[Chronique] Chinese Girls

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Date de sortie : 13 novembre 2014
Editeur : Pika
Nombre de pages : 160
Prix : 12,50 €

Résumé

Par ses illustrations aux couleurs vibrantes et ses textes émouvants, Benjamin, célèbre auteur de BD chinoise, nous livre dans cet album des portraits de jeunes chinoises en pleins tourments amoureux. Des travaux préparatoires en fin d’album offrent une vision nouvelle sur les travaux de l’artiste.

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Contenu

Avec Chinese Girls, Benjamin nous propose une chronique de la Chine actuelle à travers 100 portraits de filles qu’il a parfois imaginé ou simplement croisé ou observé dans les rues de Beijing. Si les dessins et peintures ont une grande place dans ce beau livre (édité en deux versions), il n’est pas exempt de textes, ce qui permet d’apporter des précisions quant aux intentions et à la vision de l’auteur, mais aussi son rapport à l’amour. Chinese Girls fait suite à plusieurs manhuas (mangas chinois) et le graphisme assez singulier est très fidèle à son style. Travaillant exclusivement sur tablette graphique, Benjamin est un artiste qui a le sens du détail mais propose aussi des oeuvres plus abstraites, où il nous faut deviner parfois un objet, une expression, une situation… Un flou recherché qu’il manipule avec une rare habileté, nous poussant vers la réflexion pour saisir chaque nuance. Chinese Girls est avant tout l’occasion de découvrir la place que peuvent avoir les femmes en Chine, et il est passionnant de lire et de voir ce que Benjamin nous montre et décrit avec brio. 

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Mon avis

La couverture reflète à elle-seule la beauté fantastique de cet artbook très spécial. J’ai apprécié ce franc parler dans les textes, mêlée à une pudeur caractéristique à la culture chinoise. C’est très mélancolique, parfois tragique, mais c’est avant tout une fenêtre sur un monde dont on ne connait finalement pas grand chose. Il y a une sensibilité et un respect des femmes, bien qu’il ne ménage pas toujours ses propos – ses descriptions sont parfois si franches qu’elles peuvent surprendre ! La maitrise des couleurs fait de Benjamin un artiste que j’admire vraiment, notamment dans cet ouvrage où les femmes y sont belles, tour à tour fortes et fragiles, perdues ou résolues avec un regard éloquent ou intriguant. Finalement, chaque portrait est une rencontre qui dégage des émotions, une poésie. L’amour, quant à lui, est d’une grande complexité, tumultueux aussi, comme s’il s’agissait d’une énigme qui ne pourrait être résolue. On se ressort pas indemne de ce périple, mais le voyage vaut clairement la peine d’être vécu. 

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Un véritable coup de coeur pour une oeuvre unique ! 

 

Galerie

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[L’art de Luis Royo – 1ère Partie] Conceptions

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Date de sortie : 2002 (1) – 2003 (2) – 2005 (3) 
Editeur : Norma Editorial (Europe)
Prix : Entre 13 € et 19 € par volume.

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Luis Royo est un peintre et illustrateur espagnol dont les travaux sont mondialement connus. Il dessine essentiellement des femmes côtoyant des monstres (c’est ainsi qu’il représente en général les hommes) dans des univers fantastiques, post-apocalyptiques ou historiques qu’il créé de toutes pièces. Il flirt très souvent avec l’érotisme, parfois de manière assez crue mais jamais avec vulgarité. Ses ouvrages sont extrêmement travaillés et chaque illustrations sont liés aux histoires qu’il raconte. Il me tenait très à coeur de parler de cet artiste dont la vision très sensuelle mais aussi très sombre des femmes est fascinante. Conceptions est une trilogie de sketchbooks idéale pour se familiariser avec son style avant de vous présenter des ouvrages tout bonnement hallucinants. 

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Le contenu

Soyons tout de suite honnête : la plupart des femmes dessinées par Luis Royo ne sont pas très sages. Provocantes, sensuelles et même guerrières, elles sont représentés sous tous les angles, armées ou accompagnées, souvent peu habillées et même parfois étrangement dénudées – combattre la poitrine à l’air déconcentre sûrement l’adversaire masculin, c’est pas bête. De nombreux croquis, brouillons ou esquisses sont présents tout au long de la trilogie, avec des intentions et thématiques que l’on retrouvera quelques années plus tard, dans les futurs recueils d’illustrations de l’artiste. Des oeuvres achevées et en couleur sont présentes, mais tout l’intérêt finalement est de contempler les nombreux crayonnés qui nous proposent de découvrir la création de personnages et de voir ces visages exprimé quelque chose de précis. On remarquera son goût pour les tatouages et piercing, ainsi que sa volonté de présenter l’homme assez rarement dans sa forme humaine mais plutôt dans sa forme bestiale. Car avec Luis Royo, c’est bel et bien l’homme qui a le mauvais rôle. Des réflexions de l’artiste – traduits en quatre langues dans les éditions Norma – accompagnent cette excursion érotico-fantastique de fort belle manière, à l’image de ces extraits issus du 3ème volume :

 » Les icônes féminines sont également innombrables. Léonard de Vinci nous a laissé la beauté ambigüe de la Joconde, Toulouse Lautrec s’est complu dans l’image crue de la femme de la nuit, Andy Warhol a présenté Marilyn comme le rêve idéal des masses. »

« Le défi que représente l’idéal féminin en tant que rêve, uni au concept de force naturelle qui fait bouger le monde et à toute la charge de perversion et de provocation que m’apporte personnellement ce sujet est, dans mes oeuvres, l’une des clés qui m’attire le plus. »

« La subtilité des lignes féminines fait que mon crayon doive préciser clairement l’orientation d’un menton ou le tracé que doit avoir la courbe d’une hanche en fonction de la posture. Un déplacement de quelques millimètres peut faire changer tout le poids des intentions ou de la sensualité. »

« Dans le cas de la silhouette féminine, tout ce qui la charge de sens peut se trouver dans ce petit détail, dans cette ligne courbe qui va nous transmettre un message de beauté inaccessible. »

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Mon avis

Un artiste comme Luis Royo peut difficilement être critiquer pour la qualité de son travail. On aime ou on déteste son style et l’érotisme qu’il défend mais objectivement, ce qu’il propose n’a aucun équivalent. Alors oui, il y a Manara, Boris Vallejo et bien d’autres artistes qui font du dessin érotique, mais ils ne jouent pas dans la même cour, ils n’ont pas cette précision chirurgicale dans la représentation du corps féminin. Manara par exemple fait de ses personnages des actrices, il propose un érotisme animé et scénique, notamment au travers de bandes-dessinées. Luis Royo défend un érotisme suggéré, impudique et violemment poétique. Ses personnages sont davantage des muses, l’incarnation charnelle de maux ou de sentiments. Elles sont fortes ou fortement fragiles mais elles écrivent l’histoire, ont un rôle central dans ce futur qu’il représente souvent de manière pessimiste, sombre et monstrueuse. La femme est élevée au-dessus de tout, qu’elles soient des beautés inaccessibles devenues fleurs fanées ou des guerrières indomptables combattant la perversion. La différence est donc bien là : Luis Royo ne dessine pas seulement des femmes, il créé les héroïnes d’aujourd’hui et de demain.

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Une porte d’entrée idéale pour découvrir Luis Royo.

Galerie

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