{Chronique} Où sont passés les grands jours

Scénario : Jim.   Dessins et couleurs : Alex Tefenkgi. 
Dates de sortie :
 15 janvier 2014 (T.1) / 2 septembre 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 70 + 84.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

« On savait tous qu’un jour il faudrait devenir des adultes. Personne ne nous avait dit que ça viendrait si vite ». C’est une histoire de trentenaires. C’est l’histoire d’Hugo, Etienne et Jean-Marc. Mais c’est aussi l’histoire de Fred, que personne n’oublie. C’est l’histoire d’un testament. C’est le parcours d’un homme. C’est cet instant où, tout au fond de la piscine, il va falloir donner une impulsion pour remonter à la surface. C’est une histoire de renaissance. D’un père avec sa fille, d’un inconnu au bout du téléphone, mais aussi d’un lance-pierre, de huit places de concert classique, d’un livre, un monocycle et un bête accordéon… C’est l’histoire de la vie. La vie, plus forte que tout.

Mon avis

Le premier constat est visuel, tant les premières pages ont une colorisation plus terne, plus « tristes ». Il faut dire que l’histoire commence dans un cimetière, pour nous plonger directement dans le vif du sujet : comment vit-on la mort d’un ami ? Pas de n’importe quel ami, on parle ici de son meilleur ami, celui avec qui l’on a fait les quatre-cents coups et qui, soudain, nous quitte. Un choix difficile, cruel et qui laisse des traces dans les esprits, au point de faire perdre les pédales. Le scénario est ici encore rudement bien écrit, Jim parle du deuil et de la façon dont on peut le vivre, selon l’angle que nous avons de la scène ou du drame. Jim n’est pas au dessin ici, mais il collabore avec l’excellent Alex Tefenkgi dont le dessin colle parfaitement à l’univers ; son dessin est précis, mélancolique et le choix des couleurs, comme évoqué au tout début, retient l’attention par la justesse des éclairages et des ambiances, marquées par les difficultés inhérentes à la perte d’un proche. On ne verse pas dans le mélodrame, on met parfois le pied dans quelques clichés qui, là encore, ont du sens et sont particulièrement dans le vrai. Car nous sommes humains, nos réactions se ressemblent, de près ou de loin, et on fini forcément par s’identifier à certains passages, à certains ressentis, de près ou de loin selon notre vécu. Les deux albums nous parlent avec sincérité, nous bousculent un peu sur nos positions, et propose un rebondissement final à la hauteur du talent de Jim, qui sait nous parler avec autant de douceur que de gravité. Une bande-dessinées qui parle de la vie, celle qu’on a la chance de vivre ou celle qui s’arrête pour les autres, qui ouvre les yeux et nous fait réfléchir sur autrui.

Un passage dans la narration a retenu toute mon attention, j’y trouve beaucoup de sens : « Je n’écris pas pour être lu, mais pour faire taire le vacarme. »

Une BD évoquant le deuil avec pertinence.

{Chronique} De beaux moments

Scénario : Jim.  Dessins : Jim.  Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 28 octobre 2015.
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 134.
Prix : 18,90 €

Résumé de l’éditeur

C’est à l’instant où ils nous filent entre les doigts qu’on réalise que c’était de beaux moments… Des histoires courtes. Des regards tendres et justes sur l’essence de nos vies. Des histoires de temps qui passe, d’amour, d’amitié, de corps ou de souvenirs que l’on farde pour s’arranger un peu avec la réalité. Des histoires simples qui n’ont d’autre point commun que leur profonde humanité et leur capacité à nous faire prendre conscience des beaux moments…

