques larmes. La mélancolie et la séparation – encore plus marquée – sont au coeur de cette histoire très joliment raconté, alternant flashbacks et moment présent pour finalement se conclure d’une façon très touchante – mais un peu triste tout de même. L’amour, avec toute sa complexité, est ici représentée avec une sensibilité rare, et un certain pessimisme. Je ne peux que recommander de lire ce manhua méconnu qui reste encore facile à trouver d’occasion.

Notation 5

Un manhua à découvrir absolument !

Extraits

[Chronique] Love fragments Shanghai

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Date de sortie : 7 février 2008
Editeur : Xiao Pan
Nombre de pages : 112.
Prix : Environ 5 € (occasion)

Résumé

Love, fragments Shanghai raconte le destin de deux femmes. 
Lily est une executive-woman qui aime se poser dans le salon Cloud 9, un endroit calme où elle a ses habitudes. Alors que Lily se rend compte à qu’elle point elle a changé depuis un certain accident, elle entend la conversation au téléphone de Wen, une top-model. Cette dernière déteste se retrouver seule et pour oublier son histoire avec Jian, un photographe de mode, elle entretient une relation avec un homme marié. Pourtant, Wen ne cesse d’essayer de se rapprocher de Jian.

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Mon avis

Dès que ça parle d’amour et que les illustrations retiennent mon attention, j’évite de passé à côté. Et dans le cas de ce manhua, j’ai vraiment bien fait d’être curieux car la beauté du dessin n’a pas été trompeuse. Dès la première page, on est entrainé dans une réflexion pertinente sur l’amour à travers la préface d’un psychologue, qui nous évoque deux manières d’écrire l’amour dans l’usage des caractères chinois : avec ou sans la notion de coeur au milieu. Cela soulève immédiatement la délicate question du rapport amoureux, de ses travers, de ses subtilités et de la complexité que nous y ajoutons tous plus ou moins. Réalisé exclusivement pour le défunt éditeur Xiao Pan, cet ouvrage de Chaiko nous montre de manière très épuré mais néanmoins réaliste comment l’amour régie nos vies et influence le reste. La féminité des personnages est incroyable et on appréciera la présence de nombreux travaux de Chaiko à la fin du livre qui montre le travail minutieux de colorisation. Les dialogues ont l’originalité d’être placés sous les dessins et n’empêchent pas de très bien saisir la subtilité et l’intelligence qui ressort de cette histoire hélas trop courte. A lire de toute urgence !   

Notation 5

Singulier, poétique et marquant !

Extraits

[Chronique] Fleurs en suspens

Fleursensuspens

Date de sortie : 17 juin 2016
Editeur : Urban China
Nombre de pages : 128.
Prix : 15 € (Neuf)

Résumé

Mudan vient de quitter sa Chine natale pour emménager à Paris. Délicate et réservée, elle est à la fois émerveillée par ce nouvel environnement et perdue dans cette culture si différente de la sienne. Au fil de ses balades dans les rues de Montmartre, elle va découvrir la vie de ce quartier, ses traditions et ses habitants, dont Sakura, une Japonaise, et Adrien, un Français…

Mon avis

Tout en couleurs et avec un style pastel très agréable, ce roman graphique nous propose une balade dans les rues de Paris à la rencontre de Mudan, qui découvre ce nouvel environnement avec beaucoup de sensibilité. J’ai aimé ce graphisme singulier, avec des couleurs très douces qui donnent à Paris un caractère plus paisible. En revanche, les personnages sont inégaux, parfois mal représentés, de même pour certains décors. C’est dommage car globalement il y a de belles pages à parcourir. Le plus regrettable, c’est le manque de rythme dans cette histoire, non pas qu’il faille aller plus vite mais ça manque de consistance, de liant entre les protagonistes et leurs réflexions, c’est un peu hachurée et les enchainement sont parfois très confus. Cela m’a fait sortir de cette histoire et ne m’a pas permis de pleinement m’attacher aux personnages. C’est vraiment dommage car il y a de très beaux passages et une vraie identité au travers d’un dessin hélas inégal. A la fin de l’histoire, l’auteure nous fait la gentillesse de partager quelques conseils pour visiter Paris, et son regard sur notre culture est très intéressante, elle nous parle de son goût pour les vides-greniers, de salades et des nains de jardins. Enfin, nous avons une double page avec une mini interview nous permettant de mieux saisir ce qui nous aura peut être échappé lors de la lecture de son histoire. Je recommande tout de même de la lire en espérant que vous puissiez l’apprécier davantage que moi !

Notation 3

Un jolie roman graphique d’un quotidien parisien.

Extraits