The Art of Makoto Shinkai

MakotoShinkai

Date de sortie : 30 juin 2015 (en anglais)
Editeur : Vertical
Nombre de pages : 175

Prix : Environ 30 €
Présentation 2

Makoto Shinkai, c’est ni plus ni moins l’artiste que j’admire le plus. Réalisateur de longs et courts métrages japonais, producteur, animateur, graphiste, auteur de plusieurs romans, scénariste et doubleur (!), c’est un génie dont les oeuvres sont à la fois touchantes, sensibles, poétiques et esthétiquement fabuleuses. L’art de Makoto Shinkai est un artbook qui rassemble une bonne partie de ses premiers travaux, et exclusivement de 5cm par seconde, La tour au delà des nuages et The voices of a distant stars.

Contenu

Tout au long de l’ouvrage, on parcours essentiellement les « backgrounds » de ses films, autrement dits les décors ou arrières-plans magnifiques qui montrent bien la touche personnelle de Makoto Shinkai, qui accorde une importance toute particulière aux environnements pour qu’ils subliment et accompagnent les messages qu’il nous délivre. Un soin qui saute aux yeux tant les détails sont extraordinaires et nous offrent au fil des pages des panoramas incroyables. Les paysages sont de toute beauté et on remarquera les différents éléments clés qui constituent les oeuvres de l’artiste, à savoir les trains, le ciel (de jour ou étoilé), la pluie, l’espace et ce contraste entre l’urbain et la nature. Chaque page est un émerveillement qui exprime toute la sensibilité de l’artiste, avec toute la volonté que son propos soit parfaitement mis en image. Des propos axés essentiellement sur l’amour, l’adolescence, la distance et la séparation. Des thèmes mélancoliques traités avec une rare délicatesse, avec une dimension humaine incroyable, bien distinct des moeurs d’aujourd’hui.

Mon avis

Il me sera impossible de dire le moindre mal de cet ouvrage tant il est d’une richesse incomparable et d’une beauté inouïe. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il s’agit ici de paysages à contempler, il n’y a pas de personnages. Ce sont uniquement des arrières-plan. Une façon de pouvoir admirer autant de fois qu’on le souhaite ce qui, à l’écran, apparait en arrière plan, ne nous laissant que peu de temps pour apprécier le soin apporté au moindre recoins, au moindre détails. C’est un artbook particulier qui ne montrera que très peu les travaux, ébauches et crayonnés – à la toute fin du livre, quelques pages montrent tout de même le procédé et les techniques employées. Les commentaires accompagnant les sublimes dessins donneront beaucoup de corps et d’âme à tout cela, et c’est là le but de cet ouvrage. Plutôt que de montrer du « step by step », on admire puis on découvre l’intention derrière. A noter que le format de l’artbook est rectangulaire, ce qui le rend agréable à prendre en main, la qualité du papier et d’impression est impeccable et fait honneur au travail de l’artiste. Je le recommande chaudement, à toutes celles et ceux qui voudraient un peu d’évasion, de douceur et de poésie. Ce n’est pas seulement un coup de coeur, c’est bien au-delà.

Notation 6

L’art de Makoto Shinkai est un diamant à l’état brut. 

Galerie

 

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{100 cibles} Work In Progress

Premières esquisses, à travers une rencontre. La naissance de ce lien engendre une euphorie sincère et un enthousiasme réconfortant, on ne voit plus que cette personne qui vient d’entrer dans notre existence et on lui déroule le tapis rouge. Elle devient le centre de notre monde, avec la soif d’en apprendre davantage et de plaire autant que possible, pour bâtir une nouvelle relation humaine et n’en voir que les bons cotés, avec les points communs et la personnalité rare qu’on espérait tant. On est sous les projecteurs, on se sent important en trouvant une place dans la vie de cette nouvelle personne.

Premiers traits de crayons, à travers les échanges. Les sourires se multiplient, les mots et qualificatifs aussi. On ose prononcé des compliments à l’autre, on prend conscience que cet(te) ami(e) en devenir contribue à notre bonheur, on y devient dépendant et on ne se retient plus de lui dire combien on se sent heureux. Le partage est enrichissant, la communication épanouissante, et la morosité s’est effacée derrière cette épopée amicale où l’autre nous offre son temps et son attention. Comme si nous étions seul et sans rivalité possible.