Mon avis

Etant particulièrement admiratif du travail de Jim à travers les thématiques qu’il choisit et de la façon dont il nous raconte les histoires, je ne pouvais que poursuivre mes chroniques sur ses oeuvres en m’attardant cette fois-ci sur cet excellent recueil d’histoires courtes. De beaux moments est composé de douze histoires où, très vite, on reconnaitra la patte graphique de l’auteur mais aussi ses tics : les femmes sont belles, l’infidélité n’est jamais loin et il y a très souvent un cendrier ou de l’alcool au milieu de tous ces gens. Cela contribue d’une certaine manière à mettre en lumière toutes les imperfections de la réalité, pour accompagner des histoires qui le sont aussi d’une certaine façon, pour parler à nous autres humains imparfaits. Jim a ce don de dessiner cette réalité qui touche en plein coeur, qui nous interroge et nous fait prendre conscience de ce qui nous entoure, de nos faiblesses, de nos écarts de conduite, du temps qui passe mais aussi et surtout, de l’importance des bons moments. Car c’est sur ce point que l’auteur s’est focalisé, avec plus ou moins de pertinence selon notre propre définition du beau moment. Certaines histoires m’ont donc logiquement moins marquées quand d’autres, au contraire, m’ont totalement conquis. J’ai notamment été très sensible à la nostalgie d’un couple qui vieillit et qui continue de se préoccupé du désir de l’autre. J’ai aimé retrouvé Marie d’Une nuit à Rome (sa muse !) à travers une histoire rudement bien écrite. J’ai beaucoup ri sur l’histoire de Krazinski et ses vannes mémorables. J’ai particulièrement été sensible au sujet des photographies que l’on entasse dans nos téléphones ou de celles que l’on partage… Bref, s’il y a une ou deux histoires qui m’ont laissé un peu de marbre, c’est tout simplement parce qu’elles s’adressaient davantage au vécu d’autres personnes, me laissant ainsi reprendre ma place de lecteur plutôt que d’acteur. Pour finir, je tiens vraiment à souligner la qualité d’écriture et l’intelligence avec laquelle sont racontés ces tranches de vie. Un recueil que je conseille donc vivement, pour sa richesse, ses imperfections (nous rappelant les nôtres), sa beauté graphique incroyable et sa pertinence. Et puis surtout, parce qu’il vous fera passer un bon moment. 

 

130 pages sur l’importance de nos vies.

{Chronique} Un petit livre oublié sur un banc (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Mig.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 12 mars 2014 (T.1) / 29 avril 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 53 + 54 (intégrale de 102 pages) 
Prix : 14,50 € le tome ou 19,90 € l’intégrale.

 

Résumé de l’éditeur

« Certains livres peuvent changer une vie… »

Camélia est assise sur un banc. À côté d’elle, un livre est posé là, abandonné. Elle le feuilleté. Dedans, un mot de la main d’un inconnu l’invite à l’emporter…

Chez elle, Camélia découvre que certains mots sont entourés ici et là, et que ces mots forment des phrases… L’inconnu dit s’ennuyer dans sa vie de tous les jours et rêve d’une vie amoureuse forte et bouleversante, comme on en lit seulement dans les romans. « Mais combien sommes-nous à rêver d’une vie romanesque ? ».
Camélia entoure six mots en réponse : « nous » « sommes » « deux », « vous » « et » « moi »… Et elle retourne déposer le petit livre tout là-bas, sur un banc…

À l’heure des textos et du livre numérique, « En petit livre oublié sur un banc » est une histoire pleine de charme entre deux amoureux des livres… Une liaison épistolaire tendre et attachante, à contrecourant du flot numérique actuel…

Mon avis

Jim a ce don de présenter les choses de façon très humaine : cette histoire lui a été inspirée par un vieil homme qui déposait des livres sur des bancs pour continuer à les faire vivre après les avoir lus. De là nait cette histoire où une jeune femme, Camélia, se retrouve confrontée à cet étrange livre pas forcément très intéressant au premier abord mais qui, étrangement, contient des mots entourés. De là naît une curiosité que nous aurions tous eu je pense, même si j’ai trouvé que ça partait un peu trop loin – mais tout dépend de l’implication émotionnelle de chacun. Il faut dire aussi que ce que soulève aussi et surtout cette BD, c’est la façon de gérer son couple. Le copain de Camélia parait cliché dans sa façon d’être mais Jim soulève avec une assez grande justesse la comportement des hommes. Il y a aussi ce problème récurrent et auquel je suis sensible, à savoir la façon vulgaire dont les gens peuvent parler des relations amoureuses, en se focalisant sur le sexe plutôt que sur l’amour lui-même. Les hommes ont la plupart des mauvais rôles et, à travers eux, se distinguent les différents problèmes très ancrés dans la société actuelle, notamment envers la femme, l’amour et le couple. Mais ce qu’il faut retenir, c’est la beauté et la pureté de l’intention de départ, celle de laisser un livre pour lui donner vie et, possiblement, de passer un message ou de faire rêver – à ce titre la conclusion de cette histoire est une franche réussite. J’ai aimé le dessin de Mig, très adapté au propos et à la plume de Jim. Au final, c’est une lecture qui pourra faire un peu grincer des dents par les clichés qu’il propose mais qui nous fait réfléchir sur notre rapport aux autres et aux moyens que nous avons de communiquer. Le décalage avec les moeurs actuels où la technologie prédomine est réellement intéressant, et amène à penser que finalement, nous devrions tous prendre la peine de libérer nos livres pour en faire des passerelles pour d’éventuels rencontres et partages. 

