[Chronique ] Time of Eve ⌊♥⌋

time_of_eve

Date de sortie : 6 mars 2010 (Japon) – 1er mai 2015 (USA)
Durée : 1h46min
Genres : Drame, Science-fiction
Un film d’animation japonais de Yasuhiro Yoshiura

 

* Synopsis *

Dans un futur pas si lointain, les androïdes sont devenus d’usage normal, si bien que les humains les traitent comme des objets de tous les jours. Néanmoins, certaines personnes sont attirées par ces androïdes à cause de leur apparence humaine (mis à part l’anneau flottant au-dessus de leurs têtes), et c’est devenu un problème de société. Un jour, Rikuo, qui prenait les robots pour choses acquises, découvre que son androïde domestique, Sammy, agit bizarrement et trouve une phrase enregistrée dans son journal d’activités. Avec son ami Masaki, il décide alors de suivre Sammy et tombe sur un café inhabituel, où la première règle est de ne pas faire de différence entre humains et androïdes.

* De la science-fiction/réflexion *

Le contexte futuriste et la définition de science-fiction pour ce film d’animation est marqué par la présence d’androïdes hyper réalistes ainsi que par un milieu urbain manquant cruellement de verdure. Une vision néanmoins épurée et suffisamment cohérente pour ne pas se perdre dans la surenchère d’éléments futuristes. Pas de fioritures, ce qui nous intéresse ici, c’est la relation entre l’homme et la machine. Nous faisant très vite connaissance avec Rikuo ainsi que de son androïde Sammy. S’ajoute à eux le camarade de classe de Rikuo, le très farouche Masaki. Maintenant que les présentations sont faites, ne vous attendez pas à de l’action barbare, des scènes à couper le souffle et des combats épiques. Time of Eve, c’est avant tout un scénario millimétré qui explore les relations humaines (et pas que !) pour nous amener à de profondes réflexions sur notre rapport avec la technologie, avec la différenciation entre une âme et une intelligence artificielle développée. C’est essentiellement au coeur du Eve no jikan que nous allons faire la rencontre de diverses personnages tous aussi mémorables les uns que les autres. Se développe ainsi une psychologie profonde entre humains et androïdes, sans que l’on ne sache au départ qui est qui (ou quoi). Tout est brillamment raconté au fil de cette jolie fable futuriste.

* Cinq ans plus tard sur Kickstarter * 

Time of Eve, c’est au départ une série d’OAV composé de six épisodes, qui ont donné lieu à ce film « compilation » qui s’est vu ajouté quelques scènes. La découpe n’est absolument pas perceptible et l’histoire s’enchaîne à merveille. Il faut savoir que le parcours de ce film est particulièrement atypique : sorti en 2010 au Japon, il n’a pendant longtemps pas eu le droit à une localisation occidentale. Il a fallu la création d’un Kickstarter lancé par Directions et le Studio Rikka pour mobiliser les fans et localiser le film sur le marché US dans une version blu-ray. Le succès de la campagne (215 233 dollars !) est tel qu’une version dénommée « International » voit le jour, puisque les sommes récoltées permettent de financer les sous-titres dans de nombreuses langues… dont le français ! C’est même un coffret comprenant un mini artbook et l’OST qui sortira cinq ans après la sortie japonaise. Malgré le succès du crowfunding, le film reste bien trop méconnu et n’a officiellement jamais bénéficié d’une sortie en Europe. Pourtant, le réalisateur à qui nous devons Time of Eve sort le plus populaire Patéma et le monde inversé – excellent au passage – quelques années plus tard. Un film suffisamment acclamé par la critique pour se voir bénéficié d’une sortie spontanée chez @nime. 