Premiers contours aux traits noirs, à travers l’apprentissage. Peu à peu, les priorités évoluent et changent de nouveau. On se familiarise avec cette personne qui rejoins le décor de notre vie, comme un bon livre dont on a dévoré les premières pages mais que l’on préfèrera ranger dans une bibliothèque, pour le finir plus tard. Pour l’apprécier dans le temps. Mais une distance naturelle s’impose, ralentissant le flux des mots échangés, comme si tout perdait de la valeur et de l’importance au fil des jours. On se contente de savoir qu’un autre existe parmi les autres ; nous n’avions pas vu les autres avant.

Premiers coups de gomme, à travers les circonstances. L’effervescence de la vie quotidienne force à la négligence habituelle, impose une routine où les échanges deviennent moindres. Les qualités qui s’étaient illustrés s’effacent et ne laisse plus apparaitre que les défauts, et on ne se donne plus le temps que requiert une relation, parce qu’elle n’est plus seule. On va à l’essentiel, quitte à oublier la valeur que cela avait quelques semaines plus tôt, et ce qui apparaissait au départ extraordinaire n’est plus qu’ordinaire. Comme un livre qui prend la poussière sur une étagère.

Dernières retouches, à travers les excuses. On ne justifie même pas ce qui ne fonctionne plus, mais on cherche un moyen d’exister. On devient dispensable, relégué au second plan par les aléas d’une vie mouvementée, dans l’ombre de celles et ceux qui nous chassent comme si nous étions devenu une proie. Avec la distance et un peu de recul, on aperçoit mieux les traits fin et fragiles qui se distordent et nous rend plus vulnérable. On était pourtant prêt à représenter l’amitié, à en être elle plus bel exemple, mais on reste en noir et blanc.

Couleurs absentes, à travers ce brouillon. Ce n’était qu’une tentative pour aimer et être aimé en retour. On ne sera qu’une ébauche mal finie, mal dessinée, et dans le pire des cas on finira dans la corbeille en papier, là où toutes celles et ceux qui se sont s’accrochés se sont finalement déchirés. Il ne manquait pourtant pas grand chose, juste une page un peu plus grande ou de l’encre qui ne s’efface pas. Juste quelqu’un qui sache aimer aussi bien qu’il dessine.

[Chronique ] Time of Eve ⌊♥⌋

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Date de sortie : 6 mars 2010 (Japon) – 1er mai 2015 (USA)
Durée : 1h46min
Genres : Drame, Science-fiction
Un film d’animation japonais de Yasuhiro Yoshiura

 

* Synopsis *

Dans un futur pas si lointain, les androïdes sont devenus d’usage normal, si bien que les humains les traitent comme des objets de tous les jours. Néanmoins, certaines personnes sont attirées par ces androïdes à cause de leur apparence humaine (mis à part l’anneau flottant au-dessus de leurs têtes), et c’est devenu un problème de société. Un jour, Rikuo, qui prenait les robots pour choses acquises, découvre que son androïde domestique, Sammy, agit bizarrement et trouve une phrase enregistrée dans son journal d’activités. Avec son ami Masaki, il décide alors de suivre Sammy et tombe sur un café inhabituel, où la première règle est de ne pas faire de différence entre humains et androïdes.

* De la science-fiction/réflexion *

Le contexte futuriste et la définition de science-fiction pour ce film d’animation est marqué par la présence d’androïdes hyper réalistes ainsi que par un milieu urbain manquant cruellement de verdure. Une vision néanmoins épurée et suffisamment cohérente pour ne pas se perdre dans la surenchère d’éléments futuristes. Pas de fioritures, ce qui nous intéresse ici, c’est la relation entre l’homme et la machine. Nous faisant très vite connaissance avec Rikuo ainsi que de son androïde Sammy. S’ajoute à eux le camarade de classe de Rikuo, le très farouche Masaki. Maintenant que les présentations sont faites, ne vous attendez pas à de l’action barbare, des scènes à couper le souffle et des combats épiques. Time of Eve, c’est avant tout un scénario millimétré qui explore les relations humaines (et pas que !) pour nous amener à de profondes réflexions sur notre rapport avec la technologie, avec la différenciation entre une âme et une intelligence artificielle développée. C’est essentiellement au coeur du Eve no jikan que nous allons faire la rencontre de diverses personnages tous aussi mémorables les uns que les autres. Se développe ainsi une psychologie profonde entre humains et androïdes, sans que l’on ne sache au départ qui est qui (ou quoi). Tout est brillamment raconté au fil de cette jolie fable futuriste.