 

Une jolie histoire qui fait réfléchir

{Chronique} Héléna (2 tomes)

Scénario : Jim.   Dessins : Lounis Chabane.   Couleurs : Delphine. 
Dates de sortie :
 1 octobre 2014 (T.1) / 4 mars 2015 (T.2)
Editeur : Bamboo Edition (Collection Grand Angle)
Nombre de pages : 76 + 78.
Prix : 16,90 € le tome.

Résumé de l’éditeur

Du plus loin que je me souvienne, Simon a toujours eu peur des jolies filles. Le jour de son mariage, Simon aperçoit Héléna sur la grande place de la mairie de Nice. Héléna, la beauté de sa classe quand il était enfant, son grand amour… celle qu’il aime depuis toujours et qui ne s’est jamais intéressée à lui. Entre eux, c’est juste un échange furtif, rien de plus. Mais un échange suffisant pour que Simon refuse de dire le petit «oui» durant la cérémonie de son propre mariage. Il aime Héléna, plus que tout. Et comme cet amour est unilatéral, lui vient une idée bien curieuse… Il lui propose de lui offrir 1000 euros, en échange de trois heures de sa présence tous les jeudis après-midi…

Helena - Art

Mon avis

Rarement un résumé aura autant éveillé mon intérêt et ma curiosité. Tous les ingrédients étaient réunis sur ces quelques lignes pour pouvoir envisager de lire une histoire singulière, une histoire qui ne me laisserai pas insensible. Une histoire où il s’agit de parler d’un amour aussi bien physique que psychologique, de ceux qui vous amène à aimer de façon disproportionnée et dont la logique ne dépend que de sentiments incontrôlables. Cet amour qui ne s’éteint jamais vraiment, qui rend dépendant, qui éveille l’âme et mène aux plus grandes folies. Sauf qu’ici, l’amour n’est pas réciproque et ne se reflète pas chez l’autre ; il est cruellement à sens unique. La beauté du propos tient sur le fait que l’amour ne s’achète pas… ou presque. Car il faut dire que l’idée de Simon a beau être farfelue sur le papier, elle n’en reste pas moins profondément belle, respectueuse et révélatrice. C’est ce qui rend cette histoire attachante, troublante et passionnante. Le dessin de Lounis Chabane est fin, raffiné et élégant, il dessine les femmes en leur donnant une prestance et une dimension réaliste, elles sont expressives, elles ont du charisme. La colorisation de Delphine est impeccable, elle sublime le dessin. Quant au scénario de Jim, il est subtil, brillant et intelligent, on sent une volonté de rendre cette histoire marquante et pertinente à la fois, malgré un postulat de départ semblant surréaliste – payer 1000 euros une fille pour qu’elle reste trois heures avec nous, ça semble fou mais ne serions-nous pas capable de le faire par amour ? Alors oui, il y a sûrement quelques clichés ici et là mais la vie elle-même est bâtie autour de ces clichés. Et puis c’est avant tout une histoire très humaine qui nous amène vers de nombreux questionnements, sur notre rapport à l’amour et aux autres. J’ai énormément aimé ces deux tomes, il m’a été impossible de décrocher un seul instant tellement je me suis attaché aux personnages. La fin est très belle pour diverses raisons, mais il faut avoir le coeur bien accroché et ne pas s’étonner de verser quelques larmes – ce fut mon cas. Un vrai chef d’oeuvre de sensibilité et d’humanité. 

Notation 6

Une histoire dont on ne sort pas indemne.

Helena - Extrait 1