♥ Mon avis ♥

Rares sont les films d’animation à m’avoir fait cet effet. Je suis resté scotché tout le long du film, ébloui par la richesse et la beauté graphique – c’est assez sobre et volontairement peu coloré. L’animation est impeccable, certains plans et effets sont renversants, j’ai été surpris qu’un animé de 2010 propose une telle originalité graphique. J’ai aussi beaucoup apprécié le character design, chaque personnage est identifiable, dégage une émotion palpable, et il y a cette profonde et intéressante réflexion sur le fait de savoir s’il s’agit d’un(e) humain(e) ou non. Ce qui m’a fasciné et transporté, c’est la dimension philosophique du film, le fait de mettre en avant chaque émotion, de la traiter sous tous les angles avec intelligence, sans faire de surenchère, et sans fioritures. On devine sans mal les sentiments qui émanent de chaque individu, sans connaître leur histoire, ce qui ne manquera pas de surprendre et de nous faire réfléchir sur nos rapports humains. Les dialogues sont à ce titre rudement bien écrits, c’est profond sans être tiré par les cheveux – car oui, les japonais ont parfois une manière bien à eux de s’exprimer et cela peut vite devenir difficilement compréhensible. Ici, c’est limpide, subtil et tout est dit avec une grande sagesse et poésie. Time of Eve a de science-fiction le fait d’être lui-même un OVNI, il n’a aucun équivalent dans son domaine malgré que une thématique déjà traitée. Ici, ce n’est pas seulement un film, c’est une réflexion sur la vie, celle de notre présent et, peut-être, celle de notre futur.

Notation 6

Un chef d’oeuvre unique, intelligent et marquant.

Galerie

[Chronique] Colorful

6524

Date de sortie cinéma : 16 novembre 2011
Durée : 2h06min
Genres : Drame, Fantastique
Un film d’animation japonais de Keiichi Hara

Synopsis

Un esprit gagne une deuxième chance de vivre à condition d’apprendre de ses erreurs. Il renait dans le corps de Makoto, un élève de 3ème qui vient de mettre fin à ses jours. L’esprit doit endurer la vie quotidienne de cet adolescent mal dans sa peau. Avançant à tâtons, s’efforçant de ne pas reproduire les fautes de Makoto, il va finalement découvrir une vérité qui va bouleverser son existence.

Mon avis

J’ai mis longtemps avant de voir Colorful. Il faisait parti de ces films qu’il me tenait à coeur de voir car il avait éveillé une certaine curiosité à travers son résumé qui contrastait avec la jaquette du bluray. Peut-être une appréhension, la peur d’être déçu… Pourtant, bon sang qu’est ce que ce film est bouleversant, profond et réaliste. Il me sera difficile de résumé avec justesse ce que ces deux heures de film ont provoqué en moi, c’est juste le genre de film qui me fait dire que l’animation japonaise sait mieux traiter que quiconque des problèmes fondamentaux de notre société.

Ici, le suicide et la réincarnation sont au coeur de l’histoire, mais la prostitution sera aussi évoquée avec un certain recul, juste de quoi nous faire réfléchir. Les sujets traités sont très sensibles mais le ton adopté dans la narration est plus léger – pas de dramatisation ou de surenchère – et les personnages sont attachants – sauf le héros, qui nous rappelle que souvent, nos comportements et réactions sont disproportionnés et irréfléchis. Alors on s’agace de voir son attitude, de le voir baisser les bras, de manquer de clairvoyance alors que nous-même ne ferions peut être pas mieux à sa place. Le film est construit de manière pertinente, il y a une vraie sensibilité derrière chaque personnage, je retiens particulièrement celui de la mère de Makoto, mais aussi de la jeune Hiroka.

Esthétiquement, le film est très agréable même s’il n’est pas d’une beauté aussi transcendante que la manière dont il traite certains propos ; mais on se moque bien de ce genre de détails lorsque la beauté se trouve ailleurs. J’ai été touché et ébloui par ce film, que je recommande à toutes celles et ceux qui voudraient comprendre notre société, prendre conscience de la gravité de certains actes et remettre en question les choix et comportements que nous pouvons avoir.

Notation 6

Un film éblouissant de réalisme et d’intelligence.

Galerie

[Chronique] Miss Hokusai

MissHokusai-Collector_3D-570_grande

Date de sortie cinéma : 2 septembre 2015
Durée : 1h33min
Genres : Biopic, Drame, Historique
Un film d’animation japonais de Keiichi Hara

Synopsis

1814, HOKUSAI est un peintre reconnu de tout le Japon. Il réside avec sa fille O-Ei dans la ville d’Edo, enfermés la plupart du temps dans leur étrange atelier aux allures de taudis. Le “fou du dessin”, comme il se plaisait lui-même à se nommer et sa fille réalisent à quatre mains des œuvres aujourd’hui célèbres dans le monde entier. O-Ei, jeune femme indépendante et éprise de liberté, contribue dans l’ombre de son père à cette incroyable saga artistique.