* Cinq ans plus tard sur Kickstarter * 

Time of Eve, c’est au départ une série d’OAV composé de six épisodes, qui ont donné lieu à ce film « compilation » qui s’est vu ajouté quelques scènes. La découpe n’est absolument pas perceptible et l’histoire s’enchaîne à merveille. Il faut savoir que le parcours de ce film est particulièrement atypique : sorti en 2010 au Japon, il n’a pendant longtemps pas eu le droit à une localisation occidentale. Il a fallu la création d’un Kickstarter lancé par Directions et le Studio Rikka pour mobiliser les fans et localiser le film sur le marché US dans une version blu-ray. Le succès de la campagne (215 233 dollars !) est tel qu’une version dénommée « International » voit le jour, puisque les sommes récoltées permettent de financer les sous-titres dans de nombreuses langues… dont le français ! C’est même un coffret comprenant un mini artbook et l’OST qui sortira cinq ans après la sortie japonaise. Malgré le succès du crowfunding, le film reste bien trop méconnu et n’a officiellement jamais bénéficié d’une sortie en Europe. Pourtant, le réalisateur à qui nous devons Time of Eve sort le plus populaire Patéma et le monde inversé – excellent au passage – quelques années plus tard. Un film suffisamment acclamé par la critique pour se voir bénéficié d’une sortie spontanée chez @nime. 

♥ Mon avis ♥

Rares sont les films d’animation à m’avoir fait cet effet. Je suis resté scotché tout le long du film, ébloui par la richesse et la beauté graphique – c’est assez sobre et volontairement peu coloré. L’animation est impeccable, certains plans et effets sont renversants, j’ai été surpris qu’un animé de 2010 propose une telle originalité graphique. J’ai aussi beaucoup apprécié le character design, chaque personnage est identifiable, dégage une émotion palpable, et il y a cette profonde et intéressante réflexion sur le fait de savoir s’il s’agit d’un(e) humain(e) ou non. Ce qui m’a fasciné et transporté, c’est la dimension philosophique du film, le fait de mettre en avant chaque émotion, de la traiter sous tous les angles avec intelligence, sans faire de surenchère, et sans fioritures. On devine sans mal les sentiments qui émanent de chaque individu, sans connaître leur histoire, ce qui ne manquera pas de surprendre et de nous faire réfléchir sur nos rapports humains. Les dialogues sont à ce titre rudement bien écrits, c’est profond sans être tiré par les cheveux – car oui, les japonais ont parfois une manière bien à eux de s’exprimer et cela peut vite devenir difficilement compréhensible. Ici, c’est limpide, subtil et tout est dit avec une grande sagesse et poésie. Time of Eve a de science-fiction le fait d’être lui-même un OVNI, il n’a aucun équivalent dans son domaine malgré que une thématique déjà traitée. Ici, ce n’est pas seulement un film, c’est une réflexion sur la vie, celle de notre présent et, peut-être, celle de notre futur.

Notation 6

Un chef d’oeuvre unique, intelligent et marquant.

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[Chronique] Le Pavillon de l’Aile Ouest

le pavillon

Date de sortie : Août 2007
Editeur : Xiao Pan
Nombre de pages : 112.
Prix : Environ 12 € (Occasion – RARE)

Résumé

Xi Xiang Ji est l’un des grands classiques d’histoire d’amour en Chine. Tiré à l’origine d’une nouvelle écrite au IXme siècle, adapté pour le théâtre par WANG Shifu, il raconte l’idylle entre la fille de nobles chinois, et un jeune lettré préférant vagabonder plutôt qu’étudier. Mais l’Amour lui fera donner le maximum de lui-même, afin de conquérir, surtout, le coeur de sa (future) belle-mère.

Mon avis

Voici une bande-dessinée chinoise tout à fait particulière. Déjà, il faut noter la singularité du livre en lui-même puisque les pages sont plus épaisses et couleur sépia, donnant un aspect un peu « ancien » très réussi se mariant à merveille avec le dessin de Guo Guo. D’ailleurs on ne va pas passer par quatre chemins : c’est très, très beau. J’ai rarement été autant émerveillé par les illustrations mais j’y reviens un peu plus loin. Parlons du scénario, hélas assez secondaire et donnant l’impression qu’il n’est que prétexte pour admirer le travail de l’artiste.

Il s’agit d’une histoire d’amour très classique entre une fille d’une grande famille et un homme issu d’un milieu plus modeste. Les circonstances les amènent à se rencontrer alors qu’elle semble inatteignable. Puis elle apprend qu’elle doit épouser un homme de haut rang plutôt malsain, tandis que la ville est attaquée. Tout s’enchaîne à une vitesse folle et le dénouement survient si vite qu’on n’a absolument pas le temps de l’apprécier. C’est léger, pas franchement original mais loin d’être désagréable. J’ai apprécié cette simplicité, ce coté très suranné. Il faut simplement aimer les histoires (très) fleur bleue (moi j’aime bien hihi !) et accepter de lire une histoire qui se contente de faire le minimum (le nombre de pages y oblige).

La grande force de cet ouvrage, ce sont donc les illustrations de Guo Guo qui font de chaque case un tableau. Le niveau de détail dans les décors, les kimonos, les chevelures et les visages est admirable, les couleurs sont somptueuses et on ressent une sensibilité très féminine dans les personnages, y compris dans celui du héros principal. Il y a quelques illustrations en pleine page qui sont d’une élégance rare, et à cela s’ajoute une vingtaine de pages en fin d’ouvrage où il sera possible d’en prendre plein les yeux face au talent de cette dessinatrice, qui conjugue à la perfection l’esthétisme et le raffinement. C’est simple, on a le sentiment de parcourir une petite galerie de peintures chinoises où la minutie et la grâce de chaque oeuvre est un pur moment de contemplation et de délectation.

 

Notation 6

Un coup de coeur pour l’esthétique fabuleuse !

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[Chronique] La pluie du paradis

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Date de sortie : Novembre 2008
Editeur : Casterman
Nombre de pages : 124.
Prix : Environ 9 € (d’occasion)

Résumé

Une petite ville du sud de la Chine est le théâtre de trois récits qui mêlent avec brio amour et passion pour la peinture. Deux amoureux se préparent au départ du jeune homme pour une prestigieuse école de peinture. Un orphelin abandonné, recueilli par un vieux maître, décide de suivre la même voie que lui et d’apprendre l’art difficile de la peinture. Un jeune artiste, venu approfondir ses connaissances auprès d’un galeriste au caractère bien trempé, tombe sous le charme de la jeune fille de la maison. Chaque histoire interprète par ses joies, ses espérances, mais aussi ses tristesses et ses désillusions, ce qui fait l’essence même de la vie et de l’art : l’amour.

Mon avis

Ce recueil est entièrement en couleurs, ce qui est déjà un très bon point pour la mise en valeur du dessin. Le premier récit (ou nouvelle) ne fait que trois pages et adopte un style graphique bien distinct des deux autres. Un goût de trop peu – forcément – mais pourtant, en quelques cases et dialogues, dans un contexte futuriste défini de manière convaincante, on saisi l’intention de l’auteur : parler de la séparation. La seconde histoire adopte un graphisme plus sombre, en aquarelles. Un style qui n’est pas sans rappeler Benjamin (et dont une première chronique est déjà en ligne sur le site). Certains plans sont vraiment beaux mais l’histoire, qui ne fait que 23 pages, nous laisse un peu sur notre faim. En fait, je pense qu’il faut plutôt considérer ces deux premières histoires comme des tentatives, des tranches de vie qui ont amené (et aidé) l’artiste à bâtir l’histoire principale qui nous intéresse : La pluie du paradis. Dès les premières cases, on remarque un style graphique qui mix très intelligemment celles des deux premières histoires. C’est absolument magnifique ! La maitrise des décors, des visages et des couleurs est époustouflante. Le dessin est subtil, parfois très détaillé dans les émotions des personnages, parfois plus abstrait pour que le flou nous laisse imaginer une silhouette au loin. La pluie – forcément très présente – est parfaitement représentée, et j’ai été subjugué par la beauté très pure de Ling, cette jeune femme qui hante l’esprit de ce jeune artiste chanceux et talentueux. Il y a beaucoup de tristesse et d’humanité à travers les personnages, qui sont très attachants et m’ont arraché quelques larmes. La mélancolie et la séparation – encore plus marquée – sont au coeur de cette histoire très joliment raconté, alternant flashbacks et moment présent pour finalement se conclure d’une façon très touchante – mais un peu triste tout de même. L’amour, avec toute sa complexité, est ici représentée avec une sensibilité rare, et un certain pessimisme. Je ne peux que recommander de lire ce manhua méconnu qui reste encore facile à trouver d’occasion.