Mon avis

C’est un film très plaisant, qui traite un sujet historique avec sérieux et minutie. L’animation est soignée, l’ambiance est très réussie. Un gros bémol sur l’intervention à deux reprises de musiques assez « pop-rock » qui ne collent absolument pas aux scènes ni au contexte alors que les autres ambiances sonores sont plus agréables. J’ai aimé sentir l’authenticité des personnages, ils ont un caractère bien marqué qui m’a plu. Je pense aussi et surtout à la jeune fille aveugle, qui amène à des scènes belles et touchantes. On apprend également comment vivaient Hokusai et sa fille, qui travaillait dans son ombre sans pour autant s’y cacher. Un tempérament audacieux, une émancipée remarquable qu’il faut absolument découvrir pour peu que l’on s’intéresse à l’art et à l’histoire du Japon.

Notation 4

Un film historique passionnant !

Galerie

[Chronique] Hirume Hime – Rêves éveillés

hirune_hime_reves_eveilles_218

Date de sortie cinéma : 12 juillet 2017
Durée : 1h50min
Genres : Anticipation, Drame, Fantastique
Un film d’animation japonais de Kenji Kamiyama

Synopsis

Morikawa, une adolescente qui vit avec son père à Okinawa, s’ennuie à l’école et passe son temps à rêver. Notamment de Heartland, un monde à la fois futuriste et médiéval, où elle est une princesse emprisonnée pour sorcellerie. Ancien, le nom de son personnage rêvé, a en effet le pouvoir de donner vie aux objets grâce à une tablette magique. Dans le monde réel, Morikawa a perdu sa maman et est élevée par son père Momotaro, un homme mutique qui passe la majeure partie de son temps dans son garage à réparer et à modifier des voitures. L’existence de Morikawa bascule quand il est arrêté par la police. Avec son ami Morio, elle va tenter de le libérer et de démêler le mystère de ses rêves étranges.

Mon avis

[Cet avis peut contenir de légers spoiler]
Ce film d’animation japonais a titillé ma curiosité lorsque je suis tombé un peu par hasard sur l’annonce de sa sortie en salles. Sa très belle affiche puis la bande-annonce – suffisamment vague pour ne rien révéler – m’ont conforter à aller voir ce film, surtout à la vue de certains décors. A ce titre, le film est graphiquement très réussi, avec des plans magnifiques. Les personnages sont quant à eux plus épurés mais véritablement attachants. Il faut savoir que le film se situe en 2020, durant la période des Jeux Olympiques de Pékin. Il gravite autour de cet évènement la volonté pour l’industrie automobile de présenter les premiers modèles de voiture autonomes. Au centre de cette invention, il y a le père de Morikawa, un génie qui travaille avec le code source qui lui appartient et qui n’est trouvable que dans sa tablette numérique. Une tablette qui sera convoitée par la concurrence qui mettra tout en oeuvre pour l’obtenir. Tout ceci finira par impliquer la jeune Morikawa lors de l’arrestation de son père.

Le film alterne des phases de rêve et de réalité de façon cohérente au début du film mais les transitions deviennent plus alambiquées sur la seconde moitié du film. Le rêve est en fait une métaphore de la réalité dans un contexte plus fantastique, l’occasion d’amener le spectateur vers des scènes d’action empruntées notamment à L’attaque des Titans ou, plus étonnant, aux Nouveaux héros de Disney. Des facilités (ou faiblesses) qui démontrent d’un manque d’originalité quant à l’imaginaire développé. Quelques longueurs sur la première demie-heure du film permettent cependant de bien comprendre le rôle de chacun dans une intrigue plutôt convaincante.

J’ai notamment apprécié cette relation entre le père et sa fille, qui peinent à communiquer à l’oral et s’écrivent des SMS alors qu’ils sont à quelques mètres l’un de l’autre. Une façon aussi de rappeler le rôle dominant de la technologie et les distances qu’elle impose avec notre entourage – le casque VR en est aussi un bel exemple. Une technologie qui amène un désir de supériorité entre les différentes compagnies automobiles et rappelle les enjeux économiques plus qu’écologiques de cette industrie. La fin du film n’apporte pas de réponse claire sur le décès de la mère de Morikawa, probablement dans une volonté de ne pas trop heurter un public familial à travers un « accident » qui restera simplement survolé. C’est dommage, car on sortira du film avec un léger goût d’inachevé. Reste que le film, empreint d’une certaine poésie dans les réflexions qu’il soulève, permet de passer un très bon moment.

Notation 3

Des qualités indéniables entachées par des faiblesses. 

Ce diaporama nécessite JavaScript.