Notation 5

Un manhua à découvrir absolument !

Extraits

[Chronique] Chinese Girls

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Date de sortie : 13 novembre 2014
Editeur : Pika
Nombre de pages : 160
Prix : 12,50 €

Résumé

Par ses illustrations aux couleurs vibrantes et ses textes émouvants, Benjamin, célèbre auteur de BD chinoise, nous livre dans cet album des portraits de jeunes chinoises en pleins tourments amoureux. Des travaux préparatoires en fin d’album offrent une vision nouvelle sur les travaux de l’artiste.

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Contenu

Avec Chinese Girls, Benjamin nous propose une chronique de la Chine actuelle à travers 100 portraits de filles qu’il a parfois imaginé ou simplement croisé ou observé dans les rues de Beijing. Si les dessins et peintures ont une grande place dans ce beau livre (édité en deux versions), il n’est pas exempt de textes, ce qui permet d’apporter des précisions quant aux intentions et à la vision de l’auteur, mais aussi son rapport à l’amour. Chinese Girls fait suite à plusieurs manhuas (mangas chinois) et le graphisme assez singulier est très fidèle à son style. Travaillant exclusivement sur tablette graphique, Benjamin est un artiste qui a le sens du détail mais propose aussi des oeuvres plus abstraites, où il nous faut deviner parfois un objet, une expression, une situation… Un flou recherché qu’il manipule avec une rare habileté, nous poussant vers la réflexion pour saisir chaque nuance. Chinese Girls est avant tout l’occasion de découvrir la place que peuvent avoir les femmes en Chine, et il est passionnant de lire et de voir ce que Benjamin nous montre et décrit avec brio. 

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Mon avis

La couverture reflète à elle-seule la beauté fantastique de cet artbook très spécial. J’ai apprécié ce franc parler dans les textes, mêlée à une pudeur caractéristique à la culture chinoise. C’est très mélancolique, parfois tragique, mais c’est avant tout une fenêtre sur un monde dont on ne connait finalement pas grand chose. Il y a une sensibilité et un respect des femmes, bien qu’il ne ménage pas toujours ses propos – ses descriptions sont parfois si franches qu’elles peuvent surprendre ! La maitrise des couleurs fait de Benjamin un artiste que j’admire vraiment, notamment dans cet ouvrage où les femmes y sont belles, tour à tour fortes et fragiles, perdues ou résolues avec un regard éloquent ou intriguant. Finalement, chaque portrait est une rencontre qui dégage des émotions, une poésie. L’amour, quant à lui, est d’une grande complexité, tumultueux aussi, comme s’il s’agissait d’une énigme qui ne pourrait être résolue. On se ressort pas indemne de ce périple, mais le voyage vaut clairement la peine d’être vécu. 

Notation 6

Un véritable coup de coeur pour une oeuvre unique ! 

 

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{Volutes féminines} Café blond et tabac crème

Chaque matin, elle se sert une tasse de cigarette avant de s’allumer un café. Elle boit son cendrier et fume dans son bol pour se réveiller tout en restant dans le brouillard, pour se réchauffer en soufflant le froid sur son Carte noire. Elle s’imbibe de nicotine et s’embrume de caféine, ingurgitant une mixture liquide et vaporeuse qui promet de tenir la journée. C’est sans compter le pouvoir du psychotrope qui tend vers le poison magique et le psychoactif vers la potion tragique, détournant la jeune femme comme un tourment de cuillère. Qu’importe, la torréfaction de ses graines de tabac et l’inflammation de ses feuilles de café lui permettent d’avaler du courage et d’exhaler son énergie. Hélas, pas de quoi non plus faire des étincelles, mais de quoi lui donner des ailes sans lui brûler son zèle.

Tous les midis, elle se fume la caféine et prend un verre de nicotine. Elle déglutit ses toxines et expire son arabica pour tâcher ses poumons ; tout ça ne rime à rien de bon. La pause café devient clope, la tasse cylindrique et la tige en céramique. Le quiproquo se poursuit dans un duel physique entre l’excitant et le relaxant, faux amis qui marient leurs arômes pour infuser une blonde et consumer l’expresso. La nervosité déclenche des tics, mais rien de très poétique, et le stress sursaute sans cesse entre deux litres de goudron et trente grammes de plomb. La cendre se renverse et la boisson se désagrège tandis qu’elle inhale la porcelaine tout en buvant le filtre de son mégot. Insatisfaite de sa toux de stimulation, elle reprend une dernière taffe de café, au détriment de ses collègues qui n’en peuvent plus : « Plus de sautes d’humeur que ça, tumeur ! ».

Le soir, elle opte plutôt pour un café light et une cigarette crème, histoire de ne pas s’endormir les bronches sèches et la gorge encombrée. Elle souffle un sucre et se roule du cacao pour se griller un cappuccino bien chaud. Elle est comme une locomotive qui tente de se mettre en veille ou une cafetière qui fait l’effort de ralentir, mais elle tremble comme une feuille sur le point de tomber, tout en n’étant pas tout à fait morte. Elle se tue petit à petit en se vivifiant peu à peu, à moins que ça ne soit l’inverse… La morale de cette histoire finalement, est – presque – amusante à plus d’un filtre : fumer une cigarette en buvant son café, c’est comme gratter une allumette en buvant de l’essence, ça permet d’avancer en prenant le risque que tout explose. Ou bien, c’est comme essayer d’éteindre l’eau en déversant du feu, ça n’a aucun sens ; et même en mettant les mots dans le bon ordre, ça n’empêchera pas tout ceci de partir en fumée. 

Extrait du tome 2 mort-né des Volutes féminines.

{Volutes féminines} Des sourires sous la brume

Au premier coup d’oeil, c’est son sourire qui captive l’attention. La courbure de ses lèvres dessine un sentiment gracieux et rassurant. Mais une fraction de seconde plus tard apparaît l’intrus. Cette fumée qui grimpe vers le ciel, le long de son bras, ébranle ce délicieux enjouement avant que ne vienne le geste tant redouté, contradiction d’une expression radieuse qui, le temps d’une inhalation, s’empare de cette humeur positive. Un acte délibéré provoquant un violent paradoxe, où la cigarette s’est invitée dans une situation inappropriée, dans laquelle elle n’avait ni sa place ni sa raison d’être. Visiblement épanouie au bras d’un compagnon qu’elle regarde amoureusement, rien ne semble expliquer la nature de cette nuée bleue qui vient ternir ce beau tableau. Elle sautille de bonheur, se met à rire aux éclats mais la cigarette est toujours là, en toile de fond, tel un détail insignifiant sur une peinture. Nature abstraite salissant un bonheur équivoque, son omniprésence remet en question les apparences et perturbe l’équilibre. Son sourire est un leurre, une griserie voilant une grise mine. Le caractère fébrile de la jeune femme est pris en flagrant délit lorsque le filtre atteint ses lèvres, crispant son visage, chassant la gaieté et laissant apparaître une plaie béante. Elle nourrit son mal-être pour lui imposer le silence. Pour préserver un bonheur de façade, une euphorie insuffisante et éphémère. Noyée dans un flot de fumées, la joie résiste pourtant ; jusqu’à ce que les sourires finissent par se dissiper sous la brume.

Extrait du tome 1 des Volutes féminines auto-publié chez Librinova.

[Chronique] Colorful

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Date de sortie cinéma : 16 novembre 2011
Durée : 2h06min
Genres : Drame, Fantastique
Un film d’animation japonais de Keiichi Hara

Synopsis

Un esprit gagne une deuxième chance de vivre à condition d’apprendre de ses erreurs. Il renait dans le corps de Makoto, un élève de 3ème qui vient de mettre fin à ses jours. L’esprit doit endurer la vie quotidienne de cet adolescent mal dans sa peau. Avançant à tâtons, s’efforçant de ne pas reproduire les fautes de Makoto, il va finalement découvrir une vérité qui va bouleverser son existence.

Mon avis

J’ai mis longtemps avant de voir Colorful. Il faisait parti de ces films qu’il me tenait à coeur de voir car il avait éveillé une certaine curiosité à travers son résumé qui contrastait avec la jaquette du bluray. Peut-être une appréhension, la peur d’être déçu… Pourtant, bon sang qu’est ce que ce film est bouleversant, profond et réaliste. Il me sera difficile de résumé avec justesse ce que ces deux heures de film ont provoqué en moi, c’est juste le genre de film qui me fait dire que l’animation japonaise sait mieux traiter que quiconque des problèmes fondamentaux de notre société.

Ici, le suicide et la réincarnation sont au coeur de l’histoire, mais la prostitution sera aussi évoquée avec un certain recul, juste de quoi nous faire réfléchir. Les sujets traités sont très sensibles mais le ton adopté dans la narration est plus léger – pas de dramatisation ou de surenchère – et les personnages sont attachants – sauf le héros, qui nous rappelle que souvent, nos comportements et réactions sont disproportionnés et irréfléchis. Alors on s’agace de voir son attitude, de le voir baisser les bras, de manquer de clairvoyance alors que nous-même ne ferions peut être pas mieux à sa place. Le film est construit de manière pertinente, il y a une vraie sensibilité derrière chaque personnage, je retiens particulièrement celui de la mère de Makoto, mais aussi de la jeune Hiroka.

Esthétiquement, le film est très agréable même s’il n’est pas d’une beauté aussi transcendante que la manière dont il traite certains propos ; mais on se moque bien de ce genre de détails lorsque la beauté se trouve ailleurs. J’ai été touché et ébloui par ce film, que je recommande à toutes celles et ceux qui voudraient comprendre notre société, prendre conscience de la gravité de certains actes et remettre en question les choix et comportements que nous pouvons avoir.

Notation 6

Un film éblouissant de réalisme et d’intelligence.

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{Volutes féminines} Mort addict

Elle se souvient de la première fois qu’elle s’est mise à se maquiller. Ses lèvres bien rouges devant le miroir, ça lui donnait fière allure. Une féminité sans égal, une certaine classe qu’on pouvait lui envier. Ce n’était plus la même. Enfin si, mais en mieux. Plus en confiance, plus attirante. Ce geste gracieux d’un rouge à lèvres flambant neuf qui caresse sa bouche, qui sublime son visage en le voilant d’une teinte écarlate et éclatante s’est vite révélé indissociable de son quotidien. Il lui devint indispensable de se peinturlurer de maquillage, parce qu’elle aimait plaire et se révéler audacieuse, embrassant son rouge à lèvres à longueur de temps pour raviver cette fierté flamboyante. Elle avait du charme mais elle préférait désormais se cacher derrière un baiser sanglant et provocant. Se dévergonder pour plaire davantage, instrumentaliser son attitude pour éveiller l’attention. Si le fond de teint venait voiler ses imperfections, son rouge à lèvres en garantissait une en superposant tour à tour des coloris toujours plus toxiques, et rehaussant le caractère superficiel de sa nouvelle personnalité. Une dépendance au désir de plaire était née, elle ne pouvait plus sortir sans maquillage, de peur de décevoir celles et ceux qui s’étaient mis à l’aimer pour sa beauté surfaite. Tromper les apparences et jouer les allumeuses avec son bâton pour marquer l’adversaire était devenu un jeu. Ses proies s’empourpraient quand elle leur soufflait au visage les mots qu’ils voulaient entendre, sans se douter que les traces ne partiraient pas sur le col de leur chemise. Qu’elles aient été framboise, coquelicot, carmin ou fuchsia, la dangerosité restait la même et l’issue inchangée. Perdue sous une couche de gloss toujours plus brillante, son corps et son âme vendus au diable, les flammes ardentes ont peu à peu consumé sa beauté illusoire. Son addiction au rouge à lèvres ne l’a pas tuée, mais elle lui a fait oublier qui elle était vraiment.

5. Mort Addict

Extrait du mort-né tome 2 des Volutes féminines.